Confinement jour 22.Derrière les murs des usines, des vies vont être fauchées, c’est une certitude. Non pas pour sauver d’autres vies, mais pour faire en sorte que les entreprises gagnent des parts de marché en profitant de la crise.

Long. Si je devais résumer le sentiment qui m’anime pour parler de cette période de confinement c’est sans doute le mot que j’utiliserai. Il ne faut pas se mentir, même si nous savons que « c’est pour la bonne cause », c’est interminable. Une chose, sans doute, exacerbe ce sentiment. Ne pas savoir quand cela va se terminer. Il faut comprendre le Gouvernement, je pense, qui ne préfère pas se positionner de peur de générer un relâchement. Le beau temps n’aide pas. Avec un tel soleil, nous serions bien mieux à siroter une bière en terrasse, à manger des tapas avec nos amis, à refaire le monde jusqu’au bout de la nuit parisienne. Quand je disais, hier, que nous n’étions pas égaux face à la mort, nous ne le sommes pas non plus face au confinement. Ce week-end, à Nice, des personnes ont tenté d’échapper aux contrôles pour sortir leurs bateaux, aller à la montagne, ou faire du paddle. Inutile d’être devin pour savoir qu’il ne s’agit pas des caissiers, des infirmières ou des urgentistes. Sans doute n’a-t-on jamais autant parlé d’inégalités sociales que lors de cette crise sanitaire.

Aujourd’hui pas de footing. Je préfère profiter de mon balcon ensoleillé avec la presse du jour. À partir de demain, suite à une décision d’Anne Hidalgo, les sorties sportives dans la capitale ne seront plus autorisées entre 10H et 19H. Objectif, limiter le nombre de personnes dans les rues. Finalement ce n’est pas plus mal, cela m’obligera à me lever plus tôt.

 

« Le retour de l’État puissance publique et stratège ne doit pas être temporaire mais permanent »

 

Cette pandémie acte un autre retour, celui de l’État comme puissance publique. Pour souvenir en 1914, anticipant de graves problèmes, l’état bloque les loyers des logements des soldats partis au front. La fin de la guerre ne signifiera pas la fin des blocages, il faudra attendre 1948 ! Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le programme du Conseil National de la Résistance redonne à son tour un rôle central à l’État avec, entre autres, le contrôle de l’État sur la marine marchande, la nationalisation des Usines Renault, la nationalisation de l’électricité et du gaz, la nationalisation des grandes compagnies d’assurances ou encore la généralisation de la Sécurité Sociale. Cette crise débouchera-elle sur un retour en force de la puissance publique ? Pour le moment on assiste à des mesures allant dans ce sens : blocage de l’économie, paiement des salaires, aides aux entreprises, grand plan pour l’hôpital public…  On parle même d’une nationalisation temporaire d’Air France. Emmanuel Macron ne dit pas autre chose quand il affirme qu’ « Il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché ». De mots qui devront être suivis d’actes. La dernière mobilisation contre la réforme des retraites a d’ailleurs montré l’attachement des françaises et des français à notre modèle social.  Au lendemain de la crise du COVID19, les exigences populaires n’en seront que plus fortes. Qui va encore accepter qu’un lit d’hôpital soit fermé car « ça coute trop cher », qu’une ligne de train soit supprimée car « pas assez rentable » ou que notre électricité ne soit pas ramenée dans le giron du Service Public ? Le retour de l’État puissance publique et stratège ne doit pas être temporaire mais permanent. Pourtant des craintes demeurent. Exemple, hier lors de son point presse Olivier Veran a appelé à suspendre les réorganisations dans les hôpitaux, pas à les annuler. Tout un symbole.

 

« Derrière les murs de cette usine, des vies vont être fauchées, c’est une certitude »

 

Autres acteurs qu’il faudra remercier après la crise, les syndicats ! Que n’a-t-on pas entendu sur eux depuis le début du quinquennat d’Emmanuel Macron. C’est la première fois depuis très longtemps qu’un Président de la République, en exercice, méprise à ce point les syndicats. Pourtant aujourd’hui, encore une fois, heureusement qu’ils sont là pour assurer la protection des salariés. Hier les chiens de gardes du capital attaquaient la CGT Commerce et Services en raison d’un préavis de grève qui commence demain. En « réponse », on apprenait ce matin le décès pour cause de COVID19 de Vidianund fedexSeesahye, 59 ans, salarié de Samsic Sécurité à l’aéroport Roissy CDG. C’est le 2èmedécès dans cette entreprise qui refuse de protéger ses salariés. Ces gens sont des assassins. Le secteur des commerces et des services est particulièrement impacté avec 9 décès depuis le début de l’épidémie. Une entreprise est dans l’œil du cyclone, il s’agit de Fedex. Mise en demeure par l’inspection du travail pour non-respect de mesures de protection, l’entreprise, plutôt que de les mettre en place, vient d’engager un recours suspensif. Les entreprises françaises ne sont pas non plus exemptes de tout reproche. L’Humanité révèle que PSA refuse de suspendre l’activité de sa plateforme de Vesoul où l’on ne dénombre pas moins de 128 cas de covid19 ! Mais peut-être la plateforme de Vesoul produit-elle des produits indispensables ? À y regarder de plus près on parle de rétroviseurs et d’essuie-glaces … Derrière les murs de cette usine, des vies vont être fauchées, c’est une certitude. Non pas pour sauver d’autres vies, mais pour faire en sorte que l’entreprise gagne des parts de marché en profitant de la crise. Là aussi, les criminels en cols blancs devront rendre des comptes.

 

 

 

 

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