Confinement jour 36. EHPAD un cimetière en or. En 2019, Korian aura réalisé 3,6 milliards d’euros de CA, soit une hausse de 8,3% avec des bénéfices s’élevant à plus de 530 millions. Pour les actionnaires c’est jackpot, en 5 ans les dividendes versés ont été multipliés par deux. Mais de tels chiffres ont un prix, et ce sont les résidents qui le payent.

EHPAD. Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes. Cet acronyme est désormais connu de tous. 7752 morts. Le bilan est terrible, et encore le milieu soignant s’accorde pour dire que nous sommes en deçà de la réalité.

Symbole d’une dérive où l’argent a pris le pas sur l’accueil et la prise en charge des patients, le groupe Korian est au cœur de la tempête. Dans ses établissements on peut clairement parler d’hécatombe. Noisy-le-Grand 25 décès, Polionnay 28 décès, Thise 26 décès, Mougins 36 décès, Bourget 24 décès, Valenciennes 10 décès, Villemomble 16 décès, Clamart 8 décès….

 

« Tout était réuni pour conduire au drame »

 

Comment a-t-on pu en arriver là ? Comme pour le monde hospitalier, on ne peut pas dire « on ne se savait pas ». Là aussi les alertes ont été multiples. Toutes ont été ignorées. Quand on se plonge dans le rapport sur la situation des EHPAD rendu en 2018 par les Députées Caroline Fiat et Monique Iborra on ne peut que ressentir de la colère. Chaque ligne est un supplice. Manque de personnel, manque de moyens, absentéisme, recours à l’intérim, course à la rentabilité …. Tout était réuni pour conduire au drame. À l’époque la Ministre de la Santé, Agnès Buzyn, versait des larmes de crocodiles en affirmant « nous ne sommes pas préparés au vieillissement de la population ». En même temps elle écartera toutes les préconisations, rapport et propositions de loi au nom du dogme de l’austérité budgétaire. L’argent comme seul fil conducteur. Comme le dit crument Olivier Dartigolles « les vieux n’ont été vécus que comme un coût ».

 

« Pour les actionnaires c’est jackpot, en 5 ans les dividendes versés ont été multipliés par deux »

 

Je pense que nous ne sommes qu’au début du scandale. La colère des femmes et des hommes qui ont perdu un parent, un ami, un être proche ne va pas se régler avec de vagues excuses. Il y a des responsables, et ils devront rendre des comptes. Car, pendant que des gens meurent dans des situations effroyables par manque de médicaments et de matériel pour aider à la respiration, une minorité s’est « grassement » rémunérée. Il faut 870x489_maxmatinnews461155aller au fond des choses. Par exemple sur le groupe Korian. On parle d’une multinationale, côté en bourse, où la PDG, Sophie Boissard, émerge à 1 million d’euros par an, ce qui en fait une des patronnes les mieux payées de France. Au rang des actionnaires, on trouve la BNP, JPM Morgan ou encore Prédica. Que des champions de l’évasion fiscale. En 2019, Korian aura réalisé 3,6 milliards d’euros de CA, soit une hausse de 8,3% avec des bénéfices s’élevant à plus de 530 millions. Pour les actionnaires c’est jackpot, en 5 ans les dividendes versés ont été multipliés par deux. Mais de tels chiffres ont un prix, et ce sont les résidents qui le payent. Et doublement en plus. D’abord, en louant des chambres à prix d’or, on parle de 5.000 à 15.000 euros par mois. Ensuite en imposant des conditions de vie indécentes à des femmes et des hommes ayant travaillé toute leur vie. Chez Korian, la décision a été prise de supprimer des pains au lait d’un montant de 30 centimes car trop cher. Les malades d’Alzheimer doivent eux se contenter d’un litre de jus de fruits par étage, soit 20 personnes ! Il faut dire que la patronne de Korian, Sophie Boissard, n’est pas une inconnue. Elle a sévi à plusieurs endroits, et notamment à la SNCF. J’y reviendrai plus en détails demain, car derrière chaque décision il y a aussi des hommes et des femmes.

 

« Yves le Masne, directeur général d’ORPEA a touché 2 400 000 euros »

 

Deuxième mastodonte du secteur, ORPEA. Là aussi, le constat est terrible, accrochez-vous. Au rang des actionnaires on trouve The Vanguard Group, un fonds d’investissement américain, premier actionnaire de Goldman Sachs et Apple, puis Sofina SA, société de portefeuille cotée en bourse, qui appartient à une grande famille de notable Belge (Boël), ou ELEVE Capital qui est une société de gestion de fonds. Yves le Masne, directeur général d’ORPEA a touché 2 400 000 euros. Cette société a été fondée par Jean-Claude Marian, ancien docteur aujourd’hui âgé de 80 ans. Sentant le scandale arriver, il a revendu ses 4,8 millions d’actions en janvier pour un montant de 456 millions d’euros. C’est sûr que pour lui les pains au lait et litres de jus d’orange ne sont EWENnmjX0AAxgWdpas comptés. Quand on étudie le conseil d’administration y figure Thierry de Poncheville, également Directeur Général Délégué des Établissements Peugeot, Laure Baume, directrice générale adjointe du groupe ADP et Brigitte Lantz conseillère, Conseiller auprès du Directeur général. En surfant sur leur site, je tombe sur le bilan des résultats annuels 2019. C’est édifiant. À la lecture, on ne devinera jamais qu’il s’agit d’un groupe chargé de prendre en charge la santé et le bien-être de nos anciens. Sur la partie objectifs/réalisations, le groupe se félicite de la progression du CA, de la rentabilité solide, du patrimoine immobilier ou de l’amortissement de la dette. Rien sur les résidents et encore moins sur le personnel. Par contre, sur la partie « dividende proposé à l’Assemblée générale », graphiques et courbes s’accumulent. On découvre, par exemple, que la Croissance du dividende par action : + 8 %.Pas sûr que les salaires aient connu la même destinée. Pour le groupe Korian, c’est un peu plus opaque. Il faut chercher pour trouver les documents. Un chiffre m’attire l’œil. Il s’agit de l’objectif 2021 : un chiffre d’affaires supérieur à 4,2 milliards d’euros !

 

« pour des personnels qui gagnent à peine le SMIC, une prime ne suffira pas »

 

Qu’il semble loin le temps où Emmanuel Macron promettait en 2018 une loi sur le grand âge. Il y a urgence car on rythme actuella dépendance concernera 2,5 millions de personnes en 2060. Et il ne faudra pas oublier les soignants. Comme l’exprime Françoise, 63 ans, aide-soignante, dans les colonnes de l’Humanité « pour des personnels qui gagnent à peine le SMIC, une prime ne suffira pas ». Pour Nathalie Maubourge, présidente de la Fédération française des associations de médecins coordonnateurs d’EHPAD, il existe une priorité « arrêter de soumettre nos budgets à des contraintes bureaucratiques qui amputent le temps précieux que nous devrions consacrer à nos résidents ».

Le traitement des personnes âgées est un miroir de notre société. Comment les traite-on ? 870x489_maxmatinnews461155Sont-ils « une machine à faire du fric » ou bien allons-nous prendre à bras le corps ce problème, en les considérant non pas comme un coût mais comme notre héritage, notre patrimoine.

Une chose est souvent passée sous silence, le rôle de l’État. On montre du doigt ses grands groupes privés, mais on oublie de dire que les EHPAD sont financées à 45 % par de l’argent public. Pourquoi ? Les EHPAD disposent de 3 sources de financement :

 

  • le « soin », financé par l’assurance maladie via les Agences Régionales de Santé (ARS).
  • la « dépendance », financée par le résident lui-même, et par le Conseil Départemental lorsqu’il bénéficie de l’APA (Allocation Personnalisée Autonomie).
  • la partie « hébergement », également financée par le résident.

 

« Il faut en finir avec la gestion comptable et remettre l’humain au cœur ! »

 

Avant la loi du 24 janvier 1997, seuls les établissements non lucratifs – publics ou associatifs – percevaient des dotations publiques. Maintenant, le système de financement se base sur un critère unique, le GIR qui est le niveau de dépendance moyen des résidents accueillis. Donc, les groupes privés lucratifs sont aussi subventionnés par l’argent public.

Les salariés nous le disent depuis des années, pour les EHPAD l’urgence c’est de 100 000 emplois par an pendant 3 ans, un plan de formation et d’investissement à la hauteur des enjeux de société que représente le vieillissement de la population. Il faut en finir avec la gestion comptable et remettre l’humain au cœur ! Et ce n’est pas gagné. Pas plus tard qu’à la fin du mois de mars, on vient d’apprendre que deux infirmiers d’un EHPAD situé à Toulouse avaient été mis à la porte car … ils réclamaient des masques !

La bataille s’annonce rude, et sur tous les sujets, tant les tenants du monde actuel ne sont pas prêts à lâcher leurs privilèges. D’autres semblent moins inquiets. Dans Libération, Laurent Joffrin voit « le brutal changement d’atmosphère politique et idéologique provoqué par la crise du coronavirus ». Ah bon ? On en parle des aides accordées aux entreprises sans imposer aucune contre-partie écologique ? On parle de la grande distribution où Auchan et Leclerc réfléchissent pour savoir si finalement ils verseront une prime aux salariés qui travaillent ? Et la liste est longue.

Oui la bataille va être rude, et tout l’enjeu sera, comme l’explique Éric Piolle, Maire EELV de Grenoble, « de confiner ces puissances de l’argent et l’accumulation ».  Pour lui, cela par une condition, reconquérir le pouvoir en 2022 lors de l’élection présidentielle. Un obstacle de taille se dresse pour le moment sur cette route, celui du rassemblement de la gauche. Un vaste sujet. J’y reviendrai demain.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s