Confinement jour 12. La lutte des classes, un crédo plus que jamais d’actualité.

Neuf heures. Il fait déjà chaud dans l’appartement. Deuxième samedi de confinement. Profitons de ce soleil. La météo de la semaine à venir s’annonce terrible. Elle se met elle aussi en berne. Chute des températures, nuages et pluie. Comme si une tempête allait s’abattre sur la terre. Coïncidence ou mauvais présage ? Les jours à venir nous le diront.

Une fois levé, je fais le tour de mon jardin. 150 m2 de verdure. Les premiers bourgeons pointent. Le soleil reflète sur les feuilles. Je ramasse quelques légumes pour le repas du midi. Que cela fait du bien cet air frais. Retour dans mon immense salon. J’adore sentir craquer le plancher sous mes pieds. Retour à la réalité, je ne suis pas Leïla Slimani. Pour moi, c’est Paris et 27 mètres carrés. Deux confinements, deux réalités. Cette crise du COVID19 aura exacerbé les inégalités. Les cadres télé travaillent, les riches ont fui dans leur maison de campagne, la bourgeoisie parisienne se pavane sur des balcons aux dimensions indécentes au regard de la crise du logement. Pendant ce temps, les petites mains sont au boulot, les salariés ubérisés sont maintenus dans l’esclavage moderne, et sans protection, les sans-abris livrés à eux-mêmes, des familles s’entassent à 5 voir 6 dans 15 m2. La lutte des classes, un crédo plus que jamais d’actualité.

 

« Je n’ai envie de croiser personne. L’autre est synonyme de malade, de mort »

 

Les choses de la vie quotidienne reprennent leur court. Mon frigo est vide. Il faut que je me rende à l’évidence, je ne pourrai pas attendre le 16 avril et ma livraison de courses. Je dois me jeter dans la gueule du loup, aller au supermarché. Je me sens gagné par un syndrôme « d’autrui ». Je n’ai envie de croiser personne. L’autre est synonyme de malade, de mort. L’humain n’existe plus, chaque personne croisée est un virus potentiel. La liste à la main, je fonce. Être le plus rapide possible. Premier soulagement : la supérette est vide. Je remplis mon sac, sans même regarder la liste. Je prends tout et n’importe quoi. Aller vite, cet objectif continue de me guider. Je constate qu’à la caisse des vitres en plexiglass ont été installées. C’est bien. Suffisant ? Je ne saurai le dire. Une fois dehors, je souffle. Je réfléchis. Ai-je croisé quelqu’un ? Ai-je respecté les geste barrières ? Me suis-je exposé ? Je ne le crois pas. Retour à la maison. Le rituel recommence, désinfecter les produits un à un avant de les ranger.  Quand je compare ma liste et le contenu de mon sac, on est loin du compte. Ça fera l’affaire !

12H15. Je me force à aller courir. Ne pas perdre le rythme. Il faut changer d’itinéraire pour casser la routine. Direction le boulevard Auguste Blanqui, c’est ici que se trouve le siège de Business France. Institut connu pour avoir été au cœur d’une affaire impliquant la directrice générale Muriel Pénicaud, désormais Ministre du travail. Je bifurque rue Dareau, remonte l’avenue René City, prends la rue du Couëdic et enfin l’avenue du Maine. 23 min, 5km. Un rythme soutenu. Objectif de la fin de semaine prochaine, 20 min pour 5km. J’ai l’impression que mon corps me demande maintenant chaque jour d’aller courir. Je ne veux pas trop l’habituer. Je ne crois pas possible, et ne veux, lui faire cette promesse.

 

« Si pour les jeunes footballeurs c’est le Brésil qui fait rêver, pour nous c’est le noir du maillot des All Blacks »

 

15h. Un samedi après-midi sans sport ça manque réellement de saveur. Normalement le portable sonne dans tous les sens : alerte l’Équipe, match sur CANAL PLUS, zapping sur Eurosport pour le cyclisme … Comment combler ce manque ? Impossible. Tous les amateurs de sport le savent ; rien de mieux que le direct, l’adrénaline des matchs parfois pimenté par un pari sportif. Et le pire, c’est que nous ne sommes pas au bout de nos peines. Report des Jeux Olympiques, report de l’Euro de foot, Tour de France à huis clos, saison de Ligue 1, de NBA gelée circuit ATP interrompu…  Pour passer le temps, je me replonge dans un moment de légende : la tournée des Lions Britanniques en Nouvelle Zélande en 2017. Il s’agit d’une sélection des meilleurs joueurs d’Angleterre, d’Écosse, du Rugby Union - New Zealand All Blacks v British and Irish Lions - Lions Tourpays de Galles et d’Irlande. La première tournée remonte à 1888. Cette opposition, c’est un peu la guerre des étoiles. Un évènement qui a lieu tous les trois ans, et qui dépasse le cadre du sport. Lors de chaque tournée, plus de 250.000 supporters anglo-saxons font le déplacement, générant en moyenne 40 millions de recettes pour le pays qui les accueille. En tant qu’ancien joueur de rugby, j’ai grandi avec les images de ces tournées. Si pour les jeunes footballeurs c’est le Brésil qui fait rêver, pour nous c’est le noir du maillot des All Blacks. On dit d’ailleurs qu’avec cette couleur « ils portent le deuil de leur adversaire ». Quel jeune rugbyman n’a pas rêvé d’être Andrew Merthens, Daniel Carter ou Beauden Barrett?  Ce pays d’un peu moins de 5 millions d’habitants domine le rugby depuis des décennies. Pas simplement par son palmarès, mais par sa capacité à se renouveler, à inventer, surprendre … bref faire rêver !

« Rien ne remplacera le contact du papier, froisser les pages, annoter, souligner »

 

Je profite des derniers rayons de soleil de l’après midi pour lire. D’ailleurs, ma réserve de livre commence dangereusement à s’amenuiser. Une amie me conseille presque quotidiennement de lire des journaux numériques, voir des livres en ligne. Impossible. Rien ne remplacera le contact du papier, froisser les pages, annoter, souligner. Direction le Pays Basque. Vous souvenez toutes et tous des attentats de Madrid en 2014. 191 morts. Cet épisode révèle à quel point le gouvernement de droite dirigé par Aznar a tenté de mentir pour « en finir » avec la question basque. Alors même que les morts s’accumulent, que tous les indices concordent vers le terrorisme islamiste, le Ministre de l’Intérieur Angel Acebes déclarait qu’ « il est absolument clair que la formation séparatiste ETA cherchait à faire une attaque avec de vastes répercussions. ». Pourtant dès 9h du matin, Otegi démentira sur une radio basque l’implication d’ETA. Pourquoi un tel mensonge ? Par simple calcul électoral. Le gouvernement sait « que si c’est l’œuvre de l’ETA, il gagne les élections avec une majorité absolue, il sait aussi que si c’est l’œuvre des islamistes, il les perd car on va associer cette action à la politique engagée en Irak par Aznar » explique le militant basque. Le 1erministre ira jusqu’à personnellement appeler les directeurs des principaux journaux espagnols pour s’assurer qu’ils accuseraient bien ETA sur leurs premières pages. Heureusement, cette stratégie ne marchera pas. 3 jours après, il est balayé et le PSOE gagne les élections.

Si dans cette période de crise, nous constatons toutes et tous une bienveillance grandissante à l’égard d’autrui, la multiplication des initiatives de solidarité, des comportements individuels ignobles demeurent. En Californie, un adolescent de 17 ans est décédé du COVID19 suite à un refus de prise en charge car il n’avait pas d’assurance. Arrivé dans un établissement de soins d’urgence de la région, il a été renvoyé par celui-ci vers l’hôpital public, mais à malheureusement fait un arrêt cardiaque durant son trajet. Voilà le visage du modèle libéral. Laisser mourir un enfant pour de l’argent. La santé n’est pas un coût, elle doit être sortie des griffes du marché.

 

« Le 1ER ministre lance un avertissement « je ne laisserai personne dire qu’il y a eu du retard sur les mesures de confinement ». Si justement, il y a eu du retard. »

 

18H. Édouard Philippe, Olivier Veran et plusieurs médecins s’expriment en même temps à la télé dans une conférence de presse aux formats hors normes. Le ton martial d’Édouard Philippe ne cache pas une rhétorique défensive. Le 1ER ministre lance un avertissement « je ne laisserai personne dire qu’il y a eu du retard sur les mesures de confinement ». Si justement, il y a eu du retard. Il repose sur le choix d’un calcul politique en maintenant les élections municipales. Le salut de notre démocratie passe par la possibilité d’émettre des critiques y compris en période de crise. Il prévient aussi « les 15 prochains premiers jours d’avril seront encore plus difficiles ». Il promet aussi toute la transparence. Encore heureux ! Il faut aussi lire cette conférence de presse à l’aune du sondage réalisé par l’Ipsos qui montre que le gouvernement a perdu 10 points en une semaine. 59% des sondés estiment que les mesures mises en place ne sont pas suffisantes. La politique n’est jamais loin.

 

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