Confinement jour 20. Jamais le rabotage des libertés individuelles n’a permis d’enrayer épidémie, attentat, guerre ou massacre. Sous couvert d’urgence sanitaire, n’acceptons pas tout.

Le soleil chauffe le visage. Les oiseaux chantent dans le ciel. Le thermomètre se réchauffe. En temps normal, je me serai fait un plaisir d’arpenter les rues parisiennes. Flâner, juste pour le plaisir. Être surpris à chaque coin de rue. Profiter et recharger les batteries avant le début de la semaine. Mais ça, c’était avant. Avant le COVID19 et les mesures de confinement. Je commence à étouffer, besoin d’air, d’escape, d’activités…

Même ma sortie sportive du matin, d’habitude source de respiration, est ennuyeuse. Pire, elle est triste. Elle rappelle que nous ne sommes plus libres de nos mouvements. Plus libre d’aller où bon nous semble. Et encore je m’autorise quelques entorses, car courir sur un périmètre d’un kilomètre autour de son lieu de résidence est oppressant. On y croise les mêmes personnes, on y voit les mêmes bâtiments. L’impression de recommencer le même jour sans fin. Déjà qu’ils sont longs, s’ils se ressemblent tous ! J’ai quand même découvert une petite pépite située au 10 rue Jean Dolent. Sur la façade d’un immeuble se trouve inscrit « propriété de la société civile l’Avenir du Prolétariat ». De quoi aiguiser ma curiosité. De retour, je cherche immédiatement ce qu’est cette société. Elle fut fondée en 1893 par un receveur des postes. La société collectait des cotisations auprès des ouvriers et investissait cet argent dans des « immeubles de rapport ». Au bout d’une période qui pouvait aller de quinze ans minimums à cinquante ans, les déposants, s’ils étaient encore en vie et s’ils avaient pu payer toutes les mensualités sans interruption percevaient une retraite. Vers 1910 L’Avenir du prolétariat possédait 42 immeubles parisiens, plus un patrimoine immobilier conséquent en province. L’instauration d’une retraite obligatoire entraina son déclin et elle fut rachetée en 1994 par la riche famille Catteau. Des bourgeois qui achètent le prolétariat !

 

De quoi parle-t-on derrière ce nom barbare de « blacktracking » ?

 

« La dictature peut s’installer sans bruit » disait en 1984 Georges Orwell.  Avec la pandémie, nous sommes face à un espace public de plus en plus militarisé. Une aubaine pour les défenseurs du « blacktracking », qui souhaitent utiliser cette période de restrictions de libertés pour en faire un laboratoire. Nous le savons, c’est dans les moments de crise, où peur et vulnérabilité sont au sommet de l’échelle des valeurs, que les libertés individuelles sont le plus durement attaquées et dans la majorité des cas cela se fait avec l’aval des populations. De quoi parle-t-on derrière ce nom barbare de « blacktracking » ? Il s’agit de collecter et traiter les données personnelles de géolocalisation GPS des téléphones de particuliers. En clair contrôler les déplacements des gens, savoir où ils se trouvent en temps réel, savoir à qui ils parlent, qui ils 1984_posterrencontrent. Si cette idée revient avec force, c’est que de nombreux pays l’utilisent déjà, à des degrés différents, pour lutter contre le covid19. En Pologne, par exemple, une application est réservée aux personnes en quarantaine. Elles peuvent à tout moment recevoir un SMS du gouvernement et dispose de 20 minutes pour envoyer un selfie, lequel sera analysé par un logiciel de reconnaissance faciale pour savoir s’il s’agit véritablement de la personne. En Chine, des codes couleurs (vert, jaune, rouge) sont attribués aux habitants via l’application Alipay Health Code. Le vert signifie que le citoyen est sain et qu’il peut circuler librement, le jaune correspond à une assignation potentielle à résidence pendant sept jours et le rouge signifie la mise en quarantaine de l’utilisateur. En Israël, ces données passent directement par le tout puissant service de Sécurité Intérieur, le Shin Bet. Ces données peuvent être conservées 40 jours et échappe à tout contrôle démocratique.

 

« Une crise, quelle qu’elle soit, ne doit pas servir de prétexte à réduire nos libertés individuelles »

 

Pour le moment la France n’a pas fait appel à ce système, mais y réfléchit fortement. Elle vient de créer un groupe de travail composé de 12 chercheurs qui planchent sur le sujet. Étonnamment, la CNIL n’a pas été associée. Le Gouvernement n’en est pas à son coup d’essai. Il y a quelques semaines le secrétaire d’état au numérique appelait de ses vœux « une expérimentation de la reconnaissance faciale ». De quoi nous faire redoubler de vigilance.

Une crise, quelle qu’elle soit, ne doit pas servir de prétexte à réduire nos libertés individuelles. Vidéosurveillance, carte bancaire, smartphone … Déjà bien avant le COVID19, il était quasi impossible de se mouvoir sans laisser de traces et cela même si on ne faisait rien d’illégale. Face à une épidémie qui frappe partout, comme après des attentats, les dispositifs de surveillances sont plébiscités par les populations. Ils ont valeurs de refuges, donnent un sentiment de protection.

 

« Jamais le rabotage des libertés individuelles n’a permis d’enrayer épidémie, attentat, guerre ou massacre ».

 

« Ce sont des dispositifs temporaires et contrôlés par le législateur », nous assure-t-on. On connaît trop bien la musique. Pour rappel, l’état d’urgence de 2015 a été prorogé 6 fois, avant d’être introduit dans le droit commun. Aujourd’hui on peut désormais être assigné à résidence sans décision de justice, les gilets jaunes et les syndicalistes en ont pour certains fait les frais.  Si nous n’y prenons pas garde, il en sera de même avec l’état d’urgence sanitaire.

Jamais le rabotage des libertés individuelles n’a permis d’enrayer épidémie, attentat, guerre ou massacre. La meilleure réponse, c’est d’autres choix politiques. Plus de services publics, un véritable choc environnemental et un autre partage des richesses.

Souhaite-t-on vraiment que demain des drônes survolent les espaces publics, que des hauts parleurs nous intiment de rentrer chez nous, qu’une application nous informe des gens que nous croisons, que le gouvernement soit averti en temps réel de nos maladies, pire connaisse la température de notre corps ?

Sous couvert d’urgence sanitaire, n’acceptons pas tout.

 

 

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