Que vive l’Humanité !

On connaissait tous la situation financière précaire de l’Humanité. Pourtant, à l’annonce de la cessation de paiement du journal, j’ai ressenti un véritable choc. La première réaction est de se dire que non ce n’est pas vrai, ce n’est pas possible, non le journal de Jaurès ne peut pas disparaitre. Pourtant, tout cela est bien réel. C’est avec une véritable boule au ventre que nous attendons la décision du tribunal de commerce qui va statuer aujourd’hui.

L’Humanité n’est pas un journal comme les autres. C’est un patrimoine de la nation. Depuis sa création, le 18 avril 1904, par Jean Jaurès, il n’a eu de cesse de porter un message humaniste et internationaliste. L’éditorial du premier numéro, rédigé par Jaurès, est un véritable joyau pour le journalisme. Le député de Carmaux indique que son journal doit être « en communication constante avec tout le mouvement ouvrier, syndical et coopératif », précisant « nous voudrions donner à toutes les intelligences libres le moyen de comprendre et de juger elles-mêmes les évènements du monde ».  D’entrée, le décor est planté. N’ignorant rien des intérêts du capital pour la presse, à savoir tenter de la mettre sous contrôle pour mieux contrôler l’information, Jean Jaurès indique « que l’indépendance du journal est entière. Aucun groupe d’intérêts ne peut directement ou indirectement peser sur la politique de l’Humanité ». L’édito se termine par une phrase prémonitoire « faire vivre un grand journal sans qu’il soit à la merci d’un grand groupe d’affaires, est un problème difficile mais pas insoluble ».

Ce journal, que j’ai vu passer dans les mains de mon grand-père et de mon père, doit vire. Plus que jamais, dans un monde en perpétuel mouvement, nous avons besoin d’une presse imperméable aux pressions des actionnaires. Car, il faut le savoir, l’Humanité, fidèle aux engagements de son fondateur, fonctionne aujourd’hui essentiellement grâce à ses lecteurs. Ici pas d’intervention de Bernard Arnault, de Xavier Niel ou de Vincent Bolloré, pour retirer un article « gênant » pour les actionnaires. La devise de l’Humanité « « LE COURAGE, C’EST DE CHERCHER LA VÉRITÉ ET DE LA DIRE » doit continuer de raisonner. Un exemple, quel autre journal aurait révélé que la Ministre du Travail Muriel Pénicaud s’était enrichie de plus d’un million d’euros en spéculant sur des licenciements quand elle travaillait chez Danone ?

IMG_0842.jpgC’est dans ce journal que j’ai écrit mon premier article dans la rubrique « Libres Échanges ». C’est dans ce journal que j’ai pu découvrir les mensonges concernant le traité de libre-échange en 2005. C’est dans ce journal que je découvre, chaque jour, les visages de celles et ceux qui luttent et gagnent. Chaque matin, L’humanité offre une bouffée d’oxygène salvatrice dans ce monde uniforme et aseptisé.

Comme l’indiquait Jean Jaurès dans son édito de 1904, « nous seconderons de notre mieux tous les efforts de groupement syndical et coopératif du prolétariat », l’Humanité continue d’agir comme le porte-voix des luttes. C’est aujourd’hui le SEUL journal à donner la parole aux ouvriers, aux salariés, aux chômeurs. Le dernier conflit à la SNCF en est le parfait exemple. Chaque jour, l’Humanité nous a accompagné dans notre combat pour le service public ferroviaire. Alors qu’un déferlement médiatique, alliant mensonges et insultes, se déversait sur nous, l’Humanité, et ses journalistes, n’ont pas hésité à nous donner des tribunes pour nous exprimer. Ils ont été, chaque jour, à nos côtés pour comprendre, décrypter et expliquer notre mobilisation.

Plus qu’une question économique, L’humanité doit vivre pour que vive le pluralisme, pour maintenir l’indépendance de la presse face au pouvoir de l’argent.

Ce journal, mon journal, notre journal doit vivre. Il faut le préserver, le sauvegarder et le développer. De l’ode à la paix de Jaurès en 1914, au décryptage du traité constitutionnel en 2005, en passant par les campagnes de libération pour Nelson Mandela, Mumia Abu-Jamal et Salah Hamouri, l’Humanité a marqué des générations entières.

Une grande soirée de mobilisation et de solidarité pour l’Humanité aura lieu, le vendredi 22 février, à la salle « la Bellevilloise », à Paris. J’y serai et, d’ici là, je serai de toutes les batailles et de tous les combats pour que vive l’Humanité.

 

 

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