Confinement, jour 1.

Confinement. On en parle depuis des jours. Ce mot était sur toute les lèvres. Chacun s’imaginait ces 15 prochains jours. Chacun se projetait dans cet espace inconnu. Mais le vivre est différent.

8H. Ce matin, direction la mairie. Vite aller au travail, comme si on ressentait le besoin impérieux de profiter de ces dernières heures de liberté. Une irrésistible envie d’aspirer cet oxygène qui sera bientôt si lointain. Sur la route un SMS s’affiche sur mon portable « reste chez toi ». Que faire ? Demi-tour ? Continuer ? C’est fou comme dans ces moments, le travail fonctionne comme un aspirateur à liberté. Les couloirs sont déserts, les agents font leurs cartons comme si la fin du monde arrivait. Atmosphère saisissante.

Le passage sera bref, à peine une heure, le temps d’expédier les affaires courantes. Une interrogation, comment maintenir le contact avec les habitants et continuer à les informer ? Plus que jamais, dans cette période incertaine, la mission de service public communal est essentielle. Des informations régulières seront diffusées sur nos canaux numériques : site et compte Facebook de la ville.

Au retour, sur le chemin, la vie semble continuer. Le marché bat son plein sur la place Lénine, les joggeurs sont légions aux abords du bois de Vincennes … J’ai du mal à imaginer que dans quelques minutes nous allons entrer dans une autre dimension.

12H. Nous y sommes. Incroyable mais vrai, les chaînes d’infos en continu ont diffusé un compte à rebours. Comme lors des cérémonies de noël. Notre monde est surprenant. Au moment de la porte une pensée me traverse l’esprit « à quel moment je vais la rouvrir ? ». Curieuse sensation. Trop souvent nous regrettons de ne pas avoir le temps de faire de certaines choses, mais aujourd’hui que le temps s’offre à moi je ne sais que faire … Un vide abyssal. Premier réflexe, regarder des séries télés. Mon choix ? Baron Noir. On me la conseillait depuis longtemps, vérifions ce qu’en disent les autres, une série apparemment époustouflante de réalisme.

14h. Le calme du confinement est ébranlé par une bombe politique. Une de ces moments qui font date. L’entretien réalisé par la très chevronnée journalise du monde Ariane Chemin va faire du bruit. Les mots sont sans appels « quand j’ai quitté le ministère, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. Je suis partie en sachant que les élections n’auraient pas lieu ». Pour être bien sûr de comprendre, je relis deux fois, trois fois même les propos de l’ancienne ministre de la Santé ! La suite ne fait que confirmer ma colère, tout le monde savait. Agnès Buzyn confirme avoir « alerté le directeur général de la santé » dès le 20 décembre. Le 11 janvier elle informe directement Emmanuel Macron de la gravité de la crise. Enfin le 30 janvier, elle avertit Edouard Philippe « que les élections ne pourraient sans doute pas se tenir ». Ces propos sont d’une extrême gravite. Pourquoi, alors même que le plus haut niveau de l’État était au courant que nous allions être frappé par une épidémie d’une dangerosité extrême, rien n’a été fait ou anticipé ? Une fois la crise terminée des comptes devront être rendus. C’est une certitude.

Dans l’après-midi, on découvre que le président du Sénat Gérard Larcher tente une ultime manœuvre pour que le dépôt des listes du second tour des élections municipales ait lieu au plus tard en fin de semaine. Après avoir fait le forcing pour maintenir des élections en mettant clairement en danger des millions de gens, voilà qu’il récidive dans l’ignominie. La droite montre une fois de plus son vrai visage. D’abord les intérêts privés de quelques barons locaux, après la santé des françaises et des français. Même dans un pays à l’arrêt, la bêtise humaine continue de tracer son chemin.

Fin de journée. Un tour sur le balcon. Jamais je n’ai entendu un tel silence en plein cœur de Paris. C’est apaisant, tout en étant anxiogène. Voilà tout le paradoxe du moment que nous vivons. Vaincre le temps qui passe, sans céder à la panique. Pour moi la soirée sera faite de lecture, au programme « Les jeannettes ». C’est l’histoire d’une bataille emblématique menée par des salariés pour s’opposer à la fermeture de l’usine qui fabrique les fameuses madeleines normandes depuis plus de 164 ans. Pendant 9 mois les lieux seront occupés, avec à la clé une victoire majuscule. On en parle demain !

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