Pendant que la politique se donne en spectacle, la finance peut dormir tranquille !

Avez-vous entendu parler des « CumCum » ou des « CumEx » ? Non. Avez-vous entendu parler de « l’arbitrage des dividendes » ? Non.  Avez-vous vu ces mots en tête des hashtags sur twitter ? Non. Avez-vous vu Emmanuel Macron, ou des ministres de son gouvernement,  monter « au créneau » pour dire ça suffit ? Non.

Depuis une semaine les caméras sont braquées sur deux « événements », l’affaire Jean-Luc Mélenchon et le « nouveau » gouvernement.  Jetez de la poudre, et agissez là où les regards ne se portent pas. Voilà où nous en sommes. Cela révèle l’état de délabrement de notre vie politique, et l’essoufflement d’une 5ème République aux abois. Pendant que le spectacle médiatico-politique tourne à plein régime, la finance, elle continue à faire des ravages.  Encore une fois, ce sont les plus fragiles qui vont en payer les conséquences.

En effet,  au moins deux événements mériteraient d’être en boucle sur les chaînes d’infos en continue. Pourtant, on cherche encore les experts pour venir en débattre.  Étonnant ? Pas vraiment. Décryptage.

D’abord, grâce à un formidable travail d’enquête 18 médias, dont le journal Le Monde,  ont révélé vendredi dernier un nouveau scandale financier d’une telle ampleur que différents experts n’hésitent pas à le qualifier de « crime en bandes organisées ».  Ce « casse fiscal du siècle » porte un nom : l’arbitrage des dividendes. De quoi s’agit-il ? Depuis 2008, alors qu’elles étaient déjà au cœur d’un krach boursier historique, et qu’elles ne doivent leur survie qu’aux milliards d’euros injectés par les États, les banques sont à nouveau au cœur d’un système de fraude fiscale touchant plusieurs états européens. Le montant du braquage est tout simplement hallucinant, on parle de plus de 55 milliards d’euros en 15 ans !

Ici, du moins en ce qui concerne le France, il n’est nullement question de paradis fiscaux, où même de fraude fiscale, mais bien de procédés complexes, mais légaux, mis au point par des traders, avec la complicité des banques.  Pour contourner l’imposition relative aux dividendes versés aux actionnaires étrangers,  la stratégie développée est la suivante : juste avant le paiement des dividendes, l’actionnaire étranger « transfère » ses actions à une personne résidante dans un pays où le taux d’imposition sur dividendes est de 0. Au moment du versement du dividende, la somme est attribuée au nouveau propriétaire qui réside dans le pays à l’imposition nulle. Une fois le versement effectué, celui-ci le transfère à nouveau, ainsi que les actions, au détenteur originel.  En un tour de passe, souvent un simple clic de souris, c’est 15% de chaque versement de dividendes à un actionnaire étranger qui échappe aux recettes de l’Etat Français. On estime le manque à gagner à 3 milliards d’euros par an !

img_0812Pour donner une idée, 3 milliards d’euros par an, c’est plus que la somme mise par le gouvernement dans le plan pauvreté.  Combien d’hôpitaux, d’écoles, de programmes pour lutter contre la précarité aurions-nous pu financer avec cet argent ? Pour les citoyens c’est la double peine !  Avec 3 milliards d’euros, l’Etat aurait pu sur l’année créer 210.047 emplois au SMIC !

Après les Panama Papers, les Paradise Papers, les « CumCum » mettent aussi en évidence l’échec de l’Union Européenne à lutter efficacement contre l’optimisation, la fraude et l’évasion fiscale. Si la coopération entre les états a progressé, notamment via l’échange de certaines données fiscales obligatoires, les multiples scandales témoignent de son incapacité à endiguer de façon définitive un système frauduleux qui pénalise les états et les citoyens.

La semaine dernière, l’Humanité faisait un éclairage saisissant sur la tenue du Salon international de l’émigration et de l’immobilier de luxe à Cannes. Au cœur de ce salon, une pratique symbolise les difficultés aux quelles se heurtent les États Européens : « les visas dorés ». Il s’agit de la possibilité offerte à des citoyens de l’Union Européenne de s’acheter une nationalité, à prix d’or bien évidemment, d’un pays pour un Français d’acheter la nationalité d’un pays qui n’échange pas les informations, par exemple Chypre ou Malte. Celles et ceux qui fraudent ont toujours une longueur d’avance. Des sanctions fortes s’imposent, et pas de simples amendes !

Ensuite, dans un rapport publié par la banque Crédit Suisse, on apprend que 9,5% de la population mondiale, possèdent  84,1% de la fortune mondiale. La France est le pays d’Europe qui enregistre la plus forte hausse de nouveaux  millionnaires en 2018 ! Le ruissellement, mais par le haut !

Si le monde s’est enrichit, entre mi-2017 et mi-2018, il a « gagné » 14 000 milliards de dollars, pour atteindre 317 000 milliards de dollars (277 000 milliards d’euros), les inégalités continuent de se creuser comme l’indique le rapport World Wealth and Income Database (WID, base de données sur le patrimoine et le revenu). Celui-ci précisant que « les 1 % les plus riches ont profité deux fois plus de la croissance des revenus que les 50 % les plus pauvres ».

Quant au rapport sur les inégalités 2018, il indique que si  les 10 % les plus pauvres dans le monde (ce qui correspond à la pauvreté des pays en développement) ont vu leur revenu augmenter de 75 %., cela ne signifie pas que les inégalités internes à ces pays sont en recul. En effet, si les pauvres sont bien moins pauvres, l’écart avec les plus riches sa considérablement augmenté.

Les auteurs de ce rapport, parmi lequel se trouve Thomas Piketty, préconise,  « une modification substantielle des politiques fiscales sur le plan national – vers plus de progressivité – et sur le plan mondial (on pourrait envisager la tenue d’un registre mondial des titres financiers de façon à lutter contre l’évasion fiscale et le blanchiment d’argent) ».

Au regard de ces différents éléments qui pose la question de la répartition des richesses et de la lutte contre l’évasion et la fraude fiscale, deux propositions que porte le PCF depuis plusieurs années peuvent être mise sur la table.

D’abord mettre en place une grande COP fiscale qui permettrait de lutter efficacement contre la fraude et l’évasion fiscale en réunissant autour d’une table tous les acteurs concernés. Ensuite, encadrer les salaires, avec un écart entre le plus bas et le plus haut salaire qui ne pourra dépasser 1 à 20. Ainsi, les patrons ne pourront gagner plus sans d’abord augmenter les salariés du « bas de l’échelle.

Si on veut s’attaquer frontalement à ses différents sujets, il faudra plus que des coups de communication mais une véritable volonté politique. À l’heure où Emmanuel Macron livre des pans entiers de notre patrimoine au privé, où il multiplie les cadeaux aux riches, et veut mettre à mort notre système démocratique, le combat qui doit être mené ne saura trouver une issue victorieuse que par le rassemblement de la gauche progressiste.

Alors arrêtons le spectacle, prenons de la hauteur, car la finance continue son travail de sape au service d’une minorité. Détournons le regard de ce qu’on veut nous imposer comme grille de lecture, et fixons nous un cap : mettre la finance au service de l’humain et de la planète. Sinon, nous sombrerons dans l’abîme.

2 commentaires

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