Jour 2, confinement. Début d’une autre vie.

7h, se réveiller. Regarder l’heure. Vite se lever. Faire chauffer le café. Se jeter sous la douche. Regarder ses mails. Vérifier que son chargeur est présent dans la sacoche. Ça c’était avant. Ce matin, changement de programme. Un café avec un livre. Les Jeannette s’invitent au petit déjeuner. Un plaisir.  Il faut dire qu’entre le coup de fil pour exiger un logement, celui pour dire que le trottoir de sa rue n’est pas réparé et l’histoire de femmes et d’hommes qui se sont levés contre la machine infernale du capitalisme, le choix est simple. Pourtant plus les minutes passent, plus les journées semblent interminables, sans fil conducteur. Au loin, depuis mon balcon, j’entends les crissements de pneus des camions poubelles, comme un filet de vie au milieu de cet océan de silence.  

 

10h. Après plusieurs cafés, décision est prise d’aller faire les courses. Cela sera l’activité du jour. Avant d’y aller : se laver les mains, prendre son gel hydroalcoolique. Les gestes sont mécaniques. Il est toujours surprenant de regarder la faculté d’adaptation de notre corps. La porte à peine franchie, premier signe d’une situation nouvelle. Pas d’ascenseur, même au 7ème. Mieux vaut éviter de touchers les boutons. Protection nécessaire ou trouble hypocondriaque extrême ? Je vous laisse juger par vous-même. Une fois dans la rue, je suis frappé par le silence. Je regarde autour de moi, pas âme qui vive. Seul le chant des oiseaux vient rompre cette quiétude. Un fait d’une telle rareté que je prends quelques secondes, immobile, pour profiter de cet instant. Quelques mètres me séparent d’une supérette, au loin je repère un policier. Il contrôle. Dans les rayons, pas d’ambiance fin du monde. Il ne manque de rien, ah si de la bière. Je souris intérieurement. Les gens s’apprêtent-ils à fêter la Saint-Patrick par Whastapp ? 10 minutes de marche, et me voilà de retour dans mon lieu de confinement. Court, trop court. Demain j’irai sans doute courir. Décidément ce virus à des effets insoupçonnés. 

 

Entre deux chapitres des « Jeannette », mon portable vibre. Le fil actu de Twitter s’affole avec un mot clé : SNCF. Stupeur. Un accident ferroviaire vient de se produire près de Strasbourg. L’Alsace n’est vraiment pas épargnée en ce moment. Un ter reliant Nancy à la capitale alsacienne a heurté trois cheminots travaillant aux abords des voies. Le bilan est dramatique : 1 mort et 1 blessé dans un état d’urgence absolue. Une fois de plus, la famille, MA famille, est endeuillée. C’est difficile à expliquer, difficile à comprendre de l’extérieur, mais un lien particulier unit les cheminots, actifs ou retraités. L’émotion est forte, mais aussi la colère. Comment, alors que nous sommes depuis hier 12h en période de confinement, des cheminots pouvaient être au travail pour des missions de reconnaissance, donc non essentielles ? Le temps de l’enquête va arriver. Des réponses concrètes devront être apportées. Aucun salarié, aucune salariée, ne devrait perdre sa vie au travail. A noter que les passagers présents à bord du train ont pu être correctement pris en charge grâce à la présence d’un contrôleur. Vous vous rappelez, c’est la personne que la direction de la SNCF veut supprimer.

 

Amazon. Avec le confinement on mesure au moins une chose, le deux poids deux mesures entre les patrons et les salariés. A Saran, lieu où se trouve le dépôt de la multinationale américaine, les salariés ont décidé de « débrayer » pour exiger la fermeture du site. Depuis le début du covid-19, les salariés ne disposent ni de gel, ni de gants. Toujours le même dicton : d’abord les profits, seulement après la santé des personnes. 

 

Si on pouvait croire une chose après le discours du président de la République de samedi soir, c’est que le mépris du gouvernement à l’égard du personnel des hôpitaux allait disparaître, ou a minima être mis en pause. Cela aura duré que 4 jours. Ce matin sur BFMTV, Gérald Darmanin a osé répondre que “la meilleure prime que l’on peut donner aux soignants, c’est de respecter les gestes sanitaires ». Cela ne manque pas de piquant pour le membre d’un gouvernement qui refuse de répondre aux revendications salariales des personnels hospitaliers en grève depuis des mois. Le mot « hôpital » était omniprésent avant la crise, il le sera aussi après. Nous ne devrons pas oublier ces femmes et ces hommes aujourd’hui en première ligne pour sauver des vies. Des moyens humains et financiers devront leurs être accordés. On avait souvent coutume de dire « l’hôpital est à l’os ». Cet os va être sollicité à haute intensité. Espérons qu’il tienne malgré le saccage orchestré depuis des années. En 2019, Le Parisien alertait sur le fait que l’hôpital avait perdu 5,3 % de ses lits depuis 2013. À eux seuls, les hôpitaux publics en ont perdu 13631. Le total privé public se monte à 17.500 lits de nuit fermés en 6 ans. Comme le Covid-19, l’austérité tue. 

 

17H. Fenêtre ouverte, soleil toujours présent. Que manger ce soir ? La préparation du repas est pour ma part la seule activité qui structure mon quotidien. Retour à mes Jeannette, avec un thé vert Menthe Chocolat produit par la Scop 1336. Un livre, une boisson. Deux produits, une même histoire. Celle de femmes et d’hommes qui ont refusé de baisser la tête face aux ravages de la mondialisation et qui ont remis au goût du jour la réappropriation des moyens de production. 

 

17H52. Alerte BFM « écoutez la déclaration d’Édouard Philippe ». Là aussi cela devient un rituel, celui-là est bien moins plaisant.

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