Confinement jour 9. Le mépris de Sibeth Ndiaye.

9H. Je me réveille en sueur. Je regarde autour de moi. Rien n’a bougé. Un cauchemar atroce est venu obscurcir ma fin de nuit. J’ai encore le goût de cendre dans la bouche. Sûrement par transportions aux évènements d’hier survenus à Champigny, j’ai rêvé que mon appartement prenait feu. J’étais prisonnier. Sauter, du 7ème, ou brûler. Les mystères de l’inconscient. J’espère que ma journée sera agréable, ça m’évitera de tels réveils. Le café comme boussole. Il me faut tremper les lèvres dans ce nectar, le sentir irriguer mon corps. Vite une dosette, une tasse. Le bruit de la dosette dans la cafetière, ça coule. Bonheur. 

Au regard des annonces gouvernementales d’hier, et de l’avis du Conseil Scientifique sur un probable, c’est un euphémisme, prolongement du confinement je décide de retenter ma chance sur les sites de courses en ligne. Après une heure de recherche, je réussis à passer commande sur le site de Carrefour. Livraison … le 16 avril ! J’ai même dû attendre 7 minutes avant de sélectionner mes produits avec pour message « vous êtes dans la file d’attente, c’est bientôt à vous ». Décidément, la période est pleine de surprises. Je ne savais même pas que les files d’attentes virtuelles existaient.

Après plusieurs jours de confinement, c’est la première fois que la flemme me gagne au moment d’aller courir. Il fait beau, la chaleur inonde l’appartement, je surfe sur le web devant des vieux matchs NBA avec un café … Pourquoi ne pas rester là ? Après tout rien ne m’oblige à sortir. J’hésite. Je regarde mes tennis, me trouve toutes les excuses du monde pour ne pas y aller. Que faire ?

 

« Simplement pour montrer que tout n’est pas blanc ou noir »

 

11H15. Troisième café. J’attaque le deuxième chapitre de l’entretien d’Arnaldo Otegi. Depuis des décennies ce militant indépendantiste basque, aura tout connu, y compris la prison, et à plusieurs reprises. Il serait trop long ici de revenir sur le parcours d’Otegi. Simplement pour montrer que tout n’est pas blanc ou noir, la Cour Européenne des droits de L’homme a jugé le 6 novembre 2018 qu’Arnaldo Otegi n’a pas eu droit à un procès équitable en Espagne. C’était la deuxième fois que la justice européenne rappelait l’Espagne à l’ordre. En effet, en mars 2011, la CEDH avait imposé à l’Espagne d’indemniser Otegi de 20 000 euros pour préjudice moral pour violation du droit à la liberté d’expression du dirigeant de Batasuna. Celui-ci avait qualifié le roi de « chef des tortionnaires ». Quand on pense au GAL, on ne peut s’empêcher de lui donner raison. Dans ce deuxième chapitre Otegi évoque le droit à l’autodétermination et rappelle le rôle important de l’unité syndicale (ELA/LAB). Pour le leader basque rien d’étonnant car « le projet de construire un Ètat indépendant concerne surtout les classes travailleuses et populaires ». Passionnant.

 

« Les soignants sont habillés comme des cosmonautes. Un frisson me parcourt le dos »

 

11H40. Je me décide à aller courir. J’enfile ma tenue de combat. J’ai maintenant, avant de courir, un petit rituel : je pense au parcours que je vais emprunter. Ce matin je fonce directement vers la place Denfert-Rochereau, pour redescendre vers la station de métro Port Royal ; passage devant la maternité du même nom (fondée en 1795), bifurcation rue du Faubourg Saint-Jacques où se trouve l’hôpital Cochin. Un calme apparent règne dans la rue. Peu de voitures, quelques camarades de footing. Au moment de passer devant l’entrée de l’hôpital, le SAMU sort une personne du véhicule. Les soignants sont habillés comme des cosmonautes. Un frisson me parcourt le dos. J’avais presque oublié que le COVID19 était parmi nous. Retour à la maison via le Boulevard Arago. Je n’avais jamais remarqué que s’y trouvait l’Institut d’Astrophysique de Paris. 30 minutes d’efforts, pour 5km. Je garde le rythme. 

À midi petit plaisir, frites et charcuterie, le tout sous le soleil. Il ne manque plus qu’un bon verre de vin rouge. J’ai toujours eu pour principe de ne pas boire seul, même un verre. 

 

« En quoi l’usine Airbus est-elle en ce moment essentielle au pays ? Les avions ne volent même plus ! »

 

En feuilletant les réseaux sociaux je tombe sur un communiqué de presse du MEDEF – oui je sais ce n’est pas une lecture très saine – qui se félicite de la levée « de la réquisition des masques et leur blocage en douanes » par le Conseil d’État. En clair, les entreprises pourront désormais acquérir des masques pour équiper leurs salariés. Le premier commentaire qui vient à l’esprit c’est celui de se féliciter de plus de protections pour les travailleurs. Mais en réalité c’est d’un cynisme absolu. Alors que nos soignants, médecins, y compris de ville, qui sont en première ligne, et payent déjà un lourd tribut, sont en manque de masques, voilà qu’on va en livrer à des entreprises. La priorité doit être l’arrêt total de toutes les entreprises non essentielles, et le transfert de l’ensemble des stocks de masques disponibles aux personnels de Santé ! En quoi l’usine Airbus est-shutterstock_1627695202-masque-protection-virus-grippe-épidémieelle en ce moment essentielle au pays ? Les avions ne volent même plus ! Magnanime le MEDEF appelle les entreprises à « proposer leurs futurs surplus directement aux hôpitaux les plus proches ». Une vaste blague. 

En plein après-midi, c’est une fois de plus un mépris qui s’affiche au plus haut niveau de l’État. La porte-parole du Gouvernement Sibeth Ndiaye, en lien avec l’appel lancé hier par Didier Guillaume, a dit « nous n’entendons pas demander à un enseignant qui aujourd’hui ne travaille pas compte tenu de la fermeture des écoles de traverser toute la France pour aller récolter des fraises ». Il faut d’urgence offrir un dictionnaire des synonymes à la porte-parole du gouvernement. Confinement ne veut pas dire vacances, même si le Gouvernement tente d’imposer aux salariés de poser des RTT. Les professeurs rivalisent d’ailleurs d’ingéniosité pour assurer la fameuse « continuité pédagogique » à distance. Certains sont même présents physiquement dans les classes pour garder les enfants des personnels soignants. Déjà sacrifiés avec les réformes des retraites, voilà qu’ils sont ouvertement insultés. Nous n’oublierons pas. 

 

« C’est la double peine pour ses salariés »

 

Une alerte info attire mon regard. À Florange, alors que la direction d’ArcelorMittal entend redémarrer ses lignes de production d’acier, 11 salariés, dont 10 sidérurgistes, sont actuellement contaminés. C’est la double peine pour ses salariés. Victimes de conditions de travail dégradées depuis des années, exposés à des produits d’une nocivité extrême, ils sont des sujets à risques. Il faut les protéger. Si j’ai une affection particulière pour cette région, c’est que dans le cadre de l’écriture de mon livre sur l’extrême droite j’ai eu l’occasion de me rendre à Hayange, berceau de la sidérurgie, pour rencontrer des femmes et des hommes qui luttent contre le parti de la haine. On remarquera que Marine Le Pen est bien silencieuse depuis le début du COVID19 quand il s’agit de protéger les salariés. Pire on apprend même qu’en toute discrétion elle a demandé à ses patrons de fédérations « de ne payer ni le loyer ni les factures de leurs permanences ». À gerber. 

18H37. Première fois depuis 6 jours que je vais être dans les temps pour livrer mon billet blog. 

Au moment de terminer ce texte, on apprend que le Président de la République prendra la parole à 20H depuis Mulhouse. Dans l’entourage du Président sont évoquées des annonces relatives « à la durée du confinement ». Pour ma part à 20H, je serai dehors pour applaudir. Macron un fois ça passe, deux fois on souffle, trois fois c’est bien trop. 

 

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