Confinement jour 24. Depuis le début du COVID29 le monde a perdu 226 milliardaires. Cette pandémie aura levé le voile sur une réalité. Notre vie repose bien plus sur les caissières, les éboueurs, les infirmières que sur les traders.

Allons-nous renoncer à nos libertés individuelles ? Chaque jour qui passe, un débat s’ouvre autour d’un double sujet liberté individuelle et protection des vies humaines. La crise sanitaire, déjà devenue une crise économique et sociale, est en train de devenir une crise sociétale. En priorisant l’état d’urgence sanitaire, alors que d’autres choix étaient possibles comme par exemple demander au Ministre de la Santé de prendre des arrêtés comme le permet le Code de la Santé Publique, Emmanuel Macron s’enfonce dans une voie dangereuse. La rhétorique guerrière utilisée à longueur de journée n’en est que plus inquiétante. Les pouvoirs exorbitants confiés au Gouvernement et le Parlement mis en sommeil sont les corolaires d’une stratégie du choc.

La lutte contre le COVID19 justifie-t-elle une mise en quarantaine de notre « démocratie » ? Je ne le pense pas. Pour le philosophe Italien Giorgio Agamben « la fausse logique est toujours la même : comme face au terrorisme, on affirmait qu’il fallait supprimer la liberté pour la défendre, de même on nous dit qu’il faut suspendre la vie pour la protéger ». L’exemple de l’état d’urgence est encore pour beaucoup d’entre nous traumatisant. On ne fait plus confiance sur la notion de « dispositif temporaire ». Face à l’épidémie, les français sont anesthésiés et le risque est grand de voir les esprits être plus réceptifs à une dose d’autoritarisme. Naomi Klein, militante altermondialiste de référence, s’appuie sur de nombreux exemples, pour montrer que de graves catastrophes naturelles ou des attentats entraînent des chocs psychologiques permettant « aux chantres du capitalisme » leurs réformes néo-libérales comme la privatisation de l’énergie ou la suppression de la sécurité sociale.

Après avoir intégré le fit de se faire fouiller à l’entrée d’un stade, va-t-on trouver normal d’être surveillés pas des drones qui se baladent au-dessus de nous dans l’espace public ? Déjà de nombreuses associations et syndicats s’émeuvent de la dérive actuellement en cours, car pour reprendre les termes de l’avocat Raphaël Kempf « l’état d’urgence sanitaire, c’est concrètement au sens strict, la police qui fait la loi ». Là, s’acte une véritable rupture démocratique et le pouvoir du législateur, boussole de notre République, n’existe plus. Pourtant dans cette crise, la démocratie ne saurait être le problème, c’est même la solution. Mais une démocratie nouvelle qui associe pleinement les citoyens, donne des nouveaux aux droits aux salariés. Nous avons besoin de nouveaux mécanismes collectifs. Un nouvel imaginaire commun doit émerger de cette crise.

 

« Comme en 1940, on s’appuie sur une milice armée. Et la prochaine étape c’est quoi ? On tire à vue ? »

 

Il nous faudra être vigilant, car dans ces moments obscurs les pires tentations vont se faire jour. La Maire de Biarritz a tenté de prendre un arrêté interdisant de « s’asseoir plus de deux minutes sur un banc ou sur un espace assimilable ». Et que dire du Préfet de Seine-et-Marne. C’est avec effarement que j’ai découvert son arrêté autorisant « la réquisition des chasseurs pour prévenir et signaler aux représentants des forces de l’ordre les infractions aux règles locales du confinement ». Comme en 1940, on s’appuie sur une milice armée. Et la prochaine étape c’est quoi ? On tire à vue ? Heureusement, les réactions en chaine ont entrainé dans l’après-midi l’annulation de cet arrêté. La vigilance doit nous animer, partout, tout le temps. Ne pas laisser passer la moindre chose. Pourquoi ne pas créer un observatoire des libertés le temps de l’état d’urgence sanitaire, composé de citoyens, militants associatifs, syndicaux, politiques, juristes … ? Une mise sous contrôle démocratique et citoyenne de nos libertés, individuelles et collectives.

 

« De nombreux chercheurs estiment aujourd’hui « qu’une prochaine pandémie est inévitable »

 

« Écologue ». Voilà un terme que je découvre lors de cette crise.  Comme beaucoup de françaises et de français, je lis, me documente, cherche des réponses ou du moins des explications. Une chose dont peu de responsables politiques parlent, c’est le lien entre le saccage environnemental et les pandémies. De nombreux scientifiques, dont des écologues, expliquent qu’il existe un lien étroit entre l’émergence de ce type de maladie et les dégâts causés à l’environnement. Qui a déjà parlé sur un plateau télé ou radio du fait qu’un certains nombres de facteurs, dont beaucoup sont liées à l’impact humain sur les écosystèmes, entraînent une exposition des zoonoses (maladies transmises par des animaux). Elles représentent à elles seules près de ¾ des nouvelles maladies affectant les coronavirus-pandemie-750x400humains selon la chercheuse britannique Kate Jones. L’ONU, elle dénonce les effets de la déforestation massive, 250 millions d’hectares ont ainsi disparu en 40 ans. Arrêtons-nous quelques instants sur la forêt amazonienne. Elle s’étend sur 6,5 km2 et représente 5% de la surface de la planète. C’est énorme. C’est aujourd’hui un bien en péril et encore plus depuis l’arrivée au pouvoir de Bolsonaro au Brésil. Une étude de Science Advances montre que passé les 20%, la forêt ne pourra plus jouer son rôle dans les équilibres climatiques et pandémiques. Bolsonaro prévoit de déboiser 60% de la forêt. Un geste criminel. De nombreux chercheurs estiment aujourd’hui « qu’une prochaine pandémie est inévitable ». Jean-François Guégan, spécialiste de la transmission des maladies infectieuses à l’INRAE, est lui encore plus explicite « il est même possible que la situation soit encore plus préoccupante en terme de mortalité ». Dans une tribune publiée dans l’Humanité, il dresse un constat clairvoyant « L’humanité est confrontée aux conséquences de ses destructions, résultant de ses choix économiques et politiques ». En clair on paye aujourd’hui des décennies de mondialisation, de dérégulation économique et sociale, de saccages environnementaux et de destruction des écosystèmes. Quand on l’interroge sur l’après, il souhaite que soient mises en place « des politiques de changement radical ».

 

« Dans le jour d’après, appuyons-nous sur la France des terroirs »

 

Déforestation des sols pour l’agriculture, élevage géant, extractions minières … Il faut sortir de ces logiques qui aujourd’hui nous reviennent en plein visage tel un boomerang.  Lors des élections régionales de 2015, nous avions visité le futur site d’installation d’une ferme « aux milles taurillons » à Coussay-les-Bois dans la Vienne. Je m’en souviens encore. On parlait d’un projet où la nourriture viendrait d’argentine, les bêtes partiraient ensuite en Italie pour revenir en barquette en France avant d’être acheminées partout en VégetarienEurope car la France n’est pas un pays qui en consomme de grosse quantité. On marche sur la tête. Je l’ai déjà exprimé à plusieurs reprises mais la priorité doit être donnée aux circuits-cours, aux exploitations à taille humaine, au bio, au familial. Il faut par exemple généraliser les halles alimentaires au cœur de nos centre-ville pour favoriser une agriculture de proximité. Dans le jour d’après, appuyons-nous sur la France des terroirs.

Une nouvelle vient égayer ma journée. Depuis le début du COVID29 le monde a perdu 226 milliardaires. Jeff Bezos, le patron d’Amazon, l’homme qui refuse de protéger ses salariés et qui veut contrôler leurs mouvements via une puce dans le corps, a perdu 8 milliards en une semaine. Bien fait. Cette pandémie aura levé le voile sur une réalité. Notre vie repose bien plus sur les caissières, les éboueurs, les infirmières que sur les traders.

Encore une fois, j’ai beaucoup trop écrit. Il y a quelques jours je parlai de l’inégalité vis-à-vis de la mort. La situation de la Louisiane aux États-Unis l’illustre à nouveau. J’en parlerai demain.

 

 

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