Le jour d’après

Le jour d’après. Dans un monde fracturé par les inégalités, où Jeff Bezos, patron de l’entreprise Amazon, gagne l’équivalent du salaire total d’un homme au cours de sa vie toutes les 5,56 secondes, les chiffres publiés par l’ONG Tax Justice Network indiquant que l’évasion fiscale s’élève chaque année, dans le monde, à 427 milliards de dollars sonnent comme une nouvelle alerte. Une ultime alerte même.

Combien de temps allons-nous accepter que des sommes considérables échappent à l’intérêt général pour finir dans la poche de quelques individus ? Si on prend uniquement l’Europe, la perte représente l’équivalent de 12,6% du budget consacré à la santé. En pleine période de pandémie où des milliers de lits manquent, où les soignants sont à bout de souffle ; où les masques ont été aussi rares que de l’or obligeant le personnel hospitalier à utiliser des sacs poubelles pour se protéger, ces milliards d’euros auraient pu sauver des centaines de vies.

En France, la crise sanitaire, désormais corrélée à une crise économique et sociale inédite, a mis en lumière les impasses d’une société néolibérale pensée par une caste qui méprise le peuple et ne cherche qu’à servir ses propres intérêts. Des millions de citoyens vont payer dans les semaines à venir un lourd tribut. Les chiffres des différentes associations, le Secours Catholique annonce par exemple 10 millions de pauvres, nous laissent en effet craindre le pire.

Il y a urgence, dans la situation historique dans laquelle nous nous trouvons, à repenser notre modèle social, économique et écologique. La réinvention ne passera pas par un coup de peinture sur un modèle à bout de souffle mais bien par des choix radicaux. Pour amortir la crise, et éviter à des millions de françaises et de français de basculer dans une paupérisation dramatique, nous devons collectivement, à gauche, porter l’idée d’un bouclier écologique et social.

Je dois le concéder, je ne suis pas né « écologiste ». C’est mon engagement politique et syndical, notamment dans les batailles, nombreuses, pour défendre le service public ferroviaire marchandises et voyageurs, qui a fait murir cette réflexion. La lutte pour le Perpignan Rungis aura été un déclencheur. Quand on découvre que chaque train supprimé équivaut à 44 tonnes de CO2 supplémentaires dans l’atmosphère, cela fait comprendre que la lutte contre le réchauffement climatique est d’une impérieuse nécessité.

Un objectif doit nous guider, celui de la fabrique du commun. Face à une société où l’extrême droitisation des esprits ne cesse du gagner du terrain comme en témoigne le dernier sondage annonçant que 20% des français pourraient voter pour le Général Pierre de Villiers, nous devons mener une bataille culturelle. Pour gagner contre l’extrême droite il faudra accepter de mener un combat frontal sur tous les terrains. Ce sont eux les véritables séparatistes, promoteurs de la haine et champions du repli sur soi. La gauche, c’est l’esprit des lumières, l’incarnation d’un idéal, celui du partage et de l’altruisme au service de l’émancipation humaine. Nos valeurs sont notre ciment, et dans la tempête il faut toujours garder le cap. À chaque pousse de terrain que nous concédons sur le terrain idéologique, ce sont pans entiers de la société qui basculent dans l’escarcelle de l’extrême droite. Je ne dis pas que cela est simple, surtout dans une période de tension extrême, où Zemmour est chaque soir en meeting sur CNEWS, mais ce n’est qu’à ce prix que nous mettrons un coup d’arrêt aux héritiers des ligues fascistes.

Alors que nos parents et grands-parents se posaient la question de savoir si nous vivrions mieux qu’eux, nous nous posons aujourd’hui simplement la question de savoir si nous allons vivre. La planète brûle et les atermoiements de certains sur la sortie du modèle productiviste sont une faute politique majeure. Face à une planète qui se consume chaque jour un peu plus, ma génération ne peut pas se contenter de la regarder brûler les yeux remplis de larmes.Il faut s’engager pour qu’enfin les lignes bougent.

C’est à nous, jeunes militant-e-s progressistes, syndicalistes, acteurs associatifs et culturels, et quel que soit notre famille politique, à imposer la construction d’une réponse politique rassemblée, sur un contenu progressiste et anti-libéral, pour enfin donner à voir un futur désirable.

Le jour d’après ne sera pas déposé sur un plateau, il faudra aller l’arracher. Tant de chose sont à faire, tant de combats sont à mener.

Aussi, je souhaite aujourd’hui travailler avec d’autres, dans un engagement politique différent, à la construction d’un projet émancipateur, post-productiviste, démocratique qui place au cœur de ses préoccupations la radicalité écologique et la lutte contre les inégalités sociales et économiques.

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