Confinement jour 30. L’exaltation de la comptabilité en lieu en place de l’intérêt général, comme nous avons pu le voir dans le système hospitalier, est une voie sans issue.

Va-t-on vraiment sortir le 11 mai ? Cela parait tellement peu probable que le Ministre de l’Éducation Jean Michel Blanquer a multiplié les interventions télévisées. 4 pour la seule journée d’hier. La parole présidentielle à peine prononcée, les parents et enseignants montent au créneau pour dénoncer une reprise anticipée, sans réponse sur les moyens, avec but unique d’accélérer la reprise économique. Ce confinement aggrave les inégalités entre élèves, c’est vrai. Mais depuis quand Emmanuel Macron se soucie-t-il des inégalités ?

C’est fou comment l’amnésie semble frapper au plus haut niveau de l’État. Comment ça, les foyers non pas tous accès à Internet ? Pourtant en janvier 2019 un rapport du Défenseur des Droits, Jacques Toubon, indiquait que 541 communes étaient classées en zone blanche, donc sans connexion Internet et mobile. Cela représente un peu plus de 500.000 habitants. Même quand des foyers disposent d’un ordinateur, les capacités diffèrent selon le milieu social. En 2017, le baromètre numérique indiquait que 13 millions de Français souffraient « d’illectronisme ». Réduire la fracture numérique était 20-04-15un des grands objectifs du quinquennat d’Emmanuel Macron. Comme beaucoup, il sera resté au rang de belles paroles. Il est illusoire qu’avoir une tablette ou un smartphone permet aux élevés de continuer à suivre les cours correctement. Or combien de familles ont un ordinateur, avec un clavier et une imprimante, pour pouvoir rédiger et avoir accès aux supports de cours que l’enseignant a préparé ? Cela dépend clairement des territoires. Si on prend la ville de Saint-Denis, le Maire Laurent Russier indique « que plus de 30% des élevés sont en décrochage scolaire ». C’est énorme.

Au contour d’une phrase d’un article du Monde on apprend qu’Emmanuel Macron pense à un remaniement ministériel. Comme si la réponse à la crise profonde que nous traversons pouvait se résoudre par un changement de personne. C’est un changement radical, non pas humain mais idéologique qui doit être mis en place. Et quand on regarde les noms qui sortent du chapeau (Valls, Le Foll, NKM) on comprend que les recettes d’hier seront les potions de demain. Et pourquoi pas Roselyne Bachelot en tant que ministre de la Santé tant qu’on y est !

 

« tester le pays, qui semble la meilleure solution, est impossible au regard de la quantité de tests disponibles ».

 

Lundi soir, Emmanuel Macron n’a pas été à la hauteur. Probablement le sait-il. Encore que, sa cohorte de collaborateur doit se comporter en cour servile prête à satisfaire les moindres désirs d’un astre jupitérien de plus en plus pâle. En livrant la date du 11 Mai, sans doute espère-t-il s’offrir une porte de sortie honorable. Pas besoin d’être scientifique pour comprendre que même la réouverture des écoles demeure hautement improbable sans véritable stratégie. Un bateau qui navigue à vue à toutes les chances d’échouer. Le conseil de l’ordre des Médecins vient ce soir se dire défavorable à cette réouverture. Grand absent du discours présidentiel, la prévention. Que fait-on pour les porteurs sains ? Là réside le véritable enjeu. Tester le pays, qui semble la meilleure solution, est impossible au regard de la quantité de tests disponibles. Cette crise lève le voile sur nos moyens, ils sont dignes d’un pays sous développé. Une solution : tester celles et ceux qui depuis le début de la crise vont au travail, et isoler les porteurs sains pour éviter qu’ils ne contaminent d’autres personnes. Sans çà, aucune sortie ne sera possible, pas plus le 11 mai que le 15 juin. La théorie de l’immunité collective ne tient pas. Seulement 10% des français auraient contracter le virus. Nous sommes loin du palier des 60% nécessaires à cette immunité. Dans les colonnes de l’Humanité, Catherine Hill, épidémiologiste, alerte sur le fait que « Les risques de rebond de l’épidémie sont gigantesques ». Pour elle « il n’est pas très utile de tester les personnes symptômatiques » comme le propose le Président de la République et souhaite un dépistage massif.

 

« il est temps de « comprendre qu’une action politique obnubilée par l’argent est mortifère et ne génère pas de richesses »

 

On ne le redira jamais assez mais cette crise est un puissant miroir de la faillite des politiques menées depuis des décennies. Comme le souligne l’écrivain Roberto Saviano dans les colonnes du Monde « le virus a révélé l’hérésie d’une approche purement hopital-public-caisse-depotséconomique et managériale de la chose publique ». Partout a été poussée à l’extrême la dimension individualiste du travail comme de la réussite créant une fracture des solidarités aujourd’hui fatale pour de nombreux territoires. Partout certains se sont crus invincibles, à l’abri des pandémies en raison de leurs richesses. Illusion. L’exaltation de la comptabilité en lieu en place de l’intérêt général, comme nous avons pu le voir dans le système hospitalier, est une voie sans issue. Nous le mesurons chaque jour un peu plus. Comme le dit l’écrivain, il est temps de « comprendre qu’une action politique obnubilée par l’argent est mortifère et ne génère pas de richesses ».

Autre danger qui guette, l’effritement de notre démocratie. Il est quand même surprenant, pour ne pas dire inquiétant, que sur un sujet aussi clivant que le tracking, le gouvernement se cantonne à un débat sans vote.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s