Regard sur la semaine.

L’ubérisation. Ce mot symbole pour certains de liberté, pour d’autres d’esclavage. Comme souvent tout n’est pas noir ou blanc. Depuis plusieurs mois, dans la quasi indifférence générale, les livreurs de la plateforme Deliveroo ont entamé un bras de fer. Le motif ? Un changement de tarification qui fait passer la commission de la course de 4 euros à 2,50 euros, alors que dans le même temps le client paye directement 4,50 euros à la plateforme contre 2,50 auparavant. Un appauvrissement supplémentaire de travailleurs déjà ultra précarisés. Je les croise souvent à Paris, souvent assis à plusieurs à attendre un coup de téléphone. Une image m’est venue en tête samedi dernier quand j’ai croisé leur regard près de Châtelet – Les Halles :  » des forçats de la route ».

Si le départ de Nicolas Hulot du gouvernement avait permis de jeter un éclairage saisissant sur le rôle néfaste des lobbys au plus haut niveau de l’État, on était depuis retombé dans l’indifférence. Comme si de rien n’était. Pourtant, tapis dans l’ombre, ils agissent toujours. Et leurs griffes ne sont jamais autant acérées que quand ils sentent l’odeur du sang. Leur cible : la loi LOM. Une des grandes craintes des entreprises, voir sortir un texte législatif qui les oblige à reconnaître le lien de subordination entre la plateforme et le livreur. Dire qu’ils soutiennent cette loi est peu dire ! Ils l’ont quasiment écrite ! Un article est particulièrement important à leurs yeux, le numéro 20. Celui présenté comme étant un progrès d’ampleur au motif qu’il introduit la possibilité pour plateforme de « rédiger une charte précisant les contours de leurs responsabilités sociales », mais de façon… facultative. Le meilleur est à venir. Quelques lignes plus loin il est écrit que cela « ne peut constituer des indices de requalification de la relation contractuelle en salariat » ! Le champagne est déjà au frais, il n’attend plus qu’à être débouché. Si la loi est si proche des exigences des plateformes, c’est qu’elle s’inspire fortement d’un rapport intitulé « Travailleurs des plateformes, liberté oui, protection aussi », rédigé par un ancien dirigeant de plateforme. Quant aux dirigeants de l’institut Montaigne, ce sont les mêmes qui assurent les chauffeurs d’Uber ou de Deliveroo. Pour reprendre les mots, mais pas le sens, d’Élisabeth Borne « c’est édifiant ! »

Qui n’a pas rêvé de se faire livrer une bière fraîche sur la plage, juste en tapotant sur son smartphone sans bouger le pied de sa serviette ? Mais à quel prix ? Je ne suis pas opposé de façon dogmatique à ce genre de métier. Après tout pourquoi pas, s’il remplit les attentes de certains. Simplement il doit se faire dans un cadre légal strict, qui fait de ses travailleurs des salariés, qui leur assure un revenu décent en sortant de la logique de dumping social actuellement en cours. Protégeons-les et payons-les correctement ! Comme le dit très justement mon camarade sénateur Pascal Savoldelli : « Il ne faut pas nier leur aspiration à l’autonomie, mais aussi leur donner une réelle protection sociale ». C’est le prix à payer, sinon, j’irai chercher ma bière à pied !

Brexit. La mèche blonde de Boris Johnson n’en finit plus de sauter. Elle suit les soubresauts d’une crise politique jamais vue outre-Manche. Cette semaine nous sommes passés d’une suspension du parlement, à un vote de défiance à l’égard du premier ministre, qui se voit empêcher de provoquer des élections anticipées … par des membres de son propre camp, et cerise sur la gâteau, ou le pudding plutôt, les députés viennent de lui interdire de quitter l’UE sans accord. Soyons honnêtes, le citoyen lambda ne comprend strictement rien. Mais quelqu’un comprend-il réellement quelque chose ? Le navire vogue au grès du vent, sans pilote ! Un comble pour une île.

En expulsant 21 députés de son camp, -mais existe-t-il encore un camp?-, Boris Johnson a été fidèle à sa réputation. Incontrôlable, capable de tout et son contraire en quelques minutes. Si le Brexit déchire l’Europe, elle déchire à l’intérieur même des familles. Une en particulier, celle du premier ministre. Son propre frère, Jo, ministre de l’enseignement supérieur, a démissionné avouant qu’il ne faisait pas confiance à Boris pour agir dans l’intérêt national. Les prochains repas de familles promettent d’être salés.

Depuis les premières discussions sur la possibilité de sortir de l’Union Européenne, un élément essentiel aura fait défaut à cette campagne. Un élément indispensable pour une prise de position apaisée : la raison. La campagne sur le référendum, marquée par une guerre des slogans, aura été réalisée dans une ambiance absolument surréaliste, où se sont côtoyés mensonges et insultes. La victoire à peine fêtée, déjà Nigel Farage, éphémère leader du parti pro BREXIT UKIP avouait avoir menti. On retrouve cette constante chez Boris Johnson : vouloir acquérir la victoire coûte que coûte. La vérité, elle, n’est qu’accessoire. Que n’a-t-on pas entendu avant le referendum. Farage affirmant même vouloir verser à l’équivalent de notre sécurité sociale, les soi-disant 350 millions de livres Sterling que le Royaume-Uni versait, par semaine, à l’UE. Un mensonge supplémentaire. De l’argent mis dans un mécanisme social, Margaret Thatcher a dû se retourner dans sa tombe.

C’est cette construction initiale sur le mensonge qui est la cause de ce spectacle affligeant. La classe britannique est désavouée, la démocratie discréditée, le tout dans une atmosphère d’hystérie générale. Il n’y a qu’à voir les stands des médias qui montent le siège devant le parlement, et les partisans du oui et du non qui s’affrontent par slogans interposés sans jamais en venir aux mais. Mais jusqu’à quand ?

Comment tout cela va finir ? Personne ne peut le prédire. Premiers éléments de réponse lundi, avec un possible fermeture des frontières physiques.

Villani. Et pendant ce temps-là un marcheur trace sa route. Cheveux courts, chemise blanche et gilet sans fantaisie. Finie l’extravagance, place à la simplicité. Un café parisien pour annoncer une candidature que tout le monde savait évidente. Le marcheur voulait marcher, il va avoir droit à sa course. Une des plus magistrales : Paris. En annonçant sa candidature contre celle de Benjamin Griveaux, Cédric Villani plante un clou, un de plus, dans la chaussure d’Emmanuel Macron. Il serait malhonnête de dire qu’on ne sent pas une certaine effervescence autour de sa candidature. Certains évoquent même le temps lointain où Emmanuel Macron quittait le ministère de l’Économie pour se lancer à l’assaut de l’Élysée. Quand Griveaux réunit ses soutiens en catimini, Villani en direct sur les chaînes d’infos. Il faut dire qu’on trouvera toujours plus sympa un type qui s’est battu aux côtés d’un député communiste pour reconnaître la responsabilité de l’état français dans le meurtre de Maurice Audin, que celui qui passe son temps à insulter ses rivaux. Villani c’est un look à part, des envolées lyriques qu’il est parfois le seul à comprendre.

Le reconnaître ne signifie pas le soutenir. Car derrière ce combat de coqs, (décidément c’est l’animal à la mode, je vous invite d’ailleurs à lire à ce sujet la chronique d’Olivier Dartigolles, « C’est le retour du vieux monde »), Villani incarne le macronisme, un faux semblant de rupture avec les codes politiques, quand Griveaux est un homme d’appareil. Derrière la façade, il y a le fond. Et là, aucun doute possible, c’est du 100% à droite. En tant que député, le mathématicien a voté la loi Asile immigration et la baisse des APL. Alors que le prix du mètre carré vient d’atteindre 10000 euros, que la question du logement est problématique pour de nombreux Parisiens, les électeurs apprécieront le moment venu la possibilité de confier les clés de la ville à celui qui priorise la mise en place d’une application pour signaler un banc public plutôt que l’encadrement des loyers. L’annonce officielle de sa candidature, dans un café manifestement trop petit pour accueillir les nombreux journalistes présents, (Sophie de Ravinel, journaliste au Monde peut en témoigner), aura révélé les premières failles. Beaucoup de mots, des phrases à rallonge, Villani ira même jusqu’à faire appel à l’esprit du Paris révolutionnaire, mais peu d’idées concrètes. Interrogé par un média en ligne sur la question du logement, le député macroniste, désemparé, se retournera vers ses conseillers pour chercher des réponses. Il les attend encore. Rien n’est plus difficile qu’une campagne municipale. Les gens connaissent mieux que personne leur ville. Ils en sont les experts. Aussi leurs attentes sont énormes. Villani va le découvrir avec violence. Les gens ne supportent plus les promesses du macronisme, ils veulent des actes.

Pour l’espoir, regardons du côté de Ian Brossat. Avec lui, les mots se transforment en actes.

 

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