Regard sur la semaine, épisode 2

Urgences. 750 millions d’euros. Lâchée comme cela, cette somme peut paraître énorme. Effectivement ça fait un paquet de fric ! Agnès Buzyn aurait-elle enfin compris les mobilisations des urgentistes, et plus largement du milieu de la santé, de notre pays ? « Du déni nous sommes passés au mépris », voilà la réaction du Christian Prud’homme, porte-parole de la CGT hôpital. Car pour comprendre le jeu de dupes du gouvernement, il faut rentrer dans le détail des annonces. D’abord la somme. Depuis qu’il est arrivé aux affaires, Emmanuel Macron a opéré un plan de réduction budgétaire de plus de 2,5 milliards d’euros. Au regard de cette réalité, la somme de 750 millions d’euros ne pèse pas bien lourd. Et en plus ils sont promis sur 3 ans. Ensuite, le mode de financement. Les 750 millions sont une réorientation de crédits. 350 millions pour la création de services d’accès aux soins. Une autre partie étant une réactivation d’une ancienne promesse de Macron, à savoir l’ouverture plus large des cabinets libéraux. Rien ne neuf sous le soleil, de plus en plus pâle, de la macronie. Pourtant l’été aura été particulièrement meurtrier. Je pense à cet homme, victime de la maladie d’Alzheimer, retrouvé mort 15 jours après sa disparition dans un couloir désaffecté de l’hôpital de Marseille. Et que dire du feuilleton de l’été : « Qui restera le plus longtemps sur un brancard ? ». 60h par-là, 96 par-ci, et pour finir par 120h à l’hôpital de Saint-Étienne ! 5 jours sur un brancard !!! Cela est totalement intolérable dans un pays qui est aujourd’hui la 6ème puissance économique du monde. Gaver de dividendes les actionnaires, mais laisser crever l’hôpital public, voilà la vision du monde selon « Jupiter ». Définitivement cela pose la question de savoir dans quelle société on veut vivre. Les témoignages de Lison, aide-soignante aux urgences de Saint-Malo « Ça devient de l’abattage. », d’Emma, infirmière « Je viens au travail la boule au ventre. », ou encore Xavier infirmier « Je me sens à bout. », sont symptomatiques d’une profession en souffrance. Alors que nous sommes passés de 10,1 millions de passages aux urgences en 1996 à 21,2 millions en 2016, 64.000 lits ont été supprimés depuis 2003. Il apparaît totalement hallucinant que la ministre de la Santé n’ait pas eu un seul mot pour l’emploi, alors même que les grévistes réclament la création de 10.000 postes ! Refusant les miettes, les urgentistes ont décidé de poursuivre la grève. Il est de notre responsabilité de soutenir cette bataille, une véritable bataille d’intérêt général.

Perpignan Rungis. Le tube de l’été. Un véritable boulet pour le gouvernement. Comment peut-on affirmer que l’écologie sera au cœur de l’acte 2 du quinquennat Macron et laisser mourir le train des primeurs ? C’est le tour de force que s’apprête à réussir Élisabeth Borne. Pour bien comprendre comment nous en sommes arrivés là, il faut percer les méandres du groupe SNCF. Certains vont peut-être le découvrir, mais le train n’est plus l’activité première de l’entreprise historique, aujourd’hui transformée en multinationale avec des milliers de filiales. Une d’entre elles entre particulièrement en compte dans la bataille du fret ferroviaire public : Géodis. Avec plus de 30.000 salariés et une présence dans 120 pays, elle est un mastodonte du transport de marchandises par la route. Profitant du modèle ultra libéral en vogue dans l’UE, elle embauche grâce à la directive des travailleurs détachés, des chauffeurs polonais payés 250 euros par mois. Dans ce contexte, quel intérêt aurait le groupe SNCF à investir dans le fret ferroviaire alors qu’il peut transporter des marchandises par la route, donc sans payer l’utilisation de l’infrastructure tout en pratiquant une politique de dumping social ? Aucun. D’ailleurs, le dernier comité de pilotage de la ligne a définitivement fait tomber les masques, Fret SNCF ayant affirmé qu’elle se désengageait totalement du Perpignan Rungis. En clair l’opérateur public jette l’éponge ! De son côté le gouvernement pleure des larmes de crocodiles et dénonce le comportement de la SNCF. Une entreprise dont le patron est nommé … par le gouvernement ! Depuis le début, ils marchent main dans la main pour détruire cette ligne, et plus largement le fret ferroviaire. Comme j’ai eu l’occasion de le dire lors d’un débat sur la fête de l’Humanité à l’invitation de François Ruffin, l’écologie et la lutte des classes sont intimement liées. La bataille menée depuis des mois pour la sauvegarde de cette liaison ferroviaire en est l’illustration. En relançant le fret ferroviaire public, il est possible d’agir en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique, tout en en mettant fin au dumping social.

Fête de l’Humanité. Les éditions passent, mais le plaisir est toujours le même. Ce cru 2019 n’échappe pas à la tradition. Pendant trois jours, c’est le véritable coeur battant du monde progressiste. Des salariés de Sanofi aux femmes de chambre l’hôtel Ibis de Clichy- Batignolles, en passant par les gilets jaunes et les forçats de la route que sont les Deliveroo, les luttes sociales ont rythmé cette 89ème édition. Pour ma part, j’en retiendrai un temps fort. Forcement il est partisan, mais c’est le propre des coups de coeur. « Lula doit être libéré » ; que n’ai-je pas ressenti en voyant Dilma Rousseff monter sur la grande scène. J’en ai encore des frissons. Incapable de battre le PT (le parti des travailleurs) dans les urnes, l’extrême droite réactionnaire, avec l’aide de la bourgeoisie, a créé de fausses preuves pour emprisonner Lula et destituer Dilma Rousseff. L’ex Présidente brésilienne l’a d’ailleurs rappelé samedi soir : « Si Lula avait été candidat, il aurait gagné l’élection ». Il faut dire que grâce au PT, le seuil de pauvreté est passé de de 12 % à 4,8 %. Autre élément insupportable pour la bourgeoisie, Lula a, entre décembre 2002 et décembre 2010, augmenté le salaire minimum de 54 % ! Vivement la 90ème édition !

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