Carnet de route, semaine 2.

Lundi 29 mai, Bordeaux.

Dès 7h, me voilà sur le quai de la gare d’Agen. Direction l’agglomération bordelaise pour assister en tant que délégué, à l’assemblé générale de section de la Mutuelle Entrain. Une mutuelle qui détonne dans le monde assurantiel qui tend à se développer. J’entends déjà certains dirent « c’est quoi la mutuelle Entrain ? ». C’est une mutuelle qui place le principe de droit à la santé pour tous comme priorité. Chez nous ni profits, ni actionnaires, mais plus de 28 agences qui agissent en proximité, au service de nos 155 000 adhérents, dont plus de 85% sont cheminots. Un seul objectif pour nous : faire vivre la solidarité au quotidien.

J’ai toujours un grand plaisir à venir ici, retrouvez des camarades, qui malgré leur départ en retraite, continuent de mener sur un autre terrain le combat pour une société de progrès. Certains nous qualifient de « mutuelle des rouges ! », pour ma part je prends cela avec fierté.  Et oui, on ne se refait pas !

Pourtant tout n’est pas rose. Beaucoup d’entre nous s’interrogent sur l’avenir des mutuelles « solidaires », loi du modèle des assurances et des instituts de prévoyance privés que veut développer Emmanuel Macron.  Et ce n’est pas la nomination d’Agnès Buzyn au ministère de la santé qui va nous renforcer.

Alors que faire ? Comme d’habitude continuer le combat.  Ne jamais se résigner, mener les batailles sur le terrain et les gagner pour prouver que santé rime avec égalité. Comme le rappelle Yves Faraud, ‎ancien Président section Aquitaine-Nord chez Mutuelle Entrain, « la priorité est pour nous de pérenniser notre proximité régionale. Il nous faut réaffirmer haut et fort nos valeurs, nous sommes une mutuelle non marchande et non lucrative ! ».

Sur ce beau message, se conclut une matinée riche en débats.  Si j’avais un message à faire passer aux jeunes cheminots, je leur dirais « allez-y engagez-vous dans la mutuelle Entrain, ne regardez pas cela de loin, soyez acteurs ! Ne pas laisser le terrain aux financiers ! ».

13h, le temps de dire au revoir à mon père, et oui l’engagement est familial, direction la gare Saint-Jean pour prendre le TGV. Départ pour Paris, deux jours de conférence national exploitation avec la CGT-Cheminots.

J’ai le plaisir d’y monter avec Gilles et Nicolas, deux camarades du secteur de Midi-Pyrénées.

Au programme de ce trajet, beaucoup de victuailles et de fraternité.  Pour quelques heures place à la détente … Profiter tout simplement.  Recharger les batteries.

Mardi 30 et mercredi 31 mai, Saint-Ouen. Conférence nationale exploitation CGT-Cheminots.

Pendant deux jours, je vais débattre avec une soixantaine de mes camarades cheminots, des métiers de l’exploitation à la SNCF, de leur avenir et de leur spécificité. Dès son rapport introductif, le secrétaire du CTN (collectif technique national)  fixe le cadre « nous vivons dans un monde où les conflits se multiplient, où le libéralisme épuise les hommes et les femmes, nous ne sommes pas à l’extérieur nous cheminots ! ».  Des mots forts, qui raisonnent dans une salle très attentive. Les premières interventions du débat général vont donner le ton.  Pour Sébastien, camarade de Bayonne, « il faut travailler au convergence des luttes. Elargir sur les autres métiers, ne pas laisser les cheminots de la vente et de l’escale s’isoler dans leur lutte. Leur combat est celui de tous les cheminots ! ». « Devenir low-cost n’est pas le meilleur moyen de se développer dans un monde concurrentiel » rappel un camarade de Tours.

L’emploi est une notion qui transpire dans beaucoup d’interventions.  Alors que la SNCF a pendant très longtemps été synonyme de haut niveau social, le témoignage de nombreux camarades montrent que la dégradation s’opère à une vitesse fulgurante.  À Limoges, par exemple, j’apprends avec stupéfaction que ce sont des intérimaires qui travaillent au PRCI (postes  d’aiguillages garant de la sécurité des trains et des usagers), en juillet et aout. « En Creuse il ne nous reste que 4 guichets ! » viendra préciser un autre camarade.

L’emploi est une priorité, la SNCF doit engager un plan d’embauche massif. Si elle refuse de le faire, nous le ferons nous-mêmes. Cette proportion émane de plusieurs camarades, tenir des bureaux d’embauches devant les gares ! Nous l’avons déjà fait et ce fut un succès retentissant, et pas que médiatique !

Autre enjeu, les nouveaux régimes de travail à l’EIC. Instauré par l’accord d’entreprise que nous avons combattu massivement l’an dernier, il permet de faire travailler les cheminots plus de 9h par jour. Double conséquences : supprimer des postes en 3/8 pour les passer en 2/8 élargis, et remise en cause de la sécurité par une amplitude horaire et une charge de travail beaucoup plus importante.  Pourtant là non plus rien n’est gravé dans le marbre. Comme le rappelle Nicolas, secrétaire du CTS de Midi-Pyrénées, « nous avons réussi à faire plier la direction sur la gare de Pamiers, par la mobilisation des agents ! ». Entièrement d’accord avec lui, c’est sur le terrain, au plus près des cheminots qu’il nous faut agir pour combattre les projets néfastes de la direction.

Je suis marqué par la colère et la détermination de ces camarades, que je découvre pour la plupart. Un attachement sincère au service public règne dans cette salle, je m’y inscris pleinement.  Cela fait chaud au cœur.

Avant de clôturer les débats du jour, chacun s’exprime sur la semaine d’action à venir qui aura lieu du 26 juin au 2 juillet. Pour ma part je serai le jeudi 29 juin devant le siège de la direction régionale puis de la préfecture à Toulouse, pour exiger le maintien d’une convention TER de haut niveau, seul garant d’un service public de qualité, sécurisé et accessible à tous.

Après une soirée du mardi particulièrement émouvante placée sous le signe de l’hommage au camarade terminant leur mandat, la journée du mercredi démarre par la diffusion d’un film intitulé « Ferroviaire Business », réalisé par Gilles Balbastre. Aujourd’hui, le débat porte sur le fret ferroviaire. Un sujet qui me tient particulièrement à cœur. En effet, ce que nous vivons aujourd’hui en terme de service public de voyageur, nous l’avons vécu au Fret, qui fut en réalité un laboratoire pour la direction de la SNCF.  En 2006, invoquant des difficultés, la SNCF nous assure que l’ouverture à la concurrence sera la solution miracle. 10 ans après, le constat est sans appel, le nombre de cheminots a été divisé par deux, nous sommes à moins de 10% de la part modale de marchandises transportées par rail, les triages ferment les uns après les autres les restructurations s’enchainent … le seul gagnant ? La SNCF, par sa filiale de transport routier Géodis. Aujourd’hui celle-ci réalise un chiffre d’affaire de 6.8 milliards d’euros par an et emploie plus de 29 000 salariés, 5 fois plus qu’au fret SNCF ! Prenant la parole, je précise  « qu’aujourd’hui il existe 30 entreprises privées qui font du fret, pas une ne dégage de bénéfice ! Arrêtons de parler de rentabilité financière mais parlons de rentabilité sociale ! Le fret est utile pour la société, que ce soit sur le plan écologie, économique ou industriel, je souhaite que la GCT-Cheminots porte l’exigence que le fret soit déclaré d’intérêt national ! ». Ma proposition : faire des états généraux nationaux du Fret en réunissant différents acteurs (cheminots, élus, patrons d’entreprises, citoyens …) pour remettre cette question au cœur de l’actualité.  Nous avons tous les éléments pour gagner, j’en suis persuadé. Mais il y a urgence, ne laissons pas passer de temps, c’est maintenant qu’il faut gagner, après il sera peut-être trop tard !

Nous finissons la matinée sur l’élection d’un nouveau collectif national de travail. Un grand remerciement à ces camarades, qui par leur engagement permanent, font avancer les choses dans le bon sens.  Il faut mesurer la tâche qui est la leur. Bon courage à vous !

14h, il est temps de repartir sur Agen. Dans le TGV, j’en profite pour lire la presse, me plonger dans l’actualité, l’analyse. Un vrai moment de respiration.  Surtout en lisant l’Humanité…

Jeudi 1 juin, Montauban.

Après une journée de repos, je me rends à Montauban, à 18h30, pour assister à la réunion publique sur le thème de la sécurité sociale, en présence de Rodolphe Portolès, candidat aux élections législatives sur la 1ère circonscription du Tarn et Garonne, et Michel Limousin, docteur et membre de la commission nationale santé du PCF. À peine la porte franchie, je tombe sur Claude, ancien secrétaire du syndicat GCT-Cheminots de Montauban qui m’interpelle sur la situation de l’encadrement à la SNCF, en lien avec les forfaits-jours.   Toujours dans l’action ce Claude !

« Près d’un tiers des personnes renoncent à se soigner ! Cela n’est pas acceptable ! L’unicité de la sécurité sociale doit être préservée ! C’est ce que les candidats du PCF /FDG porteront «  indique Rodolphe Portolès lors de son introduction.  Au regard du nombre important de personnes présentes dans la salle, on sent bien l’attachement des français à notre modèle social. En décembre 2016, un sondage réalisé par le journal le Parisien précisait que 84% des français considérait le système d’assurance maladie était un bon système. Un véritable plébiscite !

Dès ses premiers mots, le docteur Michel Limousin précise que «  la santé est la question numéro 2 des français après le chômage ! Les indicateurs concernant la population ne cessent de se dégrader ! Un cadre vit 7 ans de plus qu’un ouvrier ! ».  Il faut savoir que c’est le Général De Gaulle qui à commencé à casser la Sécurité Sociale en créant des tranches.

Le quinquennat de François Hollande porte une lourde responsabilité. S’il n’a pas épargné les salariés en cassant le code du travail, Hollande aura aussi mis à mal notre système social en cassant l’unicité des allocations pour les enfants. Une marque indélébile pour la gauche. Quelle déception, trahisons et renoncements auront été le lot quotidien de cette présidence. Elle qui se voulait normale aura été de droite, au service des puissants, laissant sur le bord de la route les plus fragiles d’entre nous.

Au fil de l’intervention du médecin, on s’aperçoit qu’il ne s’agit pas de question de financement mais d’idéologie. Ici aussi, sur la santé, nous sommes en pleine lutte des classes.

Je ne peux m’empêcher de penser à Ambroise Croizat. Nom méconnu du grand public, alors que c’est un des plus grands esprits de son temps. Initiateur de la sécurité sociale, un modèle basé non pas sur le versement volontaire des salariés, mais sur une cotisation universelle et obligatoire, sur la base des richesses créées par les salariés.  Un modère incroyablement novateur, instituant le salaire socialisé, ancrant de fait la solidarité entre tous.  Tout cela dans un pays dévasté par la guerre, sans moyen financier.  Encore en fois, comme je l’indiquais plus haut il n’est pas question d’argent mais de valeurs.

Pour finir son exposé, Michel Limousin, aborde un côté trop souvent ignoré. Pour l’ancien médecin « Il y a un lien très fort entre développement économique et protection sociale ! La richesse c’est le fruit du travail ! Sans développement de la personne humaine, il n’y a pas de développement de l’économie possible ». Et l’égalité homme et femme ? « Si on supprimait les inégalités de salaire entre les hommes et les femmes,  on réduirait l’ensemble des déficits » précise le membre de la direction du PCF !

Dernière chose, il est toujours important de préciser que le PCF est la seule force politique à demander le retour des élections à la Sécurité Sociale. La démocratie doit vivre, partout, à tous les niveaux.

20h00, retour sur Agen, j’en profite pour écouter France Info, chaîne de radio qui a bercé ma jeunesse, et qui fête aujourd’hui ces 30 ans. À l’heure où les grands médias, placés entre les mains de quelques financiers sont devenus des outils de propagande, le service public de l’information demeure garant d’un pluralisme médiatique. Elément fondamental dans une démocratie.

Vendredi 2 juin, Toulouse.

Ce vendredi matin, je me réveille avec une sensation étrange. Celle de vivre dans une époque particulière. Une époque où un homme seul  peut décider, pour quelques intérets financiers,  de mettre en péril l’avenir de la planète et des générations futures.  Je pense bien évidement à Donal Trump, qui a annoncé hier sa décision de sortir les USA des accords de Paris. Un acte fou, d’un homme irresponsable et dangereux.  Une chose est trop souvent passée sous silence, le rôle des lobbys. Quelle écœurement d’apprendre que les 22 sénateurs qui ont exhorté Trump à quitter l’accord de Paris ont touché 10 millions de dollars du lobby pétrolier ! Mais il y a pire, selon plusieurs médias, dont le Guardian, ces sommes ne concernent que les financements officiels. Au moins 90 millions de dollars auraient été envoyés aux candidats républicains depuis 2012 via des montages obscurs. Il faut en finir avec de telles pratiques ! Je n’ai qu’une chose à dire à Trump : nos vies valent plus que tes profits !

Je profite de mon heure de trajet pour me rendre à Toulouse pour préparer  la réaction du PCF82, à la décision de Trump.

Arrivé à Toulouse, autre ambiance. Ici, je me retrouve avec l’ensemble des mandatés CGT de Midi-Pyrénées au CESER, pour évoquer le nouveau CESER de 2018, issu de la fusion des deux régions, ainsi que notre fonctionnement interne.  Mandaté au CESER depuis novembre 2017, c’est une institution dans laquelle je prends énormément de plaisir. Aussi bien par la diversité des thèmes que par la qualité des débats. Si on se donne la peine de creuser, nous avons accès à beaucoup de données, très utiles à l’organisation syndicale.

L’enjeu c’est de coordonner nos actions, avec les différentes unions départementales.  Ne pas travailler en « vase clos », mais en lien avec la CGT et ses militants.  Justement c’est l’objet du jour, quel fonctionnement pour 2018 ? Pour ma part, j’exprime le souhait  de savoir ce qui se dit dans les différentes commissions, d’avoir au moins une réunion de groupe par mois, et d’avoir un fichier ressource avec les noms de camarades compétents sur différents sujets. Savoir qui solliciter sur quel sujet.  L’ensemble des mandatés partage cela, tous souhaitent avoir une meilleure coopération, plus d’efficacité, toujours avec l’objectif d’être utile à l’organisation.

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