Confinement jour 18. La seule corrélation que l’on peut trouver c’est celle entre le cerveau de Didier Lallement et la connerie humaine. Lui, on devrait le confiner pour quelques mois, voire quelques années. 

« Ceux qui sont aujourd’hui hospitalisés, qu’on trouve dans les réanimations, sont ceux qui au début du confinement ne l’ont pas respecté. Il y a une corrélation très simple », ces mots ne sont pas ceux de Donald Trump ou Jair Bolsonaro. Ils sont l’œuvre du sinistre Préfet de Police de Paris Didier Lallement. Un homme désormais tristement célèbre. Il faut dire que c’est un récidiviste. Arrivé pendant la crise des gilets jaunes pour « mater » la rébellion populaire, il s’était immédiatement distingué par l’utilisation exacerbée de la violence et une rhétorique guerrière, allant jusqu’à parler de deux camps. Pas plus tard que le 8 mars dernier, il s’est une fois de plus « mis en évidence » avec un traitement ultra-violent de la manifestation féministe. Pourtant, il est toujours là, lallemantarborant son immense chapeau tel un général de la plus sombre des armées … Hier comme aujourd’hui, pas de démission. Tout juste a-t-on droit à des excuses.  Quand on repense aux mots prononcés, ils sont d’une violence inouïe. Aicha, caissière à Carrefour, est-elle décédée pour non-respect du confinement ? Non. Frédéric, directeur de la Clinique de La Défense à Nanterre, est-il décédé pour non-respect du confinement ? Non. Georges Merlo, agent de la RATP, est-il décédé pour non-respect du confinement ? Non. Les gens qui sont aujourd’hui dans les hôpitaux, entre la vie et la mort, ou celles et ceux qui sont malheureusement déjà décédés, ont été en première ligne pour sauver des vies et maintenir le pays debout. La seule corrélation que l’on peut trouver c’est celle entre le cerveau de Didier Lallement et la connerie humaine. Lui, on devrait le confiner pour quelques mois, voire quelques années.

Lire, c’est imaginer, se projeter, s’évader.

Va-t-on dans quelques centaines d’années comparer cette période à la peste noire ou à la grippe espagnole ? En termes de mort j’espère que non, en termes de confinement peut-être. L’isolement est quelque chose de particulier. La perte de contact humain, d’échange est déstabilisante. Comment vaincre cette solitude, parfois cette ennui qui nous guette à chaque fois que notre regard accroche une horloge ? Montaigne, connue pour ses longues périodes d’isolement, il appelait cela des « retraites », avec un moyen pour lutter contre cette angoisse : la lecture. Pour lui, c’était une arme lui permettant de « domestiquer la mélancolie issue de l’isolement ». C’est vrai que depuis le début du confinement, la lecture, aussi bien des romans que la presse, permet de briser la spirale du quotidien. Lire, c’est imaginer, se projeter, s’évader. Avec les mots, on voyage, on peut même prendre la place de l’héroïne, sentir les interactions avec les autres. Lire un livre, c’est comme effectuer un voyage. Et c’est moins cher !

Mon prochain voyage sera dans la rue, c’est l’heure de mon footing. 10H15, je suis en avance. Je me suis levé tôt, 8H30. Avant d’aller acheter la presse, j’ai lancé mon café. J’ai un plaisir tout particulier à revenir et sentir cette odeur de café frais. À l’image de Paris, ma résidence s’est vidée de moitié. En 18 jours, je n’ai croisé personne ! Le soleil a disparu, laissant place à un ciel nuageux. La rue est déserte, silencieuse. Vite que la foule revienne ! Les journaux achetés, le café ingurgité, je pars. Objectif, 30 minutes pas plus. Ce matin, les jambes sont lourdes. Je fais le choix de descendre le boulevard Pasteur, située à l’arrière de la gare Montparnasse. La vue et saisissante. On y aperçoit au loin la Tour Eiffel. Droite et fière. Toujours debout, même en temps de crise. C’est un emblème pour les parisiens, quelque chose qui rassure. Passage par la rue de Vaugirard et retour à la maison via le Boulevard Edgard Quinet. Bilan 27 minutes d’efforts pour 5 kilomètres. Cette fois-ci, je n’ai pas la force de monter les 7 étages à pieds, merci l’ascenseur.

« Chaque nuit, les personnels soignants redoutent le pire »

À Paris, nous sommes au cœur de la tempête. Le système de santé est au bord de la rupture. Un chiffre, il y a 2120 personnes en réanimation covid+ pour 2200 lits disponibles (source ARS IDF). Il ne reste donc que 22 lits disponibles. Il faut saluer ces médecins, urgentistes, soignants qui chaque jour font des miracles pour augmenter la capacité des lits. Pour reprendre un terme utilisé par un médecin de l’APHP, il faut faire preuve « de trésors d’ingéniosités ». Une question est désormais sur toutes les lèvres. Jusqu’à quand le système va t’il tenir ? Édouard Philippe a eu beau affirmer hier soir sur TF1 que « notre système hospitalier tient et il va continuer à tenir », on sait qu’en politique, les promesses se sèment au gré des vents mais ne se récoltent que rarement. Surtout quand des promesses viennent d’un gouvernement qui a amputé 1,5 milliards d’euros aux budgets des hôpitaux depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron. Ici à shutterstock_1627695202-masque-protection-virus-grippe-épidémieParis, chaque jour gagné est un exploit. L’angoisse est palpable. Chaque nuit, les personnels soignants redoutent le pire. L’arrivée d’une nouvelle vague et l’incapacité à l’encaisser. Tous ont conscience de la fragilité de la situation. Ils savent aussi qui en porte la responsabilité. Le Point, chien de garde pouvoir, cible les prises de position de l’urgentiste Michel Prudh’omme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes au motif « qu’il est délégué syndical ». Une telle accusation pourrait, à la limite, être défendue si c’était le seul à formuler des critiques à l’encontre du gouvernement. Chère Géraldine Woessner, je vous invite à allumer votre télé et faire le tour des chaînes d’infos en continue. Tous les représentants de la santé, qu’ils soient médecins, urgentistes, infirmières, chefs de service et même directeurs d’hôpitaux, tous expriment des critiques en disant « cela fait des années qu’on alerte et que personne n’écoute ». Et croyez-moi, ils sont tous loin d’être syndiqués et encore moins à la CGT ! Il faut dire que Madame Woessner est connue pour ses prises de positions « particulières ». Ainsi, en juin 2019 elle affirmait que « le procès fait à Monsanto est avant tout celui du capitalisme ».

« Nos soignants manquent de tout »

« Relocalisation ». Ce mot sera au menu du jour d’après. Il est aujourd’hui associé à manque, pénurie voire drame. C’est l’autre versant d’une gestion catastrophique de notre politique de santé publique. Nos soignants manquent de tout. D’abord de médicaments. Et pour cause, certains sont fabriqués en partie en Italie ou Espagne avant d’être façonnés en Slovaquie ou Lettonie. Ensuite de masques. Ca, on le savait, mais aussi maintenant de blouses et  surblouses. Dans ma revue de presse, une phrase m’a particulièrement marquée. Corinne Delys, qui travaille à l’hôpital de Creil, parle de « Téléthon pour l’hôpital ». Nous en sommes donc là. Combien de masques aurions-nous pu fabriquer avec le maintien de l’ISF ou avec les milliards d’évasion fiscale ? On va sans doute me répondre que c’est plus compliqué que ça. C’est vrai. Mais c’est un symbole, celui d’un gouvernement qui s’est préoccupé uniquement des riches et a délaissé des pans entiers du pays. Des pans aujourd’hui indispensables à la survie de la nation. Les invisibles sont devenus des étoiles qui scintillent de mille feux. Les actionnaires eux fuient la lumière ; refusant que leur égoïsme soit jeté sur la place publique. Alors qu’ils s’étaient mobilisés à coup de millions pour reconstruire Notre Dame, en 2020 ils sont aux abonnés absents, reclus dans leurs palais et autres châteaux extravagants. Définitivement, la crise du COVID19 est une crise de classes.

Si aujourd’hui on manque de masques, c’est par des choix politiques. L’usine Plaintel, dans les Côtes-d’Armor, en est l’exemple parfait. Cette usine, spécialisée dans les masques, passe en 2005 un accord avec le ministre de la santé Xavier Bertrand, pour assurer la production d’au moins 180 millions de masques par an. En cas de crise, cela pouvait monter à quatre millions par semaine. 2010 sera un tournant, suite à un rachat de l’usine (et ses 140 salariés), elle devient la propriété de l’américain Honeywell. Plans de licenciements et délocalisation (Tunisie) s’enchaînent. En septembre 2018, c’est le clap de fin. L’usine ferme et les chaînes de productions sont détruites. Immédiatement, les salariés alertent l’État en mettant en avant « l’utilité publique » de l’entreprise. Comme à son habitude, Emmanuel Macron répond qu’il prend « bonne note ». Depuis silence radio. En fait, Honeywell s’est servi de cette usine pour faire une opération financière. C’est un exemple parmi tant d’autres.

« Le coût de la vie est inestimable. Derrières les chiffres, il y a des parcours de vie »

Demain d’autres choix devront être faits. Des domaines essentiels devront être préservés des choix comptables. Le coût de la vie est inestimable. Derrières les chiffres, il y a des parcours de vie. Une priorité des priorités, mettre fin à l’injustice radicale des politiques menées contre les services publics.

On parle des masques. Mais on peut aussi parler du reste. À Bry-sur- Marne, le 31 mars, il ne restait que trente surblouses alors que l’hôpital en utilise mille par jour depuis le début, obligeant la directrice à récupérer des combinaisons de peinture. À Mont-de-Marsan, les soignants se sont procurés des blouses d’agriculteurs, à Ligny-en-Barrois (Meuse) des couturières récupèrent des anciennes chemises et de vieux draps pour faire des surblouses, ailleurs des sacs poubelles sont même utilisés pour se protéger. On parle de la 6ème puissance économique du monde …

« La communauté médicale et scientifique doit s’accorder sur une position »

Le masque, ce mot est sur toutes les bouches, c’est le cas de le dire. L’utiliser, ne pas l’utiliser. Utile, pas utile. Le débat fait rage. Nous, qui ne sommes pas spécialistes, avons besoin d’un consensus. La communauté médicale et scientifique doit s’accorder sur une position. Ce n’est pas tenable sinon ! Nul doute que la position prise ce soir par l’Académie de médecine, qui recommande « l’utilisation obligatoire du masque de protection pour le grand public lors des sorties en période de confinement » ne va pas passer inaperçue. D’autres pays d’Europe, l’Autriche, la Slovaquie, la République-Tchèque, ont déjà franchi ce pas.  De quoi aussi relancer la guerre des masques sur les tarmacs du monde.

Plus les jours passent, plus mes textes sont longs, trop sans doute. Demain je ferai plus court, promis. En revanche, impossible de terminer sans apporter mon soutien à Mona Amraoui, infirmière au CHRU de Brest. La direction a décidé de la licencier au motif « qu’elle est allée travailler pour aider l’APHP lors de ses jours de congés ». On connaissait le délit de solidarité dans le cadre de l’accueil des migrants, voilà maintenant qu’on l’applique aux infirmières.

Ce monde est vraiment pourri. Il faudra tout reconstruire. Comme le disait Georges Marchais en 1990 dans livre Démocratie « je pense que cette période est en voie de s’achever ». À nous de construire la nouvelle.

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