Agnès Pannier-Runacher et le libéralisme

« Le libéralisme, c’est la meilleure façon d’être de gauche », non cette citation n’est pas issue du Gorafi. Elle est l’œuvre d’Agnès Pannier-Runacher, Ministre déléguée chargée de l’Industrie, répondant à la question de Carine Becard dans l’émission « Questions politiques ». Ne reculant devant rien, elle a enchainé affirmant que pour elle être de gauche « c’est de ne pas sacrifier les classes populaires ». Mazette, mais nous avons là une frondeuse en puissance ! 

Décidemment ces macronsites seront surprenants jusqu’au bout. Après le en même temps, voilà qu’on nous ressort le libéral de gauche. Il faut dire que depuis sa nomination Agnès Pannier-Runacher s’accommode plutôt bien du libéralisme, et ce ne sont pas les politiques de gauche qui l’étouffent. Rappelons-nous cet épisode au cœur du premier confinement où elle avait expliqué refuser le plafonnement des prix des masques pour « ne pas freiner l’innovation ». En vérité cela poursuivait un unique objectif, servir sur un plateau des profits colossaux à quelques amis industriels, les fameux profiteurs de guerre.

Quant au libéralisme, il est inconciliable avec la gauche. À quelques mois des élections présidentielles cette prise de position n’est pas anodine. Alors qu’une partie du Parti Socialiste se refuse toujours à rompre avec la social-démocratie, Emmanuel Macron et ses soutiens savent que pour passer l’obstacle du premier tour il leur faut chasser sur la droite, mais aussi récupérer une partie des sociaux libéraux. Cela participe aussi à un brouillage idéologique des repères où les mots sont utilisés en travestissant leurs sens véritables pour mieux tromper les citoyens. 

Non la meilleure façon d’être de gauche ce n’est pas s’accommoder du libéralisme. Que la Ministre déléguée aille dire cela aux anciens salariés de Goodyear, de Continental et aujourd’hui de Bridgestone. Pour ne prendre qu’un exemple, Goodyear, fermé en 2014, c’était 2.5 milliards de profit, 800 millions de dividendes et une usine fermée. Conséquence 1170 personnes à la rue, des dizaines de divorce, des dépressions et 12 suicides. C’est cela le libéralisme. Une idéologie qui épuise les âmes et brise des vies humaines. 

Et les classes populaires, apparemment si chères à Agnès Pannier-Runacher, comment vivent-elles le libéralisme ? Une étude publiée en 2020 par l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) a montré que les politiques menées par le gouvernement d’Emmanuel Macorn avaient entrainé une baisse du niveau de vie de 2,3% pour les 5% des ménages les plus pauvres en France. Les 15% des ménages les plus modestes ont vu eux leur niveau de vie attaquer à l’arme lourde avec les réformes des allocations chômage et logement. Pendant ce temps avec la suppression de l’ISF, Jupiter offrait un cadeau de 33 euros par jour aux 358 000 Français les plus riches. Eux qui ont un patrimoine de 1000 milliards d’euros. Mais après tout, peut être qu’avec le temps une inversion allait être à l’ordre du jour ? Pas vraiment. On continue d’asphyxier les classes populaires comme en témoigne la récente décision de ne pas augmenter le SMIC. 

Pas encore convaincu ? Regardons du côté du nouveau budget. Alors que des milliers de français souffrent de la faim, que les queues devant les banques alimentaires ne cessent de s’allonger, que les étudiants sautent des repas, le gouvernement a diminué de 8 millions d’euros au budget de l’aide alimentaire. Pas vraiment utile aux classes populaires. 

Pourtant d’autres choix sont possibles comme le montre l’exemple de l’Argentine. Le gouvernement vient d’annoncer qu’il allait taxer 12.000 millionnaires du pays pour financer la lutte contre la pandémie. Montant estimé ? 3 milliards d’euros, soit exactement le montant qu’a coûté l’ISF aux caisses de l’état. Tout est question de choix en politique madame la Ministre Déléguée. 

Définitivement non le libéralisme n’est pas compatible avec un projet de gauche. La vraie gauche, c’est celle qui allie radicalité écologique et justice sociale. Celle où l’argent n’est pas la boussole des politiques publiques.

Celle où les lobbys ne font pas la pluie et le beau temps à l’Élysée. On peut se payer tous les mots qu’on veut, la réalité des actes est une vérité implacable. Et votre politique Madame la Ministre produits des maux terribles.

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