Accord d’entreprise SNCF ; pourquoi je ne veux pas de cet accord

Depuis le mois de mars nous sommes en lutte à la fois contre la loi travail, mais également pour obtenir des conditions de travail de haut niveau. Plus de 20 jours de grève, dont 13 consécutifs ! Ce n’est pas rien !

Aujourd’hui, nous sommes à un tournant de notre mobilisation. Alors que les cheminotes et les cheminots sont mobilisés depuis plusieurs semaines, la CFDT et l’UNSA ont décidé dans la foulée de la dernière séance de négociation des 06 et 07 juin derniers, de signer les deux textes (CCN et accord d’entreprise). Par cet acte irresponsable, ces deux organisations ont sciemment  fait le choix de clore les négociations. Nous enfermant ainsi dans une situation inconfortable.

Devant cette stratégie de compromission, la fédération CGT-Cheminots, elle, a fait le choix de consulter l’ensemble de ses adhérents  avant de se prononcer quant à la signature, ou non, de l’accord d’entreprise.

Avec cette consultation, la CGT-Cheminots démontre une nouvelle fois que la notion de démocratie n’est pas simplement un symbole. Nous en avons ici la preuve, avec une mise en application concrète. Nous ne pouvons que nous en féliciter.

Concrètement où en sommes-nous aujourd’hui ?

Nous avons le choix entre signer un accord d’entreprise, que l’on peut certes qualifier de « moins pire » par rapport à la CCN et au décret socle, mais qui en réalité est très loin de notre RH077 (notamment par le biais de l’article 49), ou alors refuser de le signer et le dénoncer en prenant le risque de se voir appliquer une CCN qui acte une régression sociale jamais vue depuis la création du ferroviaire public. Autant dire que l’on nous offre le choix entre se passer la corde au cou ou se tirer une balle dans le pied … Pas vraiment démocratique comme choix …

Alors certains diront, oui il faut faire preuve de responsabilités et signer cet accord afin de pouvoir, par exemple, siéger au sein des commissions paritaires. Il est vrai qu’en refusant de le signer, nous nous mettons en marge et abandonnons les cheminots aux mains d’organisations syndicales au penchant très patronal. Mais parfois il faut aussi savoir faire preuve de courage politique ! Oui de courage politique. Car ne nous trompons pas, l’accord d’entreprise, comme la CCN ou le décret socle sont des textes répondant à des objectifs politiques.

Aussi pour ma part, je ne voterais pas en faveur de la signature de cet accord. Non par dogmatisme mais pour des raisons bien précises.

Premièrement, depuis le début de notre mobilisation, notre revendication première était de gagner une CCN de haut niveau, garantissant les mêmes conditions de travail pour les cheminots de public et du privé. Or ici le compte n’y est pas. Car, même en signant cet accord, sans un décret socle et une CCN de très haut niveau, les cheminots, seront dans un avenir très court soumis à un dumping social exacerbé.

Deuxièmement, cette consultation, par les possibilités qui s’offrent à nous, à savoir signer ou non, est en réalité tout sauf démocratique mais ressemble plus au référendum réalisé chez smart. Quel choix s’offre en réalité à nous : un accord d’entreprise de bas niveau ou une CCN ultra régressive ? Pour ma part il est impossible de choisir … les deux hypothèses conduisant à dégrader nos conditions de travail, la sécurité des circulations avec  pour ultime objectif la mise à mort du ferroviaire public pour faire place à la concurrence !

Enfin car après de nombreux jours de mobilisation je ne peux accepter un accord d’entreprise très éloigné de notre RH077. Un accord d’entreprise, et c’est écrit noir sur blanc, qui de par son article 49 créé les conditions de dérogation au niveau local tout en actant officiellement la mise en concurrence des cheminots, y compris entre les établissements.

C’est donc pour toutes ces raisons, que je me suis prononcé aujourd’hui, en âme et conscience, contre la signature de ce texte.

Ce choix est aussi, un choix de cohérence. Depuis le début de notre mobilisation nous n’avons eu de cesse de dénoncer cet accord au regard de toutes les régressions sociales qu’il comporte. Et aujourd’hui on nous demande si nous voulons le signer ? Il faut savoir faire preuve de clarté !

Enfin, et c’est mon avis, je pense qu’il nous faut continuer de créer les conditions d’une mobilisation massive pour gagner à la fois une CCN de haut niveau mais aussi un retrait pur et simple de la loi travail.

Les jusqu’au boutistes ne sont pas du coté des grévistes mais bien du coté du gouvernement. Ils refusent de nous écouter ? Ils nous méprisent et nous insultent ? Ils nous qualifient de terroristes ?  Ne baissons pas la tête, levons le poing encore plus et continuons à lutter encore plus fort.

Car derrière cette soi-disant détermination gouvernementale, aussi bien sur la question ferroviaire, que sur la question de la loi travail, se joue une autre réalité. Une réalité politique. A savoir, celle de la recomposition de la gauche pour 2017, et après.

Le vrai baroud d’honneur, ce n’est pas la manifestation de la CGT le 14 juin à Paris, mais bien la fausse fermeté affichée par le gouvernement.

Nous sommes à deux doigts de faire exploser le gouvernement. A deux doigts d’enterrer un ensemble de mesure historiquement régressive. Et surtout nous sommes à deux doigts de créer les conditions d’une autre perspective politique à gauche en 2017.

Alors pour toutes ces raisons, je continuerai à me mobiliser ! Et pour moi cet accord d’entreprise c’est non ! Définitivement non !

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