Confinement jour 21. C’est une hécatombe. La mort frappe et qu’on ne vienne pas me dire que nous sommes égaux face à elle. Combien de milliardaires, de millionnaires ou de chefs d’entreprises parmi les plus de 7000 morts ?

Une nouvelle semaine démarre, sans le soleil. Je ne me souviens même plus la date du début de confinement. La mémoire est ankylosée. La courbe du temps semble suspendue. Jour, nuit, matin, après-midi … Peu à peu les repères disparaissent. On mange à des heures improbables, on dort la journée, regarder la télé la nuit. Tout se dérègle.

Hier soir, je reçois un SMS de mon éditrice m’informant que j’ai vendu environ 500 livres depuis le lancement en mi-janvier. Bien, pas bien ?  Aucune idée. Je l’interroge. Elle me confirme que c’est un bon début. Sincère, ou pour me rassurer ? Je n’en sais rien. Cela me semble tellement dérisoire dans la période. Une date est pour le moment maintenue à l’agenda, le 30 juin au Parlement Européen. Cela me parait si lointain …

 

« La mort frappe et qu’on ne vienne pas me dire que nous sommes égaux face à elle. Combien de milliardaires, de millionnaires ou de chefs d’entreprises parmi les plus de 7000 morts ? »

 

Hier fut une nouvelle journée noire pour « les invisibles ». Nous avons appris le décès de plusieurs camarades : Cyril, 37 ans, agent de sûreté à la RATP ; Régis Kopec, secrétaire général adjoint de la CGT construction. C’est une hécatombe. La mort frappe et qu’on ne vienne pas me dire que nous sommes égaux face à elle. Combien de milliardaires, de millionnaires ou de chefs d’entreprises parmi les plus de 7000 morts ? Arrêtons de nous voiler la face et il suffit pour cela de regarder le Département de la Seine-Saint-Denis pour le mesurer ! Ce département, l’un des plus pauvres de France, prend en « pleine gueule » le COVID19, avec un taux de mortalité exceptionnel. Entre la semaine du 14 au 20 mars et celle du 21 au 27 mars, on assiste à une hausse des décès de 63% ! Ce n’est pas le fruit du hasard. D’abord, ce département est un véritable désert médical, sous doté et dans lequel SOS Médecin refuse même de se déplacer ! En 2018, un rapport parlementaire indiquait qu’il disposait de trois fois moins de lits de réanimation que Paris. La fermeture des marchés alimentaires à des conséquences incroyables. C’est avec stupéfaction que j’apprends que sur Bondy Nord, bassin de 21 000 habitants, on ne trouve qu’un supermarché ! Enfin, on sait que les caissières, les éboueurs, les agents de sécurité, les livreurs, les aides-soignantes, ces fameux « invisibles » devenus indispensables, résident majoritairement dans les quartiers populaires, donc inévitablement dans le 93.

 

« Comme au temps de la piraterie on voit défiler sur les tarmacs des aéroports représentants de différents pays, voir régions ou entreprises »

 

La guerre des masques. Même en ces temps de crise, où la coopération devrait être la norme on assiste à une guerre impitoyable, celle pour obtenir des masques. Comme au temps de la piraterie on voit défiler sur les tarmacs des aéroports représentants de différents pays, voir régions ou entreprises. Ils ne sont pas armés de revolvers mais de b5a170f9fad433c2fe38cc4b4682b3f7billets de banques. Car désormais pour toute commande de masques, il faut payer rubis sur l’ongle. On assiste à des scènes d’un autre temps. Les États-Unis ont par exemple mis sur pied une équipe qui parcourt le monde pour « récupérer tous les équipements possibles ». La France, qui dispose aujourd’hui de 4 usines, est en capacité de produire 6 à 8 millions de masques par semaine alors que la consommation hebdomadaire du seul secteur de la santé se chiffre à plus de 40 millions. Il faudra demain changer clairement de stratégie et repenser la production à l’échelle nationale et européenne. Condition indispensable de ce jour d’après, placer la production de masques sous maîtrise publique.

 

« Nous ne voulons plus de leur monde. Services publics, protection sociale, CDI, maîtrise publique, hausse des salaires, écologie … Voilà les mots que nous imposerons demain ! »

 

« La France va vraisemblablement connaître sa pire récession depuis 1945 » a prévenu ce matin Bruno Le Maire. La question économique fait déjà rage. Et les tenants de modèle actuel font feu de tous bois. Hier Guillaume Peltier, numéro 2 des Républicains, proposait de supprimer jusqu’à 5 jours de RTT pour financer santé et agriculture. Ce matin BFMTV s’interrogeait pour savoir si on peut « faire travailler ses salariés bénévolement pour aider à l’effort national de production ». Dans le même temps l’Humanité révèle que de nombreuses entreprises mettent leurs salariés en chômage partiel et imposent le télétravail afin de faire payer les salaires par l’État. En 1ère ligne on trouve SFR, une entreprise dont les patrons se sont octroyés en 2018 un salaire de 88 millions d’euros. Libération des entreprises, baisse du coût du travail, politique offensive de l’offre … Éditorialistes et experts en tout genre se succèdent pour diffuser la douce musique. Alain Duhamel se dira même inquiet par de « futures difficultés sociales » pour faire appliquer les décisions politiques. Ils n’ont vraiment rien compris.  Mais que croient-ils ? Que tout va continuer comme avant au nom de l’unité nationale … Nous ne voulons plus de leur monde. Services publics, protection sociale, CDI, maîtrise publique, hausse des salaires, écologie … Voilà les mots que nous imposerons demain !

Comme chaque jour, les quotidiens nationaux ouvrent largement leurs colonnes aux soignants, médecins et urgentistes.  Le carnet de bord du jour publié par Libération est une pépite. Il dit tout à la fois, du courage et de la colère du monde de la santé. Pour Thierry, membre de SOS Médecins Mulhouse « nous ne comprenons toujours pas comment dans un pays aussi développé comme le nôtre, aucun stock de matériel n’a été prédisposé en régions ». Ces reportages, où les soignants s’expriment sans filtre, sont durs, violents. On touche du doigt le naufrage qui frappe la planète et on mesure que les hôpitaux tiennent sur un fil.

Lors de son point presse quotidien, Olivier Veran appelle « à suspendre toutes les réorganisations dans les hôpitaux ». Il annonce aussi que « l’hôpital de demain ne pourra pas être l’hôpital d’hier ». Il aura donc fallu attendre plus de 7000 morts pour écouter les soignants. C’est triste.

Nous n’oublierons pas, ni les milliers de morts, ni les responsabilités des uns et des autres. J’aimerai terminer par ces mots d’un infirmier de l’AP-HP : « On a tout ce qu’on veut, les vannes sont ouvertes. On nous a livré 6 lits neufs alors que ça faisait des mois, des années qu’on les demandait. Les budgets sont signés en un rien de temps ». L’argent était donc là. C’était donc une question de choix. Un choix aujourd’hui mortifère.

 

 

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