Confinement jour 15. Le jour d’après.

« Cette crise nous enseigne, sur certains biens, produits et matériaux, le caractère stratégique d’une souveraineté européenne. Il faut produire plus sur le sol national pour réduire notre dépendance, et nous équiper dans la durée ».  Après avoir découvert les services publics, voilà maintenant que le Président de la République découvre la réindustrialisation. Mieux, il parle même de « maîtrise de protection industrielle ». Le jour d’après, comme il est maintenant coutume de dire, il devra répondre à toutes ces questions. Alors qu’en 1980 le poids du secteur industriel en France était de 20% du PIB, il est aujourd’hui d’environ 12%, voir 10% selon certaines sources. En 2017, pour la première fois de son histoire, la France passait sous la barre des 3 millions d’emplois industriels. Derrière la question de la réindustrialisation, se pose celle de la relocalisation, à savoir le retour d’entreprises sur le sol national. C’est à ce prix que nous retrouverons notre indépendance, industrielle comme alimentaire. 

 

« Partout, il faudra l’émergence d’une volonté collective, appuyée par des luttes sociales, pour instaurer d’autres choix. »

 

 « Toutes les certitudes sont balayées », cette phrase fait le tour des plateaux télé. Macron, le chantre du libéralisme, soleil du nouveau monde, sûr de lui, serait-il en train de douter ? Mieux, de prendre conscience que ses choix, et ceux des gouvernements successifs, nous amènent dans un mur ? Il ne faut pas se mentir, il est plaisant, pour ne pas dire jouissif, de voir le macronisme se fracasser ainsi. Terminé la start-up nation, place au « made in France ». Arnaud Montebourg doit savourer. Cette fois c’est lui le parachute d’Emmanuel Macron. Si les certitudes vacillent, elles le font sur des centaines de morts. C’est aussi la leçon qu’il faudra retenir de cette pandémie. C’est au prix de dizaines de milliers de morts dans le monde, que les puissants ont changé leur langage. Pour le logiciel, pour les actes, nous attendons de voir. De juger sur les actes. Car même dans cette crise et sa sortie, rien n’est acquis. Partout, il faudra l’émergence d’une volonté collective, appuyée par des luttes sociales, pour instaurer d’autres choix. 

 Isoler « l’indépendance sanitaire » n’a pas de sens. Il faut engager une réflexion à grande échelle. La France, 6e puissance économique mondiale, a les moyens d’assurer une relocalisation en termes de nourriture et d’énergie. Si révolution il doit y avoir, elle doit être XXL. Ne rien s’interdire, aucun tabou, pas même les plus utopiques. C’est la condition de la réussite du jour d’après. Voir petit, faire à minima, se contenter de choix de façade comme le fait actuellement Emmanuel Macron pour l’écologie, c’est la sortie de route assurée. Le crash.

 

« Sauf qu’aujourd’hui en raison de leur inaction, leurs mots se paient de “maux”

 

La partie est loin d’être gagnée. Accrochés à leur libéralisme, comme des araignées à leurs toiles, les dirigeants européens ont toujours eu tendance à privilégier les mots aux actes. Sauf qu’aujourd’hui en raison de leur inaction, leurs mots se paient de “maux”. Depuis cette usine de production de masques Kolmi-Hopen à Saint-Barthélemy-d’Anjou, alors qu’Emmanuel Macron appelle à retrouver une « souveraineté nationale et européenne », les euro-Députés LREM soutiennent l’accord de libre-échange (ou ALE) avec le Vietnam… alors qu’Emmanuel Macron avait promis cesser ces ALE. Une pièce de plus dans le monstre infernal de la mondialisation. Consternant.

Toutes les enquêtes d’opinions sont unanimes : la très grande majorité des françaises et des français aspire à un nouveau modèle de société. « Le jour d’après » doit être un moment historique. Celui de renverser un système qui épuise les ressources naturelles, brise les imaginaires collectifs et tue chaque jour des milliers de personnes. Dans ces moments de doute, où la pire crise sanitaire de notre histoire fauche des vies, de nouvelles formes de solidarité naissent. C’est dans l’adversité que se révèle le pire, mais que peut et doit aussi émerger le meilleur d’entre nous. Un autre horizon est envisageable. Peut-être pas à portée de mains, mais surement à portée de bras.  

 

« Il faudra de la radicalité »

 

L’urgence de la situation impose des mesures radicales. Parfois galvaudé, le terme reprend en 2020 toute sa force. Il faudra de la radicalité. Un des premiers obstacles sur notre chemin sera le poids des lobbys. Cette armée des ombres, suceurs de pouvoir, champions de la compromission, est un des remparts les plus puissants au changement profond de paradigme qu’impose cette crise sanitaire. Un exemple : l’agriculture. Chaque
année, plus de 9 milliards d’euros sont versés à 300 000 exploitations en France via le mécanisme de la PAC (politique agricole commune). Le critère est unique, plus on est Végetariengros, plus on touche. C’est une course sans fin, qui pousse des agriculteurs à acheter leurs voisins, qui eux même sont rachetés par d’autres voisins plus gros … Avec quel résultat ? Un désastre alimentaire, sanitaire et social. Les paysans sont aujourd’hui une des professions les plus en souffrance, avec le taux de suicide, de dépression de burn-out les plus importants. L’avenir, ce ne sont pas ces exploitations géantes, mais le retour à la France des terroirs. Une agriculture à taille humaine, artisane, de circuits-courts et justement rémunérés. Depuis des années, des solutions sont mises sur la table, passant de l’encadrement des marges de la grande distribution à une juste rémunération des paysans, par la mise en place d’un Office fermier ou encore faciliter l’accès au foncier et à la formation. J’ai le souvenir d’une proposition de la Confédération Paysanne intitulée « NOTRE OBJECTIF :1 MILLION DE PAYSANNES ET PAYSANS ». Ils sont un peu plus de 400000 aujourd’hui, les spécialistes en prédisaient la perte de la moitié dans la décennie à venir. Combien après la crise du covid-19 si rien ne change ? Pourquoi attendre, allons-y !

 

« Nos grandes entreprises distribuent des dividendes par millions, mais nous ne serions pas en capacité de mobiliser des fonds pour sauver notre hôpital public si durement attaqué depuis des décennies ? »

 

Si aujourd’hui la priorité est à la lutte contre le coronavirus, rien n’empêche de commencer à préparer « le jour d’après ». En vérité, il a même déjà commencé. Remettre sur le devant de la scène cette notion de « relocalisation ». L’expliquer aussi, pour éviter qu’une extrême droite prête à toutes les récupérations, ne puisse dire « nous avions raison ». Relocaliser, ne signifie pas se replier. Relocaliser, ne veut pas dire préférence nationale. Cette « relocalisation » doit être pensée dans une stratégie – industrielle, sanitaire et alimentaire – globale de réponse aux besoins des populations. Ne plus jamais connaître ces situations où une marque de sport transforme des masques de plongée en masques pour les soignants. Nos grandes entreprises distribuent des dividendes par millions, mais nous ne serions pas en capacité de mobiliser des fonds pour sauver notre hôpital public si durement attaqué depuis des décennies ?

Cette crise marque enfin une vision différente du monde du travail. C’est un peu le moment de gloire de ces « invisibles », ces salariés montrés du doigt, méprisés, voir tout simplement ignorés. Dans la tempête, ils sont nos plus solides piliers. Aicha, Bernard, Julie, Jean-Pierre… Ils et elles sont infirmières, caissiers, chauffeures de bus, éboueurs, factrices, cheminots … Sans eux notre société ne tient plus. En revanche, on mesure l’inutilité des actionnaires. Là aussi, “le jour d’après” a déjà commencé. Il faut une revalorisation immédiate de ces professions. Des hausses de salaires substantielles s’imposent, et pas des primes au coup par coup. Les parachutes dorés peuvent, eux, plier les gaules. Ils ne seront plus les bienvenus. La pluie doit s’abattre sur le monde du travail, sur celles et ceux qui créent des richesses, assurent notre sécurité, notre alimentation. 

 

« Ce sont leurs morts, ils devront un jour rendre des comptes ». 

 

Si le manque de moyens des soignants, et singulièrement du nombre de lits de réanimation, ont été dévoilés au grand jour, c’est la société toute entière qui est amenée à changer. Terminés les grands discours sur la maîtrise de la dépense publique, le dogme de l’austérité ou la règle des 3%. Terminées les larmes de crocodiles sur « il n’existe pas d’argent magique ». 

Pour toutes celles et ceux qui, depuis des années, se battent pour sortir du libéralisme, pour remettre l’humain et la planète au cœur des priorités, qui mènent des luttes pour défendre des salariés jetés à la porte comme des serpillières; la pandémie ouvre de véritables perspectives de transformations sociales et sociétales. Mais il aura fallu attendre des milliers de morts pour y arriver. Ce sont leurs morts, ils devront un jour rendre des comptes. 

 

 

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