J-1 avant le confinement.

Une ambiance de fin du monde. Rumeurs et contre-vérités circulent plus vite que le virus lui-même. En mairie où je travaille, les couloirs sont vides. Ambiance particulière dans un lieu qui d’habitude grouille de monde et de bruit. Cela est encore plus décalé quand on sait que nous sommes au lendemain du premier tour des élections municipales.

D’ailleurs auraient-elles dû se tenir ? Chacun à son avis. Pour ma part je pense que non. On dit souvent, et j’en fait partie, que la démocratie serait plus forte que tout. Que ne pas l’appliquer serait une défaite. Mais là, nous sommes face à autre chose. Notre caractère de latin fait que nous avons du mal à appliquer les mesures de sécurité. Qui ne s’est pas dit ces derniers dix jours « on en fait trop », « il faut continuer à vivre » … ? Dire le contraire serait mentir. Mais pour en revenir aux élections, il n’était pas sérieux de les tenir dans ce contexte de crise sanitaire extraordinaire. Un exemple m’a interpellé. Alors que l’État a mis à disposition, et à juste titre, des centaines de milliers de masques et du gel, on se rend compte que notre système hospitalier ne dispose pas de stocks suffisants. A Toulouse, au CHU, il y a 14.000 masques chirurgicaux. De quoi tenir 3 ou 4 jours, dérisoire …

Après cette courte parenthèse, retour à la réalité. Au loin, un bruit sourd et répétitif se fait entendre dans le couloir de notre étage. Quelques têtes font leur apparition dans le couloir. Ce n’est rien, juste la photocopieuse qui s’active. Que sort elle ? Des consignes sur le coronavirus. Chacun regagne son siège. Toujours le même réflexe, du gel sur les mains. Beaucoup de gel.

Les minutes défilent. Tout le monde scrute les réseaux sociaux, les sites d’infos en continue à la recherche d’informations. 11h, le couperet tombe. Emmanuel Macron va s’exprimer à 20h en direct à la télévision. En moins de 5 jours, le couple 1er ministre / Europe-Borders-mPrésident de la République aura pris la parole trois fois. Cela permet de mesurer la gravité de la situation.

Dans la foulée, David Belliard (EELV) annonce suspendre sa campagne à Paris. Agnès Buzyn (LREM) et Cédric Villani lui emboîtent le pas. De son côté, Hidalgo endosse son costume de Maire pour protéger les parisiennes et les parisiens. La vie politique parisienne est un miroir de ce qui se passe au niveau national. Le monde politique, par-delà ses divisions, comme l’ensemble du pays, s’arrête, prêt à entrer en hibernation pour tuer ce maudit virus.

11h45. Les premières annonces filtrent. On parle de 45 jours de confinement, d’un couvre-feu le soir et de l’arrivée de l’armée dans les rues. Non ce n’est pas un film, c’est notre vie.

12h00. Le téléphone sonne en Mairie. On avait presque oublié cette musique. Une pharmacie appelle à l’aide, des gens se battent à l’intérieur pour des masques et du gel. Dehors, les supermarchés de proximité qui entourent la Mairie sont pris d’assaut, et les files d’attentes se multiplient. Par la fenêtre, on peut apercevoir des camions qui multiplient les A/R pour éviter les ruptures de stocks. En quelques minutes, un pays entier plonge dans l’abîme.

Les réactions collectives en disent long sur l’état d’esprit d’une population. Imaginons la réaction de ces mêmes personnes à l’aube d’une guerre ?

Cette période glace le sang. L’imaginaire collectif, ce récit commun que nous avons mis des décennies à construire, n’avait jamais imaginé une telle situation.

16h27. Édouard Philippe, le 1er ministre annonce la première mesure, report du second tour des élections municipales au 21 juin. Sage décision.

Que faire maintenant ? Attendre, se protéger et patienter. 45 jours, c’est long. Mais court quand il s’agit de préserver des vies. A trop attendre, nous avons pris le risque de nous exposer à une épidémie d’une ampleur jamais connue en France.

C’est aussi dans ces moments qu’on juge de la robustesse d’un État. Ne pas douter, nous avons des fondations solides.

Pour moi, l’écriture sera une arme contre cette solitude forcée. Écrire pour mieux expulser cette peur qui tétanise.

Raconter, décrire et penser. En avant !

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