Confinement jour 7. Vive les livres !

8H00. Ce matin réveil difficile, comme un lendemain de gueule de bois. Pourtant pas d’alcool, mais une surconsommation de séries télés jusqu’au milieu de la nuit. Le soleil qui envahit mon appartement adoucit ce réveil. La porte-fenêtre s’ouvre, le vent s’engouffre dans mes cheveux. Je respire à pleins poumons. Silence, soleil, café … C’est enivrant. Comment ai-je pu me passer de ce plaisir depuis des mois ? Au fond de mon balcon trône un « trésor de guerre » : sardines, filets de maquereaux, eau, jus d’orange. Pourquoi sur le balcon ? Elles sont en « sas » de décontamination. Il parait qu’il faut les laisser à l’air libre plusieurs heures. Mythe ou réalité ? Je n’ai pas la réponse. J’ai simplement cédé au principe de précaution. Les jours passent, les réflexes de sécurité s’accumulent. 

9H10. Retour à la vie réelle. Les mails pros défilent. La Préfecture de Région cherche à me joindre pour fixer une date de réunion au sujet d’une résidence située à Champigny qui va être lourdement impactée par les travaux du Grand Paris Express. Pour des raisons de confidentialités je n’entrerai pas dans les détails de cette affaire, mais cela prouve que tout n’est pas arrêté. Il faut continuer à suivre les dossiers à distance. Se préparer au jour d’après, car oui la vie va reprendre son cours. 

9H23. Mon portable vire, un nom s’affiche « Olivier Dartigolles ». C’est synonyme de travail. Mais un travail où se mêle amitia et respect. Il reprend le chemin des plateaux télés. Plusieurs rendez-vous sur CNEWS sont programmés. Retrouver nos réflexes, préparer les émissions, les annoncer sur les réseaux, récupérer les vidéos, les mettre en ligne. Une routine qui nous lie maintenant depuis des années. Je me souviens comme si c’était hier du premier coup de fil qu’il m’a passé. Nous étions en 2015, en pleine campagne des Régionales, quand son nom s’est affiché sur mon écran. Quand le porte-parole du Parti vous appelle, je vous assure que vous avez les jambes qui tremblent. Il s’en suit des années d’amitiés et d’aventures communes.  Incontestablement cette rencontre a forgé le militant que je suis aujourd’hui. 

 

« Cette épidémie, par les failles qu’elle expose au grand jour, laissera des traces indélébiles »

 

Dartigolles, presse. L’association est évidente. En feuilletant mes journaux numériques je découvre que Le Monde diffuse une rubrique « bonnes nouvelles ». Il suffit de choisir parmi les thèmes présentés, et une série d’articles défilent.  Je clique instinctivement sur « environnement ». 1ère info, en Chine depuis le début du COVID19, les émissions de C02 ont baissé de 10 % à 30 % par rapport à la même époque l’an dernier. 2ème nouvelle, à Venise, les eaux redeviennent limpides avec la baisse du trafic fluvial. Il y aura un avant et un après. Cette épidémie, par les failles qu’elle expose au grand jour, laissera des traces indélébiles. On sait aujourd’hui de source scientifique que cette pandémie est amplifiée par la destruction des écosystèmes par l’activité humaine. Le temps des comptes viendra, certains devront assumer au grand jour leurs responsabilités. 

AVT_Lucien-Seve_38410H52. Départ pour mon périple sportif. 6ème sortie consécutive. Toujours aussi bénéfique. Il faut pourtant changer de parcours sous peine de sombrer là aussi dans une routine étouffante. À peine dans la rue, je me traite intérieurement de présomptueux. Avec mon tee-shirt je sens le froid me transpercer la peau. Vite courir pour se réchauffer. Les voitures circulent en nombre, ça marque le début de la semaine. L’activité économique, toujours. Courir dans des rues désertes permet de découvrir des trésors inexplorés. Je suis passé mille fois dans cette rue Victor Schoelcher, où se trouve la magnifique Fondation Giacometti, sans voir la plaque indiquant qu’un bâtiment avait servi à héberger le centre de commandement du Colonel Rol-Tanguy lors de la libération de Paris. Changement d’itinéraire, je quitte le boulevard Raspail pour m’engouffrer dans la rue Boissonade. Après quelques foulées, je trouve sur ma droite le siège de la communauté catholique coréenne de paris qui donne sur un magnifique jardin. C’est la magie de Paris, des trésors insoupçonnés à chaque coin de rue. Si les voitures se font plus nombreuses, la présence humaine se raréfie. C’est une bonne nouvelle. En 31 minutes et 6 kilomètres, j’ai croisé une dizaine de personnes. 

11H23, retour en confinement mais l’esprit libre. Ne pas se laisser gagner par la paresse, toujours se forcer à faire du sport. Froid, chaud, pluie, vent, tenir le cap. Résister à l’appel du canapé. 

 

« Cuisiner, se faire plaisir, oublier »

 

Repas frugal et ensoleillé. Cuisiner, se faire plaisir, oublier. Avec le confinement, j’y reprend goût. Il faut dire que j’ai été à bonne école avec une mère qui a élevé la cuisine familiale en art gustatif. Cela fait des mois, pour ne pas dire des années que je n’avais pas acheté des pommes. Ce fruit est pour moi sans saveur, banal. Le manger sans préparation m’est tout simplement impossible. Je vais tenter de la transformer. Découpée en dés et assortie de cannelle, elles feront une salade qui fond sur le palais. Un régal. Recette simple mais efficace. Repas terminé, faire la vaisselle. Ne pas se laisser déborder. 

Alors que cette après-midi s’annonçait sous les meilleurs auspices, une nouvelle vient assombrir le tableau. Lucien Sève, l’immense philosophe marxiste, est décédé du COVID-19. Saloperie de maladie !  Elle nous enlève un des plus grands penseurs de notre époque. Dans un de ses derniers ouvrages « Octobre 1917 : Une lecture très critique de l’historiographie dominante. Suivi d’un choix de textes de Lénine » il revient avec force sur la révolution d’octobre 1917. Une plume brillante qui rappelle avec force que « l’œuvre écrite de Lénine, aujourd’hui méconnue, reste une des plus vivantes initiations à la pensée politique ». Un géant nous quitte aujourd’hui. Je ne trouve pas meilleure formule que celle du Directeur de l’Humanité Patrick Le Hyaric : « la pensée communiste est en deuil ».

 

« Je dois avouer que cet ouvrage m’a perturbé, interrogé, fait réfléchir. Il m’a touché »

 

Fin d’après-midi calme. Je termine enfin le magnifique ouvrage de Corinne Morel Darleux. Je dois avouer que cet ouvrage m’a perturbé, interrogé, fait réfléchir. Il m’a touché. Cela pour une raison simple, il nous met face à nos contradictions. Je partage aussi son analyse sur l’urgence à mener une action collective radicale pour imposer un changement de logiciel. « Fermer son robinet en se brossant les dents est une bonne chose et ne nuit pas à la santé. Tant qu’on est lucide sur l’impact et la raison de le faire. Si vous le faites pour sauver le monde vous risquez d’être déçu », cette phrase reflète ce que je pense. Les gestes individuels sont une bonne chose, mais ils sont insignifiants au regard de la tâche qui est face à nous. C’est pour cela que le système capitaliste encourage ces actions individuelles, pour culpabiliser les citoyens et les détourner des vrais enjeux : détruire le capitalisme. Elle bat le fer sur un point sensible, et je pense aux Verts, « dissocier l’écologie d’un positionnement clair sur le capitalisme, la finance, la mondialisation, c’est la priver d’une ancre primordiale et prendre le risque de dérives inquiétantes ». Peut-être Yannick Jadot devrait-il lire ce livre, ça lui éviterait de dériver …

Ce confinement permet des choses inenvisageables il y a quelques semaines. Prendre le temps de la lecture, de poser ses pensées sur des feuilles, de s’interroger sur l’avenir. Ce soir, je ressors un vieux livre. Il s’agit d’un entretien d’Arnaldo Otegi réalisé par deux journalistes basques en 2006. Étant jeune, j’ai énormément lu sur la question basque, le mouvement ETA et son bras politique Batasuna. Pour comprendre ce qui a pu guider des femmes et des hommes dans cette voie sans issue qu’est la violence armée, il faut se plonger dans les racines de la « gauche abertzale ». Pas de jugement, simplement comprendre. 

19H. BFM, point presse d’Olivier Véran. Décompte Morbide des morts dans le monde. Deux nouveaux médecins morts. Quelle période de merde ! 

 

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