Affaissement de la voie entre Montauban et Cahors, un symbole de l’échec des politiques menées par la SNCF

Aujourd’hui nous avons effectué avec le syndicat CGT-cheminot une enquête CHSCT suite à la fermeture de la ligne entre Montauban et Cahors. Fermeture occasionnée par l’affaissement de la voie 2, et la dégradation de la voie 1 en raison de son utilisation massive dans le cadre d’une VUT.

« On travaille depuis des années sur cette voie, ce n’est pas une surprise ce qui se passe. 28660612_1943351029315207_5940443885822714080_nLes grosses pluies ont accéléré les choses ». Dès notre arrivée sur le chantier, les agents rencontrés sont unanimes : la situation dégradée était connue. Des travaux ont même été effectués avant l’été 2017 et en septembre 2017. Loin d’être déconnectés des réalités, les cheminots évoquent la réforme de la SNCF. « C’est une casse sans précédent, on a du mal à y croire ! » ; précise l’un d’entre eux.  Une remarque me marque. En effet, un des cheminots évoque le contexte général du pays : « avec Macron c’est la casse de l’ensemble des services publics, la fin d’un modèle de société. Moi ma mère est malade, lui trouver un lit pour la fin de vie est une vraie galère. Ce n’est pas acceptable ».  L’inquiétude est palpable, la colère perceptible, à fleur de peau. Cette tournée est réalisée sous une pluie battante. Aussi, j’ai une pensée pour toutes ces cheminotes et tous ces cheminots qui sont dehors, par tous les temps, loin d’être des privilégiés. Bien au contraire,  ce sont des héros du quotidien.  Les deux que nous croisons en nous rendant sur le chantier remontent la voie ferrée à pieds, réalisant ce que l’on appelle une tournée de contrôle, essentielle pour la sécurité.

Pour accéder à la voie, il faut monter sur un talus abrupt. Un escalier de fortune a été réalisé dans l’urgence. Aucune rambarde n’est présente, le risque de chute est important. Nous le signalerons à la direction de la SNCF et demanderons, dès notre retour de tournée, sa mise en place dans les plus brefs délais.

Dès notre arrivée, je suis frappé par la dégradation de la voie. J’avais vu des photos, mais le voir « en réel » est autrement plus parlant.  Mon camarade Marc fait remarquer ironiquement « on se croirait dans les montagnes russes ! ». Il est vrai que la dégradation est impressionnante. Nous sommes passés prêts d’une catastrophe.  J’en ai la certitude. Les cheminots sur place vont confirmer nos craintes. « Sur la voie 2, au début ça roulait à 40KM/H. Mais rapidement nous nous sommes rendus compte que les trains bougeaient au passage sur la voie. C’était dangereux. Nous avons demandé à les limiter à 10KM/H. Quelle bataille ce fut ! La direction de l’EIC, qui gère la circulation des trains, ne voulait pas. Finalement la voie a été fermée. C’était la meilleure solution ! ». Témoignage glaçant. Encore une fois, la sécurité est reléguée au second rang au nom d’impératifs de rentabilité. Vendredi, j’interrogerais la direction de l’EIC, en CHSCT, pour lui rappeler que la sécurité est la notion numéro une du service public ferroviaire. Jamais la CGT ne dérogera à cette ligne.

Le chantier est pharaonique.  14 salariés d’une entreprise de BTP travaillent en 2/8 sur le chantier, sous la direction d’un cheminot, pour permettre de stabiliser l’ouvrage en terre. Ces travaux nécessitent « l’utilisation de 20 camions par jour afin d’acheminer les quantités de matériaux nécessaires (carrières de Bruniquel et Montricoux) », précise le cheminot en charge du chantier ce matin. « Je suis la depuis 6H, je termine à 14h, mais avec les papiers à faire c’est plus souvent 18h ou 19h » précise-t-il.  En moins de 48h, plus de 5000 tonnes de matériels ont été amenés, nous en sommes aujourd’hui à plus de 8000 !

Les problèmes sont anciens. Cette ligne, qui a été mise en service à la fin du 19ème siècle, a connu dès 1900 des problèmes de stabilité sur la voie 2, problèmes occasionnant un affaissement de la voie. Depuis plusieurs années, la SNCF se contente de rafistoler. Aujourd’hui, nous voyons la limite dune gestion « au moindre coût ». Inacceptable.

Nous ne sommes pas au bout de nos surprises. En effet suite à l’affaissement de la voie, les poteaux qui tiennent les caténaires menacent de tomber. Afin d’éviter une chute, la caténaire va être ripée sur le support pour éviter sa chute.  Jusque là, rien d’anormal. Nous sommes d’ailleurs venus ce matin rencontrer nos collègues des caténaires. Nous ne les verrons pas, et pour cause. La direction de la SNCF a décidé de confier ce travail à une entreprise privée, alors que l’équipe caténaire SNCF, sur site, dispose de tout le matériel et du personnel nécessaire pour réaliser cette opération. Je m’interroge sur la pertinence d’employer une entreprise privée pour réaliser ces travaux.

On nous répète à longueur de journée qu’il faut faire des économies ; or, la direction préfère, pour ce chantier, payer une entreprise privée pour réaliser des travaux que les cheminots peuvent effectuer dans le cadre de leurs missions ! C’est un non-sens absolu.

Cette décision marque à la fois le mépris de la direction SNCF pour ses cheminots, considérant qu’ils ne sont pas capables de réaliser de tels travaux, à laquelle s’ajoute une volonté clairement affichée de mettre en œuvre la réforme du ferroviaire voulue par le gouvernement en recourant à la sous-traitance.

Dès demain, nous allons intervenir pour dénoncer cette décision dogmatique, et demander à la direction de la SNCF de stopper le recours à la sous-traitance ! Laissez les cheminots travailler !

En réalité cet affaissement de voie, aussi bien par les causes de sa survenance, que par la gestion de sa remise en état, témoignage de l’échec des politiques menées actuellement par la direction de la SNCF. Les cheminots, comme les usagers, en ont bien conscience. L’austérité est incompatible avec un grand service public ferroviaire du 21ème siècle que porte la CGT.

« Oui je serai là ». « Bien sur que je vais venir, la question ne se pose pas ! ». « Oui j’ai prévu de venir, c’est important ». Le message est clair. L’intégralité des cheminots que nous avons rencontrés ce matin, nous ont affirmé qu’ils seraient présents vendredi à Montauban lors de l’heure de l’information syndicale réalisée par la CGT-cheminots de Montauban. Les cheminotes et les cheminots ont envie de discuter, d’échanger. Ils sont inquiets mais déterminés à défendre le service public ferroviaire.

Ce matin, nous avons également présenté notre projet « Ensemble pour le fer ». Nous allons le diffuser largement et le porter au près de l’ensemble des cheminots, des usagers et des élus.

Dans les prochaines semaines, nous reviendrons, sur le chantier de la ligne Montauban-Cahors, pour discuter à nouveau avec les cheminots, nous assurer qu’ils travaillent dans des conditions de sécurité maximales et suivre l’évolution des travaux, jusqu’à la remise en service de la ligne.

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