Annonces d’Emmanuel Macron : les riches jubilent, les miettes pour le peuple.

En 13 minutes d’une allocution enregistrée, le prédisent de la République aura réussi le tour de force d’exonérer les entreprises et les hauts revenus de tout effort de solidarité, tout en transférant les « hausses » sur les contribuables.

Après avoir expliqué qu’il était conscient d’avoir blessé de nombreux français par ces propos, sans pour autant jamais s’excuser, Emmanuel Macron a déroulé un ensemble de mesurettes bien loin de contenter la colère qui s’exprime dans le pays.

Décryptage.

Présentée comme la mesure phare de son allocution, la « hausse » du SMIC de 100€ par mois est un enfumage de premier ordre. Pourquoi 100€ ? Les mots ont un sens. En effet, il ne s’agit pas d’une hausse du salaire des personnes percevant le SMIC, mais une hausse de la prime d’activité. Le salaire minimum légal ne bénéficiera que de l’augmentation légale de 1,8%, soit 20 €. Le reste provient d’une hausse qui était déjà prévue (30 euros en avril 2019, 20 euros en octobre 2020 et 20 euros en octobre 2021), ce qu’a d’ailleurs confirmé l’Élysée, plus tard dans la soirée. En clair, Emmanuel Macron a simplement accéléré son calendrier. Pas de coup de pouce, mais un coup d’horloge !

IMG_9646Cette hausse sera intégralement financée par la baisse des cotisations sociales. Jupiter transfère donc la charge de la hausse du SMIC vers les contribuables. Une hausse qui, en plus, ne sera pas prise en compte au moment du calcul de la retraite. De la poudre aux yeux.

Au passage, on remarquera que la hausse de la prime d’activité, en moyenne de 23€ par an, est inférieure au montant offert chaque jour aux 358.000 personnes qui ne sont plus soumises à l’ISF soit 33 euros par jour.

Deuxième annonce, le versement d’heures supplémentaires sans impôt, ni charge. Quel symbole! Alors que se pose avec force la question de l’emploi, du temps de travail et de son partage, Emmanuel Macron remet sur le tapis une mesure instaurée par Nicolas Sarkozy, au nom du « travailler plus pour gagner plus ».  Une mesure qu’il avait contribué à supprimer, en 2012, sous la présidence Hollande. Retour aux vieilles recettes. C’est avant tout une mesure anti-emploi !

Troisième annonce. Le président « demande » aux entreprises de verser « à leur appréciation » une prime de fin d’année, sans impôt, ni charge. Mais qui peut réellement croire à ça ? Regardons les différentes délocalisations ou/et fermetures d’usines alors que celles-ci avaient touché de l’argent public. À chaque fois, l’État a exigé le maintien de l’emploi, voire le remboursement des aides. Jamais les entreprises n’ont obéi. C’est la finance, qui dirige actuellement, pas le pouvoir politique ! Autre exemple, le CICE, et j’y reviendrai par la suite en détail. Jamais le gouvernement n’a réussi à imposer aux entreprises une contre-partie en matière d’emploi ! Aujourd’hui, Jupiter tente de nous faire croire qu’il va imposer aux entreprises de verser une prime de fin d’année. On nous prend pour des imbéciles. D’ailleurs, les entreprises n’ont pas attendu longtemps avant de sortir du bois. Dès ce matin, elles ont demandé la possibilité d’échelonner le versement de cette prime, sur l’ensemble de l’année 2019. Guerre de classes.

Enfin quatrième annonce. La baisse de la CSG pour les retraités ayant un revenu inférieur à 2000 €. C’est peut-être la seule annonce compréhensible du président de la République. Compréhensible mais largement insuffisante car il ne revient pas entre autre sur la désindexation sur le coût de la vie.

Les sacrifiés.

Les fonctionnaires sont, une fois de plus, exclus de toute annonce. Pour rappel, la valeur du point d’indice, pour le calcul de leur salaire, a été gelé entre 2010 et 2016, puis de nouveau en 2018 et 2019.

La jeunesse. Alors que les lycéens se mobilisent, depuis des semaines, pour gagner un avenir de qualité, s’opposer à la sélection à l’entrée de l’université et à la hausse des frais de scolarité pour les étudiants étrangers, Emmanuel Macron n’a pas eu un seul mot à leur égard. Pas même une parole d’apaisement. Décidément, ce pouvoir est plus prompt quand il s’agit d’humilier notre jeunesse dans une cour d’école, que de répondre à leurs revendications.

Rien sur les minima sociaux, les chômeurs et les services publics. Rien sur la hausse des salaires alors même que nous avons 9 millions de pauvres et que des milliers de salariés dorment dans leur voiture, faute de pouvoir se loger.

Les grands absents.

Rien sur l’ISF, impôt symbole des 18 premiers mois du quinquennat Macron. C’est pourtant une revendication première des gilets jaunes. L’ISF, impôt de SOLIDARITÉ surimages.jpg la fortune, c’est entre 3 et 5 milliards d’euros en moins, par an, dans les caisses de l’État. On exonère de solidarité 358.000 contribuables dont le patrimoine représente 1028 milliards d’euros !

Pour justifier cette décision, toujours la même explication, l’ISF ferait fuir les riches. Faux. Les chiffres de l’administration fiscale sont clairs : 800 départs par an et 300 retours, donc solde négatif de 500 départs (0.2% des assujettis à l’ISF). Cela représente une perte de 170 millions d’euros par an. La surpression de l’ISF c’est entre 3 et 5 milliards d’euros par an.

Rien sur l’évasion fiscale, alors que cela représente un coût démentiel estimé entre 80 et 100 milliards d’euros par an ! Pourquoi continuer à gaver d’argent public une entreprise comme Total, alors qu’elle utilise des montages financiers pour ne pas payer d’impôt en France? C’est irresponsable.

Rien sur la transition écologique, alors que la colère des gilets jaunes, basée initialement sur la hausse du prix des carburants, pose la question de la mobilité en France. Il y a urgence à rouvrir des lignes ferroviaires, des gares, développer les pôles d’intermodalité…

Rien sur le renouveau démocratique, alors que les gilets jaunes posent, avec force, cette exigence.

Enfin, rien sur le CICE. Créé par François Hollande, avec l’objectif de créer des emplois, le fameux 1 million d’emplois de Gattaz, sera transformé en allégement de charges. Montant de l’opération entre 20 et 25 milliards d’euros, en moins, pour les comptes publics. Ce changement prévoit une année de transition. À partir du 1er

janvier, les entreprises vont se faire rembourser les créances sur les salaires de 2018 (toujours un an de décalage minimum voire, parfois, quatre ans) et vont bénéficier des allègements de cotisations patronales, qui elles sont immédiates. Montant de l’histoire : 40 milliards d’euros ! Mais quel impact sur l’emploi ?

À peine 100 000 emplois ont été créés pour les 50 milliards d’euros d’aides versés de 2013 à 2015. Nous sommes loin du compte.

Bilan.

Emmanuel Macron n’a pas bien pris la mesure de la colère qui gronde dans le pays. Une colère profonde, puissante et qui remet en cause, en profondeur, les choix politiques du Président de la République. Cette colère, parfois violente, demande une autre réparation des richesses. Elle demande le droit de vivre dignement. Elle ne demande pas des miettes, mais bien sa part du gâteau !

Qui peut réellement croire que, dans un pays où les grandes entreprises ont versé plus de 180 milliards de dividendes aux actionnaires en 2017, l’effort de solidarité devrait être supporté, uniquement, par les contribuables, en exonérant les hauts revenus ?

Ce dont notre pays a besoin c’est de s’attaquer au coût du capital, à l’évasion fiscale. Bref, proposer une autre répartition des richesses. Un récent sondage précisait que 87% des Français jugent inéquitable la répartition des richesses. Le temps du partage est arrivé !

Il faut plus de services publics dans les territoires, il faut augmenter les salaires, indexer les pensions de retraite sur le coût de la vie, rétablir l’ISF.

661%2Fmagic-article-actu%2F023%2F38f%2F2887d589a0db21a8ac2dc678e3%2Ffaut-il-retablir-l-isf_02338f2887d589a0db21a8ac2dc678e3.jpg13 minutes c’est long, surtout pour ne rien dire. Devant Jupiter, le champagne a dû, une fois de plus, sauter chez les riches, pour le peuple c’est la soupe à la grimace.Un enseignement mérite cependant d’être tiré.

Même si les annonces ne sont pas à la hauteur, et je viens d’expliquer pourquoi, les légères avancées bousculent le logiciel politique d’Emmanuel Macron. C’est à mettre au crédit de la mobilisation. La lutte, quelle que soit sa forme, paie. Il faut le dire et doit continuer !

Pas de doute, un acte V des gilets jaunes est nécessaire. Le 14, à l’appel de la CGT, nous devons être nombreux, dans la rue, en grève, pour ancrer cette colère dans les entreprises.

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