Confinement, jour 23. On parle de milliers de morts et les ministres des finances européens débattent sur des mécanismes, ce n’est pas sérieux. C’est même criminel. L’urgence est absolue, il faut débloquer des fonds. Aidons nos voisins italiens et espagnols !

8H, le réveil sonne. Avec l’annonce des nouveaux horaires autorisant le footing mieux vaut ne pas se lever tard. J’enfile mes baskets, direction l’hôpital Cochin. J’ai désormais mon petit circuit. Il me permet de mesurer la distance et le temps. Par contre une chose me saute immédiatement aux yeux, il y a beaucoup de monde dans les rues. Bien plus que lors des sorties dans la journée la semaine précédente. Dans la rue de l’hôpital j’assiste même à une scène cocasse. Sur le trottoir une vingtaine de personnes marchent en file indienne, espacées de plusieurs mètres. Aucun sourire, le regard est fixé sur le sol. Le COVID19 semble avoir emporté les âmes. Je m’interroge. Si proche de l’hôpital, bon nombre doivent aller prendre le service, sans doute la boule au ventre. Celui qui dit ne pas voir peur n’est pas un héros, c’est un menteur. Le Gouvernement peut répéter à chaque point presse que ceux sont « nos héros », on n’oubliera pas « la non-assistance à personne en danger ». Je veux ici parler du manque de masques, de blouses, de médicaments. 25 minutes plus tard, je suis déjà de retour. Bilan, 6 km effectués. Pas mal. En revanche je ne suis pas du tout convaincu par la mise en place de tranches horaires pour aller courir. Nous verrons dans les prochains jours.

L’avantage de se lever tôt, c‘est de pouvoir profiter de sa matinée ensoleillée sur son balcon. Il fait chaud, ça réchauffe un peu le cœur. Depuis l’arrivée de ma nouvelle cafetière, sans doute ma meilleure amie en ce moment, j’aime écouter le bruit des grains de café en train d’être moulus. Sentir cet effluve de café qui vous effleure les narines.

 

« Relocalisation, maîtrise industrielle, Services Publics, renouveau démocratique … Arnaud Montebourg trace un horizon, on y devine même un début de programme »

 

Ce matin impossible de pouvoir échapper à l’interview d’Arnaud Montebourg dans les colonnes de Libé. Au moment de l’écriture de mon livre sur l’extrême droite, j’avais souhaité le rencontrer pour revenir sur le renoncement du Gouvernement Hollande lors de « l’affaire Florange ». À l’époque, face à la menace de fermeture, en tant que Ministre du redressement productif, il porte l’idée d’une nationalisation temporaire sur le modèle ob_48ad9c_couverture-liberation-08-04-2020de ce qu’on fait les américains avec General Motors en 2009. Au cours de notre discussion un mot reviendra souvent : la souveraineté économique. Aujourd’hui son crédo « le made in France » revient en force. Relocalisation, maîtrise industrielle, Services Publics, renouveau démocratique … Arnaud Montebourg trace un horizon, on y devine même un début de programme. Sur l’Europe, la position de l’ancien candidat aux primaires de la gauche est intéressante : « le débat qu’il faut ouvrir n’est pas la mutualisation des dettes mais leur annulation ».  À la question que comptez-vous apporter, il répond « une analyse, une vision, des idées, de l’entraide et chacun en fera ce qu’il veut ». Ça ressemble à une préparation de 2022.

 

« L’Europe, si, dans cette crise sanitaire exceptionnelle, n’accepte pas de mener une politique de solidarité en relayant les questions financières au second plan, elle ne s’en relèvera pas »

 

En tout cas une chose est sure, l’Europe sera demain au cœur des débats. Et aujourd’hui, elle est en échec. La nouvelle réunion des ministres européens des Finances n’a pas permis de déboucher sur un accord. On retrouve la désormais traditionnelle opposition Nord/Sud. Sur quoi portent les négociations ? Il s’agit d’établir un plan de soutien de plus de 500 milliards d’euros pour aider les États en difficultés. Si tout le monde s’accorde sur la nécessité d’aider, les divisions se font sur les modalités. Un mécanisme cristallise les tensions : le MES. Il s’agit du Mécanisme Européen de Stabilité. En réalité, en échange d’une aide financière, les États doivent accepter certaines dispositions. Comprendre, appliquer des réformes prédéfinies. En clair si l’Italie et l’Espagne veulent être aidés, ils devront appliquer les plans d’austérité de la Commission Européenne. On a vu les résultats avec la Grèce ! Il faut mesurer les enjeux. L’Europe, si, dans cette crise sanitaire exceptionnelle, n’accepte pas de mener une politique de solidarité en relayant les questions financières au second plan, elle ne s’en relèvera pas. Pire, elle ouvrira la voix aux nationalistes de tout bord, qui attendent tapis dans l’ombre, la première occasion pour renouer avec le retour des frontières, la haine de l’autre et le repli sur soi. Cela serait le pire des scénarios. On parle de milliers de morts et les ministres des finances européens débattent sur des mécanismes, ce n’est pas sérieux. C’est même criminel. L’urgence est absolue, il faut débloquer des fonds. Aidons nos voisins italiens et espagnols ! Et puis avant de donner des leçons, regardons devant notre porte. Les Pays-Bas qui se montrent aujourd’hui intransigeant dans les négociations, sont uns des paradis fiscaux les plus importants du monde. On y trouve 15 000 sociétés boites aux lettres qui disposent de 4 500 milliards de capitaux, soit 5 fois plus que le PIB du pays. On va attendre quoi des millions de cadavres pour trouver le chemin de la raison ?

 

« Nelson Mandela n’a pas été confiné. Il a été emprisonné illégalement par un régime raciste car il menait un combat contre l’apartheid ! »

 

Avec ce temps, je me croirai presque en vacances. Beau temps et farniente. Il manque le grand air ! Un article du journal Le Point me tire de ma torpeur. Le titre pique les yeux : « Leçons de confinement : comment Mandela a su rester en forme ». Est-ce vraiment réel ? On parle d’un homme qui a passé 27 ans dans les geôles sud-africaines. Nelson mandelaMandela n’a pas été confiné. Il a été emprisonné illégalement par un régime raciste car il menait un combat contre l’apartheid ! Vous n’avez pas honte sérieusement ? Qui-a-pu écrire une telle connerie !

Comme vous, j’entends de plus en plus souvent les mots « relocalisation » et « souveraineté industrielle ». On nous promet que rien ne sera plus comme avant. Des mots, toujours. Et les actes suivent-ils ? Non. Alors que le gel devient aussi recherché qu’un lingot d’or, voilà que le groupe Français Air Liquide vend sa société qui produit ces gels à un fond suédois. On parle de Air Liquide la seule société du CAC 40 qui a décidé de maintenir en totalité son dividende prévu cette année. Une entreprise qui a reçu en début d’épidémie « les félicitations » d’Emmanuel Macron pour son effort de production sur les respirateurs. En vérité derrière la façade, le pire est présent. L’argent est bien la seule ligne directrice.

 

« L’enfer du Nord » et « De Ronde ». Deux monuments.

 

Privé de sport à la télé, je peux au moins profiter des rediffusions d’Eurosport. Je viens de m’avaler les éditions 2019 de Paris-Roubaix et du Tour des Flandres. Deux classiques légendaires. « L’enfer du Nord » et « De Ronde ». Deux monuments. Il faut voir ses murs de pavés qui frisent parfois les 25%. Les gens se pressent sur les bords de route, plusieurs jours à l’avance, pour apercevoir ces champions. Ces courses se sont aussi des lieux mythiques. Pour le Tour des Flandres, il s’agit du Koppenberg. Il est court, 600 mètres, mais terrible par ses pourcentages 11,6 % de moyenne avec un passage à 22 %. Les coureurs le savent, s’ils posent pied à terre impossible de repartir en vélo tellement la pente est abrupte et le revêtement de mauvaise qualité. Ils n’ont qu’un choix, terminer à pied. Pour Paris Roubaix, un passage supplante tous les autres, la trouée d’Arenberg. Longue de 2400 mètres de pavés, elle ne décide jamais du vainqueur mais peut vous faire perdre la course. Filippo Pozzato, 2èmeen 2009, dira d’elle « c’est la vraie définition de l’enfer. C’est très dangereux, surtout dans le premier kilomètre quand on y entre à plus de 60 km/h. C’est incroyable. Le vélo va dans toutes les directions ». Je me promets d’y aller lors des prochaines éditions. Pas sur un vélo, mais au bord de la route.

 

20H. Le repas n’est pas prêt. Je suis débordé, c’est un comble en période de confinement.

 

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