Confinement jour 8. Une pluie de flammes.

7h30. Mon portable sonne, alerte info. Le mythique Manu Dibango, 86 ans, nous a quitté, victime à son tour du COVID19. Un artiste aux valeurs humaines extraordinaires. C’est injuste mais même dans la mort des noms laissent plus de trace que d’autres. C’est ainsi.

8H. Le soleil guette sous mes stores. Je n’ose imaginer un confinement en période de pluie. Peu de monde y survivrait. Une autre chaleur, plus dure s’est-elle abattue au petit matin à Champigny. Elle permet de relativiser notre quotidien. Je découvre avec stupeur qu’un immeuble de 10 étages situé dans le quartier des Mordacs a été victime d’un incendie extrêmement violent. Les vidéos de l’incendie sont impressionnantes. Heureusement aucune victime, ni aucun blessé ne sont à déplorer. Une chance. Ce drame survient en plein cœur de la crise du COVID19, ce qui le rend encore plus violent, car il expose désormais des dizaines de personnes au virus. Grâce à l’intervention rapide des pompiers et des services de la ville, toutes les personnes ont pu être prises en charge au sein du gymnase Jesse Owens. Cette période est tellement particulière que nous avons dû freiner les élans de solidarité de campinoises et de campinois souhaitant apporter des affaires et des produits de première nécessité. Même dans les accidents dramatiques, toujours respecter les règles barrières et le confinement. Encore une fois, c’est une souffrance de gérer à distance ce genre de situation. Quel sentiment d’inutilité ! J’ai presque envie de sauter dans ma voiture pour me rendre en Mairie. Travailler dans une collectivité locale c’est être au service des gens, dans les bons comme les mauvais moments. Là on subit à distance.

Passé ce « coup de chaleur », je vous l’accorde le jeu de mot est hasardeux, le long fil du confinement reprend ces droits. Toujours le même rituel, deux cafés coup sur coup. Un rapide coup d’œil sur twitter. Toujours les mêmes mots : COVID19, confinement, décès … Oppressant.  Je me pose ensuite devant l’Heure des Pros pour regarder Olivier Dartigolles. Retrouvez les habitudes est un bon moyen de tenir dans la durée. Se raccrocher à quelque  chose. Cette émission ne m’a jamais convaincu. On y parle de tout et de rien. Très peu de temps de parole pour des invités qui sont en temps normal au nombre de 6. Je n’ai jamais compris comment elle pouvait réaliser une telle audience.

 

« Les jours passent, le souffle se fait moins cours. On dirait bien que mon corps s’habitue à cet effort »

 

11H. Mes 5 kilomètres quotidiens m’attendent. Ce matin malgré le soleil pas de risque, j’enfile un sweat des All-blacks pour accompagner mon short du FC Barcelone. Noir et jaune, une bien curieuse association. Petite innovation, je vais agrémenter mon périple de l’écoute d’un podcast. Mon choix se porte sur une émission de France Inter que j’affection particulièrement :  Affaires sensibles.  « Moscou, août 1991. Les chars sont sur la place rouge », voilà le thème que je sélectionne. Toujours aussi peu de monde dans les rues, c’est une bonne nouvelle. Je m’enfonce un peu plus loin dans Paris. Direction le boulevard Montparnasse, l’avenue de l’Observatoire pour l’avenue Denfert Rochereau. Je passe devant l’ancien Hôpital Saint Vincent de Paul. C’est un lieu insolite. Derrière ses hautes façades de pierre se cache un véritable trésor. Depuis 2015, et l’expérience des « Grands Voisins », les 22 000 m2 du site sont occupés par trois centres d’hébergement d’urgence, 120 structures liées à l’économie sociale et solidaire et 70 artisans et artistes. L’été on peut y boire des verres, manger un morceau, déambuler entre les boutiques des créateurs ou flâner dans la brocante. Retour à la maison. Les jours passent, le souffle se fait moins cours. On dirait bien que mon corps s’habitue à cet effort. Avant de rentrer, quelques étirements, regarder sa montre connectée pour voir la distance et toute une série de donnée inutile, éteindre son podcast … Mince, je vais devoir faire attention je prends toutes les habitudes des adeptes du running. Je me promets de ne jamais être l’un des leurs. Je préfèrerais toujours m’asseoir en terrasse déguster une bonne Guinness en mangeant quelques chips.

champ-plantation-soja-renseignementeconomique-810x539Le repas sur mon balcon ensoleillé est un bonheur inestimable. Le temps de quelques minutes, rien n’existe, pas plus le confinement que les morts. Six jours que je n’ai pas mangé de pain. La première bouchée me fait presque tressauter. Un plaisir simple mais puissant. Je partage mon café avec Arnaldo Otegi. Son entretien avec deux journalistes basques est une pépite. Loin des clichés sur l’ETA, la violence … Il livre un récit en profondeur de la question basque, de son mouvement de résistance. Pour comprendre, il faut aller au fond des choses. Je découvre par exemple que pendant le Franquisme, le PNV (parti nationaliste basque), social-démocrate, disparait presque du paysage. Il ne réapparait après et n’aura de cesse de se comporter comme un satellite du PSOE et jouera le jeu de l’État Espagnol.

 

« dans les années 50 nous avions 4 millions de paysans contre 450.000 actuellement »

 

Cette après-midi c’est au tour de l’agriculture de faire son entrée dans le débat public. Invité sur RMC, le Ministre Didier Guillaume a lancé un appel à rejoindre « grande armée de l’agriculture française ! en précisant « Rejoignez celles et ceux qui vont nous permettre de nous nourrir de façon propre, saine, durable ». La communication gouvernementale est de plus en plus désastreuse. C’est là une faille de plus mise à nue par le COVID. Pourquoi cet appel ? Nous le savons depuis des années les orientations libérales, issues notamment de la PAC, ont conduit l’agriculture française dans le monde. Un chiffre est édifiant, dans les années 50 nous avions 4 millions de paysans contre 450.000 actuellement. Pire, avec une politique qui pousse à être toujours plus gros, le secteur agricole français a désormais massivement recours à une main d’œuvre étrangère et en particulier par le biais des travailleurs détachés. Aujourd’hui avec la fermeture des frontières, plus possible de faire venir ces travailleurs. C’est tout le système qui est en danger. Pour exemple en 2017, 67601 travailleurs détachés sont venus dans nos exploitations agricoles. C’est donc à la vue de toutes et tous que l’impasse des choix prônés par Bruxelles, et soutenus par nos gouvernements successifs s’affichent. Immédiatement le syndicat majoritaire, la FNSEA, a bien évidemment salué cette décision et demandé des « dérogations permettant de travailler jusqu’à 60 heures par semaine ». Et pourquoi pas rétablir l’esclavage. Quand on connait le traitement réservé aux saisonniers sur les exploitations, j’ai pu le mesurer dans mon département le Tarn-et-Garonne, on peut craindre le pire. Circuits-courts, agriculture à taille humaine, bio … Demain il faudra tout revoir, de fond en comble. Là aussi des comptes devront être rendus par nos dirigeants politiques.

« Et si les actionnaires donnaient les dividendes ? Et si les riches payaient l’ISF ? »

On savait BFM « Macron-compatible » mais le titre d’un article apparait d’une indécence totale dans la période. Je vous le livre tel quel « Et si les salariés offraient leurs RTT au personnel soignant ? ».  Et si on les payait plus ? Et si les actionnaires donnaient les dividendes ? Et si les riches payaient l’ISF ? Encore une fois de plus, on veut faire payer toujours les mêmes. Immense colère. Toujours des larmes de crocodiles, mais aucun geste pour les femmes et les hommes qui sont en première ligne.

Je regarde l’heure déjà 18H30. L’après-midi est passé à une vitesse XXL. Je dois vous l’avouer, j’ai dormi deux heures. Même pas eu le temps de lire. Si même en période de confinement je commence à être débordé ça promet.

Le moral est bon. L’inquiétude est grande. Curieux paradoxe de notre temps.

Les bruits d’applaudissements nourris attirent mon attention. Déjà 20H.

A demain.

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