L’aveugle, les borgnes et les écorchés.

Encore une main arrachée suite au tir d’une grenade de désancerclement. Une de trop. Et combien d’éborgnés ? On en compte plus d’une dizaine, depuis le début du mois de novembre. Un peuple mutilé et ça ne choque personne ? Le seul point de convergence entre les manifestants et le pouvoir semble être les yeux. D’un côté certains les perdent, à jamais; de l’autre, on refuse de les ouvrir. « Je ne vois pas les revendications des gilets jaunes » a ainsi osé affirmer le député Gabriel Attal, sur BFM. Insulteur en chef pendant le conflit des cheminots, casseur de grève à La poste, le perroquet du Président se transforme aujourd’hui en chien aveugle. Consternant. Il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. On pourrait même en rire, si certains n’y laissaient pas la vue. La vision de la macronie change donc de devise, passant du « en même temps », à « œil fermé contre œil perdu ».

En revanche, si la vision semble obstruée, voire bouchée, pour la colère populaire, elle est clairvoyante quand il s’agit de répondre aux désidératas du patronat et des lobbys. Dans l’indifférence générale, les tarifs des péages autoroutiers ont encore augmenté d’environ 1,9% le 1er février. Il faut savoir que, depuis 2007, date de leur privatisation, les sociétés concessionnaires d’autoroutes ont versé plus de 26 milliards de dividendes à leurs actionnaires. Ici, pas besoin d’y laisser un œil, un simple clignement suffit à faire comprendre les choses, tant pis pour le pouvoir d’achat des gens. Bon prince, les sociétés d’autoroutes ont consenti à offrir « une réduction de 30% pour les automobilistes qui font au moins 10 allers-retours par mois ». Automobilistes, pour la très grande majorité, qui sont commerciaux, donc c’est un deuxième cadeau pour les entreprises !

« Vous avez décidé de brader les autoroutes alors même qu’elles ont été financées par l’impôt. En vendant les parts de l’État, vous abdiquez vos responsabilités et faites un cadeau aux groupes privés » dénonçait en 2005, le député communiste, Daniel Paul. En 2019, le gouvernement entend recommencer avec les Aéroports de Paris (ADP). Vinci, indemnisé par l’argent public, après l’abandon de Notre Dame des Landes, pourrait acquérir ses aéroports grâce à l’argent… des contribuables ! Apparemment, une bonne vue n’empêche pas de recommencer, deux fois, les mêmes erreurs. Mais comptez sur le regard éclairé des sénatrices et sénateurs communistes pour mener la bataille. Mardi dernier, le Sénat, droit et gauche confondus, a voté contre cette privatisation. Alors Emmanuel Macron, on ouvre les yeux ?

Au pays des borgnes, l’aveugle règne rarement longtemps.

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