« On entend qu’il n’y a plus de masques ou très peu, plus aucune surblouse de protection. C’est comme si nous nous retrouvions à poil. La direction a même rédigé un document interne où on peut se fabriquer nous-mêmes nos propres masques avec des morceaux de tissus » témoigne Cyril (*) qui travaille dans un établissement public au sein d’un bloc opératoire pluridisciplinaire.

Cyril (*) travaille dans un établissement public au sein d’un bloc opératoire pluridisciplinaire.

Le réveil sonne, ces dernières nuits j’ai plutôt du mal à dormir. Je pense à ce maudit virus et je ne crains pas tant pour moi mais surtout pour ma famille. Bon quand il faut y aller faut y aller ! Il est 6H15, j’avale un jus de fruit, un gâteau et je monte dans ma voiture direction le centre hospitalier à environ 30 kms de chez moi, une petite demi-heure de route. Je croise sur mon chemin des voitures avec des personnes seules équipées de masques. Bizarre moi qui galère à en avoir pour travailler.

Je prends ce paradoxe en pleine tête dès le matin. Je pense alors à moi, mes collègues et tous les soignants qui peinent à se procurer ces moyens de protections pourtant indispensables pour soigner à l’heure actuelle.

Je travaille dans un établissement public au sein d’un bloc opératoire pluridisciplinaire. À la prise de mon poste je sens que les choses ont changé. La pression est montée d’un cran. Moins de sourires, plus aucune poignée de mains, nous sommes encore plus salle-de-bloc-operatoirerigoureux sur les mesures d’hygiène. Le plan blanc est activé. La salle de réveil est transformée en réanimation. Le bloc opératoire est scindé en deux. Nous n’acceptons plus que les urgences vitales et la cancérologie, au grand désarroi de l’encadrement et de la direction comptable qui voient chuter nette l’activité.

Ma cadre de proximité nous annonce que l’équipe va être redéployée dans les services déjà sous tension. Les réquisitions tombent. Nous sommes répartis, en urgence, pour aider nos collègues qui luttent déjà.

Les questions fusent :

Comment allons-nous gérer les patients covid19 ?

Existe-t-il des procédures de prises en charge ?

C’est un peu la panique car rien n’a été anticipé. On nous dispatche à droite à gauche sans trop savoir.

Nous avons peur car nous savons que les moyens manquent, tant au niveau matériel qu’humain. On entend qu’il n’y a plus de masques ou très peu, plus aucune surblouse de protection. C’est comme si nous nous retrouvions à poil ! La conséquence et le résultat d’une décennie de restrictions économiques si ce n’est plus, de coupes budgétaires récurrentes. On repense alors doucement à nos longs mois de mobilisation où l’on criait ensemble haut et fort que l’État comptait ses sous alors que nous nous comptions déjà nos morts victimes de la dictature financière. Aujourd’hui, nous avons malheureusement la preuve que nous avions entièrement raison !

Notre cadre s’empresse de nous rassurer et de nous ôter toute inquiétude car ils ont rédigé des procédures. Certains doivent porter des masques tandis que pour d’autres ce n’est pas la peine. Grossomerdo, on nous balance des procédures dégradées en fonctions des moyens matériels et non en fonction des besoins. On va au charbon la fleur au fusil ! La direction a même rédigé un document interne où on peut se fabriquer nous-mêmes nos propres masques avec des morceaux de tissus. On croit rêver ! Mais non, nous sommes bien en France, au 21ième siècle. Elle rajoute aussi que les patients Covid19 positifs ne seront pas pris en charge au bloc opératoire. Un patient contaminé ne pourrait-il donc plus bénéficier d’une prise en charge chirurgicale ?

Il y a un décalage énorme entre les injonctions hiérarchiques et la réalité des besoins. Les décisions sont prises par des responsables qui ne tiennent plus compte de l’avis des professionnels du terrain. La fracture est réelle entre les décideurs et ceux qui appliquent les décisions.

Une chose est sûre, il y aura un avant et un après Covid-19.

Se retrouver en première ligne avec rien ou presque rien, au péril de nos vies, nous fait réfléchir. Le temps n’est pas à la colère, nous devons rassurer, panser, avancer, soigner et sauver. Nous pensons à nos patients, nos familles et sommes conscients de la gravité historique de la situation. Nous sommes tous concernés. Nous ferons le job la question ne se pose même pas mais croyez-nous

il y aura un après Covid-19 soyez-en sûr, nous n’oublierons pas!

(*) le prénom a été changé.

Un commentaire

  1. C’est tout a fait ca ! C’est ce que je ressens chaque jour en allant travailler.. Nous sommes la. Avec le peu de moyens dont nous disposons, nous devons faire face. Nous avons tous une famille, des enfants, nous avons peur, peur pour nous, peur pour eux, et nous sommes désarmés face a ces patients qui n’entrent plus dans les critiques de la réa, trop vieux, trop fragiles, qu’ils faut accompagner, eux aussi sont seul, abandonnés !

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