Confinement jour 33. Le corps des inspecteurs du travail est essentiel dans la protection du travail. Ils sont souvent le seul point d’appui pour des salariés de plus en plus isolés, précarisés et soumis à un monde du travail qui ressemble à une jungle sans foi ni loi.

À chaque footing, et c’est un vrai plaisir, je redécouvre Paris. Ce matin à 9h, peu de monde dans les rues. Alors que je suis passé mille fois devant, je n’avais jamais remarqué que Jean Moulin, dit « Max », avait résidé rue Cassini, juste à côté de l’observatoire de Paris. La fin de footing est laborieuse, pas tant au nouveau des jambes, mais en raison de la foule grandissante. Il faut sans cesse changer de trottoir, slalomer pour éviter de croiser quelqu’un. Je suis vraiment plus que partagé sur ces restrictions horaires de sorties sportives. De nombreuses villes ont décidé de faire machine arrière, pourquoi pas Paris ?

 

« Comment agir quand nous sommes assignés à domicile ? »

 

Forcés au confinement, notre militantisme est mis à rude épreuve. Comment agir quand nous sommes assignés à domicile ? Cela nous force à réfléchir à d’autres méthodes, à utiliser les outils numériques, les réseaux sociaux. Un salarié est licencié injustement, impossible d’organiser un rassemblement. Un employeur ne respecte pas ses obligations, difficile de débarquer dans bureaux avec l’ensemble des camarades. L’activité numérique ne remplacera jamais le terrain, mais cette période de confinement nous permet de mesurer qu’elle demeure un outil puissant. Il ne faudra pas l’oublier, et continuer à l’utiliser dans « le jour d’après ».

L’exemple d’Anthony Smith est criant. Il s’agit de l’inspecteur du travail mis à pied par Muriel Pénicaud (voir billet blog d’hier). En mois de 24H, une mobilisation « numérique » s’est mise en place. Si la Ministre croyait pouvoir agir discrètement au regard du contexte sanitaire, elle s’est lourdement trompée. Une pétition en ligne, qui exige l’abandon de toutes les sanctions, recueille déjà plus de 6 000 signatures ! Une plainte à l’OIT a été déposée, et un comité de soutien est en train de se mettre en place. Nous n’allons rien lâcher.

 

« Depuis des années, les différents gouvernements mènent une guerre contre les inspecteurs du travail »

 

Mais ce cas, au-delà de l’injuste extrême qu’il révèle, met en lumière une profession indispensable : l’inspection du travail. Enfin, par pour tout le monde. Depuis des années, les différents gouvernements mènent une guerre contre ces femmes et ces hommes (je reprends les mots du site du Ministère du Travail) « guidés par l’intérêt général, exercent des métiers variés […] veillent à l’application de la législation du travail, par le contrôle en entreprise ». Certains se souviennent peut-être d’une autre affaire emblématique. En 2013, l’usine Tefal d’Annecy. Laurence Pfeiffer, inspectrice du travail, juge illégal l’accord des 35H et demande à la direction de l’entreprise de revoir sa position. Il va suivre une terrible pression exercée à la fois par le MEDEF comme par son supérieur hiérarchique. On essayera même de changer son affectation pour l’éloigner de l’usine en question. Au final, de procédure judicaire en procédure judicaire, l’incroyable se réalise. L’inspectrice du travail est condamnée par la justice pour avoir « rendu public des mails internes, attestant de pressions et montrant que la direction de l’entreprise avait cherché à entraver son travail ». On parle quand même d’une usine qui, au moment des fait, comptait 300 cas de troubles musculos-squelettiques pour 1 800 salariés, soit 16% des effectifs. Cette affaire intervient au moment où Michel Sapin, Ministre du Travail de CNT_téfal_01l’époque, transfère des pouvoirs de coercition (possibilité de mettre des amendes aux entreprises) des inspecteurs du travail aux directeurs régionaux (DIRECCTE). Un moyen de les museler. Arrivé au pouvoir, Emmanuel Macron va continuer ce travail de destruction avec, d’abord la réforme du code du travail puis, en diminuant les effectifs de 15%. Les syndicats alertent sur une suppression de 1 000 postes – sur 9 000 actuellement – d’ici à 2 022. Institué par une loi du 2 novembre 1892, qui règlemente également le travail des femmes et des enfants, le corps des inspecteurs du travail est essentiel dans la protection du travail. Ils sont souvent le seul point d’appui pour des salariés de plus en plus isolés, précarisés et soumis à un monde du travail qui ressemble plus à une jungle sans foi ni loi qu’au monde des bisounours.

 

« Autre grande question qui va se poser dans le jour d’après, celle relative à nos modes de déplacements »

 

Autre grande question qui va se poser dans le jour d’après, celle relative à nos modes de déplacements. En conditionnant leurs aides financières à des contreparties écologiques, certains gouvernements posent déjà des gardes fous. Je regrette que le gouvernement français n’ait pas pris ce chemin. On ne parle pas d’interdire purement et simplement l’avion, mais de réfléchir sur une stratégie à long terme pour repenser nos schémas de déplacements. Est-il utile de maintenir une liaison aérienne entre Paris et La Rochelle (1 H 25) alors que le train met 2 H 29 ? Ou encore Lille- Strasbourg, 1 H 05 en avion et 2 H 46 en train ? En mai 2019, François Ruffin avait proposé une loi visant à remplacer les RUFFINvols intérieurs par le train, là où les deux liaisons existent avec des temps de trajets cohérents. D’autres l’on fait. Ainsi l’année dernière, le Parlement Néerlandais a demandé au gouvernement de supprimer les liaisons aériennes entre Amsterdam et Bruxelles pour les remplacer par des trains. En effet, 200 kilomètres séparent les deux capitales, pour une durée de 45 minutes en avion contre 1 h 45 en train à grande vitesse. En ajoutant le trajet pour rejoindre les centres-villes et les aéroports, le temps est quasiment similaire. En revanche, l’empreinte carbone est largement différente. Pour un trajet en avion c’est 20 kg de CO2 par passager, contre 4,5 kg de CO2 pour le train. En Suède, le mouvement « la honte de prendre l’avion » a fait chuter la fréquentation des aéroports (- 6 % pour les vols intérieurs, – 2 % à l’international en un an) alors que la fréquentation des trains, elle, entre les principales villes du pays, mais aussi celle des trains de nuit, bat des records.

Beaucoup de choses restent à faire pour que le jour d’après ne ressemble pas au monde d’hier. Comme le dit avec beaucoup de force Jean-François Guégan, directeur de recherche à l’INRAE, « on ne réglera pas le problème sans en traiter la cause, c’est-à-dire les perturbations que notre monde globalisé exerce sur les environnements naturels et la diversité biologique ». Pour lui « il s’agit d’un coup de semonce qui peut être une chance si nous savons réagir », avant de conclure « la balle n’est plus dans le camp des chercheurs qui alertent depuis 20 ans, mais dans celui des politiques ». Au moins c’est clair.

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