Confinement jour 35. Total, Sanofi, Bernard Arnault. Les champions du philanthrocapitalisme. D’un côté on totalise : 150 millions pour l’intérêt général, de l’autre 7 milliards pour les intérêts privés. Cela se passe de commentaire, les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Avec le confinement, la vie est faite de plaisir simple. On redécouvre une certaine simplicité. On en vient à se prendre de passion pour le chant des oiseaux, nos yeux s’émerveillent quand l’un d’eux se pose sur notre balcon. Tant de choses qui d’habitude sont absorbées par notre rythme de vie. Je ne saurais même plus dire à quoi ressemble l’intérieur d’une rame de métro. On relativise aussi. La vie prend une tournure différente. Des choses qui, hier nous paraissaient essentielles, sont aujourd’hui futiles. Ce 21 avril sort sur la plateforme Netflix, je vous l’accorde ce n’est pas le meilleur choix, un documentaire exceptionnel intitulé « The Last Dance ». Durant 10 épisodes va être michael-jordan-the-last-danceretracée la saison 1997-1998 des Chicago Bulls, celle où au sommet de sa gloire Michael Jordan va remporter son 6èmeet dernier titre NBA. Pendant toute une saison, et c’est une première, une caméra a pu suivre cette équipe dans l’intimité des vestiaires. Sincèrement, les deux premiers épisodes sont à la hauteur des attentes.

 

« Il n’y aura pas de place pour le transport « des riches » ! »

 

Cette période de confinement, liée à la crise sanitaire, nous pousse à réfléchir sur le monde d’après. Un bouillonnement intellectuel immense se met en branle. Il faudra en tirer le meilleur pour le jour d’après, sans sectarisme ni préjugé.  Dans cette reconstruction quelle place va jouer la France ? Certainement trop tôt pour le dire, mais nous pouvons déjà regarder ce qui se passe chez nos voisins. Emmanuel Macron a fait passer le message, l’heure est à  la reprise des activités économiques. Mais à quel prix ! Premier exemple en Ile-de-France. Pourquoi relancer le chantier du CDG Express ? Ce chantier, au coût estimé de 2 milliards d’euros, reliant directement l’aéroport de Roissy à Paris pour la somme de 25 euros, et qui au final ne concernera que « 20.000 » voyageurs, qu’il faut mettre en perspective avec les 2 millions d’usagers par jour du RER et Transilien, n’est en rien utile au monde d’après. Pourtant Élisabeth Borne a signé, au début du mois d’avril, un document de préconisations sanitaires permettant le préfet d’autoriser la reprise d’un certain nombre de chantiers. Il faut stopper d’urgence ce projet, et déclarer son annulation pure et simple. La priorité dans « le jour d’après » concernant les mobilités doit se réfléchir à l’aune du service public et de l’intérêt général. Il n’y aura pas de place pour le transport « des riches » !

 

« Vous l’aurez compris, il faudra toujours faire payer les mêmes et ne pas gêner les entreprises »

 

Deuxième sujet, l’aide aux entreprises. Avant-hier j’évoquais le PLF (projet de loi de finance) rectificatif qui ne demande aucune garantie aux entreprises, même dans le cas d’un plan de sauvetage massif comme cela se dessine pour Air France. C’est totalement irresponsable, mais aussi révélateur d’un logiciel politique qui ne peut pas faire autrement que ce pourquoi il a été formaté, à savoir servir les intérêts des patrons, des grosses entreprises et des puissants de ce monde. La macronie se défend en communicant sur un amendement voté au milieu de la nuit, stipulant « que ces entreprises doivent être exemplaires en terme de responsabilité environnementale ». D’accord, on regarde alors. L’amendement se contente de formule vague, sans aucune mesure contraignante. Autant dire à Total « ne polluez pas ce n’est pas bien ! ». C’est une vaste blague. En revanche les Députés En Marche ont refusé l’Amendement de Matthieu Orphelin qui voulait conditionner cetteob_f00670_affiche-pcf-climat-l-humanite-n-atten.png aide « à la mise en place dans un délais de 12 mois d’une stratégie interne de réduction de leur empreinte écologique », avec, en cas de non-respect, des sanction financières. Et pour rétablir l’ISF, comme demandé par le Député du PCF Fabien Roussel ? C’est toujours non. Vous l’aurez compris, il faudra toujours faire payer les mêmes et ne pas gêner les entreprises. On repart dans le mur à vitesse grand V. Peut-être les députés de la majorité auraient-il dû lire l’interview de Jean François Guégan dans Le Monde de samedi qui prévenait que, si nous ne changions pas radicalement de modèle, « nous subirons de nouveaux épisodes, avec des monstres autrement plus violents que ce coronavirus ». Et nos voisins dans tout ça ? Le Danemark, par exemple, a fait un choix radicalement opposé. Sont exclues des aides COVID19, les entreprises qui versent des dividendes, rachètent leurs propres actions et/ou qui sont enregistrées dans des paradis fiscaux. Pas sûr que beaucoup de grandes entreprises françaises est droit  à des aides ! Mais après tout le Danemark est peut-être un cas isolé ? Et non, on trouve aussi la Pologne. Le plan d’aides de 22 milliards, voté par le gouvernement, bénéficiera aux entreprises qui répondent à deux critères : ne procéder à aucun licenciement et payer des impôts en Pologne. Mateusz Morawiecki, Premier ministre, a lancé un tonitruant : «mettons fin aux paradis fiscaux, qui sont le fléau des économies modernes ».

 

« D’un côté on totalise : 150 millions pour l’intérêt général, de l’autre 7 milliards pour les intérêts privés ».

 

Une des phénomènes qu’on observe aussi beaucoup en ce moment, très bien expliqué dans son livre par Maxime Cochard, se nomme le philanthrocapitalisme. De quoi s’agit-il exactement ? D’afficher ostentatoirement sa soi-disant générosité pour cacher derrière d’autres pratiques moins louables. 3 exemples. 1/ Bernard Arnault. Cette semaine, par cover-r4x3w1000-57965267f2f6d-chris-viehbacher-pdg-de-sanofisolidarité, le patron de LVMH a annoncé renoncer à deux mois de salaire, soit un montant de 380.000 euros. Il oublie de dire que le 9 juillet dernier il a touché 524 millions d’euros de dividendes. 2/ Le Groupe Sanofi. Ce matin son Président a annoncé sur RMC un don de 100 millions d’euros pour les hôpitaux publics, les EHPAD et certaines entreprises du digital. Dans le même temps le groupe verser 4,4 milliards d’euros de dividendes aux actionnaires. 3/ Total. Le groupe pétrolier a distribué 50 millions d’euros de bons d’essence pour le personnel hospitalier et a versé 1,8 milliard d’euros de dividendes à ses actionnaires. D’un côté on totalise : 150 millions pour l’intérêt général, de l’autre 7 milliards pour les intérêts privés. Cela se passe de commentaire, les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Ce soir, j’ai eu plaisir d’enregistrer l’épisode 34 de la République Inaltérable avec Antoine de Decker et Alexis Poulin. On y débriefe l’actualité avec humour. À retrouver en ligne ce soir sur Le Monde Moderne.

Demain, on parlera EHPAD avec un focus sur le groupe Korian. Les jours passent, les dessous du scandale se profilent. On reviendra aussi sur la stratégie de déconfinement. Où va la France ? Bien malin celui qui nous le dira !

 

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s