Je ne verserai pas une seule larme pour le Fouquet’s.

En boucle. Nuit et jour. Elles s’affichent sans filtre avec, en bruit de fond, des commentaires haineux d’éditorialistes venus porter la sainte parole. Les images du Fouquet’s en feu ont fait le tour du monde. Les tenants de l’ordre établit s’attendaient à nous voir nous prosterner devant ces images et pleurer de milles larmes la perte de ce « joyau français ». Pour ma part, et je suis loin d’être un cas isolé, pas une larme n’a coulé.

« Ce sont des terroristes » déclarait Gérald Barbier, vice-président de la CCI de Paris sur BFM, au lendemain de la manifestation parisienne. La veille, il y avait Christchurch, le lendemain il y a aura Utrech. Cela se passe de commentaires.

La violence. Ce mot est sur toutes les bouches. Mais de quelle violence parle-t-on ? À trop utiliser ce mot, on en perd, je le crois, le sens. Dans tous mots, il y a une graduation. La violence n’y échappe pas. Faire l’économie de cette réalité, c’est faire preuve de malhonnêteté intellectuelle.

Bien évidemment, la destruction de ce restaurant, devenu un symbole de l’argent depuis que Sarkozy y a fêté sa victoire en 2008, est dommageable pour les salariés qui y travaillaient. Les riches, eux, se trouveront une autre cantine. Je n’ai pas trop d’inquiétude là-dessus.

17222295.jpgLa vraie violence, dans ce pays, elle est sociale. Elle tue chaque jour, de façon méthodique et insidieuse. Le tout dans un silence assourdissant.

J’étais, dans le cadre de l’écriture de mon livre, il y a quelques semaines, à Hénin-Beaumont. J’ai rencontré Brigitte Petit, syndicaliste et ex-salariée de l’usine Samsonite. L’histoire de cette femme m’a bouleversé. Travailleuse en usine depuis ses 16 ans, elle a connu plusieurs licenciements pour finir chez Samsonite, fabriquant de valise, qui mettra la clé sous la porte suite à son rachat par des patrons voyous. Aujourd’hui, après des dizaines d’années de travail à la chaine, d’horaires décalés, elle vit avec 900 euros de retraite. Ça c’est de la violence. De la violence de classe.

Et que dire de Rajae Gueffar, cette salariée d’ONET à Agen, honteusement licenciée pour de faux motifs car elle « coûtait trop cher ». On parle de 1800 euros par mois pour nettoyer des trains, avec des horaires pourris, entrecoupé de pauses interminables ! Avec d’autres, nous avons mené la bataille et gagné sa réintégration au bout d’un an. Mais en attendant, elle a dû vendre sa voiture pour payer la bouffe à ses gamins, dont un handicapé, et leur garantir un toit ! La victoire n’effacera pas ses stigmates de violence sociale.

J’ai aussi une énorme pensée pour mes collègues cheminot-e-s, plus de 50 en 2017 (nous n’avons pas encore les chiffres de 2018 mais ils seront très élevés), qui ont mis fin à leurs jours, pour cause de souffrance au travail et de désespoir face à la liquidation de leur entreprise !

Ford, Goodyear, Métal Europe, Ford, Florange, les suicides dans le monde hospitalier, les 566 SDF morts en France en 2018. 566 personnes mortes dans la rue alors que notre pays est le champion du monde des versements de dividendes aux actionnaires des entreprises du CAC40 ! Voilà de la violence ! Et je n’ai pas souvenir d’une seule édition spéciale sur les chaines d’infos. Les exemples sont légions en France. Il serait ici trop long d’en faire la liste.

Oui, le Fouquet’s a brûlé. Oui, la violence n’est pas la solution. Mais n’attendez pas de nous qu’on pleure sur son sort.

Sarkozy l’a érigé en symbole en 2008. Le symbole de l’argent, d’une richesse qui s’affiche sans retenue, quand le peuple crève la gueule ouverte. Votre monde brûle, les cendres du Fouquet’s sont le début de la fin. Le temps de partager est venu.

 

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