Confinement jour 31. Les primes ont plutôt été accueillies froidement par le monde hospitalier. Il n’oublie pas le mépris de Macron et « l’argent magique qui n’existe pas ». Il n’oublie pas que le pays champion d’Europe des dividendes versés aux actionnaires, 6ème puissance économique mondiale, a été incapable de lui fournir des masques pour le protéger.

Nous avons dépassé le cap d’un mois. Un mois de confinement. Un mois où l’existence est sur un fil. Un mois de traumatisme aussi, avec pour clôturer chaque fin de journée le décompte macabre du nombre de victimes. La France est aujourd’hui à plus de 15.000 morts. Combien auraient pu être évitées avec un service public hospitalier digne de ce nom ? Combien de vies préservées si nos EHPAD avaient été dotées de moyens humains et matériels suffisants ? Nous ne le saurons sans doute jamais. Mais des milliers de personnes qui auront perdu un proche, un parent, un ami vivront avec cette interrogation. La lettre ouverte d’Olivier Marchais à sa maman dans les colonnes de l’Humanité est bouleversante. Elle montre comment en plus d’une mort quasi programmée dans les EHPAD, vient s’ajouter la douleur d’un deuil à huit clos.

 

« Avec cette crise un champ des possibles s’ouvre. Encore faudra-t-il en tirer les leçons »

 

Notre société, nous la savions malade. Malade d’un argent qui ronge les solidarités. Malade d’un modèle qui élève en religion la possession matérielle et fait de l’apparence le graal. Aujourd’hui elle gît, ses derniers soubresauts résonnent. C’est un tas de ruines, où chaque mur qui s’écroule emprunte avec lui des dizaines de vies. Les slogans fleurissent : « plus jamais ça », « on n’oubliera pas », « pas de dividendes mais des blouses ». Avec cette crise un champ des possibles s’ouvre. Encore faudra-t-il en tirer les leçons. Une union nationale ? Certainement pas. Un grenelle ? Encore moins. Un rassemblement des forces progressistes, qu’elles soient politiques, syndicales ou associatives, sur les bases d’un contenu clair ? Je dis oui. Le slogan « on n’oubliera pas » peut faire office de ciment commun. Partout des citoyens s’organisent pour lister les dysfonctionnements, éplucher les décisions prises sur les dix dernières années, révéler les mensonges, les conflits d’intérêts … Les responsabilités devront être assumées. Le jour d’après se fera sans les gouvernants du jour d’avant.

Avec plus de recul, on peut analyser en profondeur l’allocution du Président de la République. Un mot revient, et c’est encore le cas ce matin dans les colonnes du Monde avec la tribune Alain Duhamel, il s’agit de chef d’état. Peu de personnes ont commenté ce qualificatif attribué au président de la République. C’est vrai nous y sommes habitués. Quoi de plus normal quand il s’agit du président de la République. Pourtant ce n’est pas normal.  Comme le souligne Olivier Besancenot, en 1848 le Député, et futur communard, Félix Piat dira « toute République dont le Président est affublé du titre de Chef de l’État ne sera jamais une république mais une royauté ».

 

« C’est donc cela le grand plan pour l’hôpital public promit par Emmanuel Macron au début de la crise ? »

 

Une royauté dont les soignants, les éboueurs, les agents d’entretien, les ambulanciers, les postiers, les employés de l’agroalimentaire, considérés par Jupiter comme des roturiers, voire des Serfs, tiennent le pays à bout de bras. Pour tenter de calmer la colère des gilets jaunes, Emmanuel Macron avait lâché quelques milliers d’euros. Voilà qu’il nous refait le coup avec le personnel soignant. Applaudis chaque soir par la population, élevés au rang de sauveur de la nation pas le Président, félicités par les éditorialistes de tout bord, les mêmes qu’il y a quelques semaines appelaient à réduire la dépense publique, ils se 1042640346_0-63-2049-1171_1000x541_80_0_0_911c32497c0d700fd1a2887d4a59ecf2voient attribuer des primes allant de 500 à 1500 euros, et leurs heures supplémentaires seront majorées de 50 %. C’est donc cela le grand plan pour l’hôpital public promit par Emmanuel Macron au début de la crise ? Pourquoi faire une différence entre les personnels soignants, sur quels critères ? Et où sont passées les exigences revendiquées pendant des mois, voire des années : des augmentations de salaire, des embauches, plus de lits, la fin de la T2A, l’arrêt des restructurations, la fin des partenariats public-privé ? Ces annonces ont plutôt été accueillies froidement par le monde hospitalier. Lui non plus n’oublie pas. Il n’oublie pas le mépris de Macron et « l’argent magique qui n’existe pas ». Il n’oublie pas que le pays champion d’Europe des dividendes versés aux actionnaires, 6ème puissance économique mondiale, a été incapable de lui fournir des masques pour le protéger. Ce matin, dans Le Monde, on découvre même que des cadres de santé Parisien font du troc sur un groupe whatsApp pour trouver du matériel. Surréaliste. On n’achète pas la paix sociale avec des primes, surtout quand elles ont le gout du sang. Les hospitaliers vont, et payent déjà un lourd tribut. Il faudra plus que des ronds de jambes et des primes pour calmer une colère qui couvent depuis plus de 10 ans.

 

« Dans ces temps troublés, où les certitudes sont balayées, nous avons besoin d’une solidarité accrue, aussi bien européenne qu’internationale »

 

Pendant que le monde est sur un fil, les yeux sont rivés sur l’Amérique. C’est désormais le pays le plus touché par la pandémie, aussi bien en nombre de morts que de personnes contaminées. Une précarité extrême de millions de citoyens, un système de santé public aux abonnés absents et un Président proche de la folie,trois ingrédients incompatiblesavec une gestion efficace du COVID19. Champion du mensonge, Donald Trump a donc décidé de s’attaquer à l’OMS (organisation mondiale de la santé). Ne nous y trompons pas, c’est à la fois la poursuite de sa stratégie « Américan First » qu’un écran de fumée pour masquer son immense responsabilité dans la crise sanitaire qui ravage désormais le pays. À côté du Président Américain, on peut dire que la gestion Coronavirus-voici-pourquoi-Donald-Trump-s-en-prend-a-l-OMSd’Emmanuel Macron frise la perfection. C’est dire … Premier contributeur de l’OMS (17% de son budget), cette décision fait peser un grave danger sur la lutte mondiale contre la propagation du virus. À l’image de Marine Le Pen, Trump voit dans l’isolationnisme, fermeture des frontières, une protection salutaire. Mais le virus n’a pas de passeport ! Dans ces temps troublés, où les certitudes sont balayées, nous avons besoin d’une solidarité accrue, aussi bien européenne qu’internationale. En rompant de la sorte avec l’OMS, Trump envoie un message clair à l’ONU : « les États-Unis d’Amérique n’ont pas besoin de toi ». En Europe, la Hongrie, l’Autriche, pays où l’extrême droite est au pouvoir, les mêmes lignes de conduites sont adoptées. Remise en cause des élites, de la science et sortie de toutes les structures institutionnelles coupables de « voler » la souveraineté aux états. En clair du populisme. Obnubilé par sa réélection, cette décision répond aussi à des intérêts électoralistes. Totalement irresponsable. Ce soir au moment d’écrire ces lignes, la barre des 30.000 morts est franchie.

 

« Pourquoi ne pas enfin mettre en place un grand pôle public du médicament et de la recherche que réclame la gauche depuis des années ? »

 

Après les tests et les masques, les français découvrent une autre pénurie. Celle des médicaments. Un schéma publié par le journal Le Parisien montre qu’une matière première est produite en Chine, transformée en Inde, conditionnée en Europe et vendu en France. Quand on pose la question pourquoi, la réponse est toujours la même : le profit. Même stocker des produits « coûtent » trop cher, alors les géants pharmaceutiques fonctionnent à flux tendus. En 2018 l’Agence Nationale de sécurité du médicament a reçu 868 signalements de tensions ou de ruptures, soit une hausse de 50% en 10 ans. Des pénuries qui amènent à des situations dramatiques comme le souligne l’Hématologue dans l’Humanité « depuis un an nous connaissons régulièrement des ruptures de stocks capture_decran_2017-04-25_a_15.50.10sur des luminothérapies spécifiques au cancer de la vessie. On a donc été obligé de multiplier par trois ou quatre le nombre d’ablations de la vessie ».  Si aujourd’hui tout le monde ou presque s’accord sur la nécessité d’imposer une relocalisation à l’échelle nationale et européenne, les moyens pour y parvenir diffèrent. Ils interrogent même parfois. Du côté de la majorité, on réfléchit à exonérer d’impôts les entreprises qui jouent le jeu. Donc on les subventionne avec de l’argent public pour financer la recherche et on les dispense d’impôts. Ce n’est pas sérieux et très ancien monde.Pourquoi ne pas enfin mettre en place un grand pôle public du médicament et de la recherche que réclame la gauche depuis des années ?

Le 12 mars dernier, Emmanuel Macron affirmait « qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d’autres est une folie ». Avec l’État d’urgence sanitaire, le gouvernement a le pouvoir de réquisitionner tout ce qu’il juge nécessaire à la lutte contre la catastrophe sanitaire ». Quoi de plus urgent que de faire de la fabrication des médicaments une mission de service public de santé ? Des mots, passons aux actes.

 

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