Plan de déconfinement. Pas de masques gratuits, aucun volet social, une responsabilité rejetée sur les maires. Il y a urgence à adopter de véritables choix de rupture en termes d’écologie, de répartition des richesses, de stratégie industrielle, de justice fiscale, de santé publique, de droits sociaux.

Cet après-midi, Édouard Philippe a présenté son plan de déconfinement, enfin si on peut parler de plan. Ceux qui attendaient un objectif clair, précis et détaillé pourront repasser. Si le 1erministre a tenté de communiquer autour du tryptique « protéger, tester, isoler », on retiendra surtout un désengagement massif de l’État, et un appel au système D et à la responsabilité individuelle des citoyens.

Plus que des mesures concrètes, Édouard Philippe a passé son temps à se justifier, voir à pointer du doigt les scientifiques pour « leurs atermoiements ». C’est donc un homme qui a quitté son parti politique pour entrer au gouvernement qui vient donner des leçons de ligne de conduite. On croit rêver.

Édouard Philippe s’est longuement attardé sur l’épisode des masques « car cette question a suscité la colère de nombreux Français ». C’est un euphémisme. Des dizaines de soignants sont morts par manque de protection et le gouvernement a ouvertement menti pour cacher une pénurie liée à des choix politiques. S’il rend obligatoire le port du masque dans les transports publics, il renvoie la responsabilité aux commerçants pour les commerces. Encore plus inquiétant, plus d’un mois après le début du confinement, nous ne savons toujours pas si tous les Français seront bien équipés en masques. Ce n’est pas sérieux. La première des priorités doit être de fournir un, voire deux masques à chaque français et de façon gratuite ! Alors que la faim revient dans nos quartiers, nous risquons de voir des familles se passer de masques par manque de moyens. L’état doit assurer la protection des citoyens !

Sur les tests, Édouard Philippe a ouvertement menti en affirmant que l’OMS a changé de doctrine au gré des évolutions de l’épidémie. C’est totalement faux. Le 16 mars dernier, l’Organisation Mondiale de la Santé lançait un appel clair :  »Testez, testez, testez les gens ! ».

Sur l’école, les inquiétudes demeurent. Alors même que le Conseil Scientifique préconisait une fermeture jusqu’en septembre, la décision du gouvernement est scandaleuse. Le prétexte des inégalités n’aura pas tenu bien longtemps, et tout le monde a bien compris que la priorité d’Emmanuel Macron est de remettre les gens au travail. Avec ou sans protection, là n’est pas le sujet. Fidèle à sa ligne de conduite, à savoir ne rien assumer, le gouvernement renvoie la responsabilité de protections des salaires sur les entreprises et sur les parents pour l’école en préconisant le volontariat. Cela n’existe pas, et les familles les plus précaires, qui ont besoin de reprendre le travail, enverront les enfants à l’école. Là aussi, on renvoie la charge sur les directeurs d’école, les parents d’élève, les collectivités locales en souhaitant qu’ils trouvent « les meilleures solutions ». Bien évidemment, sans que cela ne soit accompagné de moyens humains et financiers supplémentaires. Pour calmer la colère qui ne cesse de grandir dans les rangs des enseignants, Édouard Philippe a indiqué avoir « admiré la mobilisation de l’éducation nationale pendant le confinement ». Il y a pourtant quelques semaines, la porte-parole de son gouvernement, invitait les enseignants « qui aujourd’hui ne travaillent pas » à aller récolter des fraises.

Alors que cette crise sanitaire se transforme en crise sociale de très grande ampleur, le plan de déconfinement détaillé par Edouard Philippe ne comporte aucun volet social. Rien pour les personnes qui souffrent de faim. Partout les demandes de paniers alimentaires se multiplient, et le Secours Populaire estime que 3 millions de français supplémentaires ne vont pas pouvoir manger à leur faim. Les 37 millions d’euros débloqués la semaine derrière, surtout quand ils sont mis en parallèle aux milliards distribués à Air France, sont largement insuffisants.Rien non plus sur les loyers alors même que pas la mise en place d’un moratoire alors que les associations de locataires alertent le gouvernement depuis des semaines sur l’impossibilité pour de nombreuses familles à honorer leurs mensualités. Manger ou payer son loyer, voilà le choix qu’impose Emmanuel Macron. Quant au chômage partiel, il prendra prend fin le 1er juin tout en sachant que l’urgence sanitaire va jusqu’au 23 juillet. Là aussi les priorités sont claires.

Édouard Philippe a terminé comme il avait commencé, en rappelant que la sortie réussie du déconfinement « repose aussi, et au fond avant tout, sur les Français. Sur nos concitoyens. Sur leur civisme et leur discipline ».  C’est irresponsable.

Ce discours révèle une impréparation totale couplée à une gestion purement libérale de la crise du coronavirus. Après une heure de mots creux, nous sommes sur d’une chose : ce gouvernement n’a aucune vision à long terme.

Un véritable plan de déconfinement ne peut reposer sur des comportements individuels, mais bien sur une stratégie basée sur des politiques ambitieuses, qui donnent les moyens nécessaires à l’hôpital public, à l’école, aux collectivités locales.

Cette crise constitue un miroir extrêmement puissant des inégalités qui fracturent notre société. Il y a urgence à adopter de véritables choix de rupture en termes d’écologie, de répartition des richesses, de stratégie industrielle, de justice fiscale, de santé publique, de droits sociaux.

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