Pourquoi, moi cheminot, je suis en grève !

« La semaine dernière, j’ai fait un courrier à la SNCF pour exprimer ma satisfaction du service rendu par les personnes qui vendent les billets en gare d’Agen. On dit tout le temps que cela va mal. Quand c’est bien il faut aussi le dire ».  Quel témoignage rafraichissant !

Pourtant, à chaque mouvement de grève, c’est la même histoire, bien loin de ce témoignage spontané d’un usager que j’ai entendu en prenant le train.

Les chaînes d’infos en continu, véritables exutoires pour les anti-cheminots, ou les éditocrates libéraux s’en donnent à cœur joie. Assenant contre vérité sur contre vérité. Passant du cheminot en grève « juste pour défendre ses intérêts, à « même en grève on les paye » pour finir par le maintenant fameux « marre d’être pris en otage ».

Si je suis en grève, ce n’est pas par plaisir.

Aujourd’hui si je suis en grève, c’est pour plusieurs raisons.  Curieusement on ne les entend jamais, ou si peu.

La première raison : gagner une convention collective de haut niveau. Dans le « jargon » des cheminots cela signifie avoir de meilleurs conditions de travail. C’est d’ailleurs souvent à ce titre que nous sommes taxés de corporatiste. Pourtant les enjeux sont immenses, ils dépassent de loin nos seules conditions de travail. Avec le projet de décret socle, c’est la notion même de sécurité ferroviaire qui est remise en cause. Enfermés dans un dogme de rentabilité, l’UTP (le MEDEF du transport), comme la  direction SNCF ouvrent la porte à des « Brétigny » puissance 10.  Sincèrement, croyez-vous que la SNCF nous accorde des plages de repos de 48h obligatoire, des durées de temps de travail très encadrées,  des formations périodiques, un suivi médical individualisé par simple plaisir et souci de notre santé ? Non. Simplement car il a été jugé, et c’est bien légitime, que des agents en bonne santé et bénéficiant de plage de repos nécessaires à la récupération mentale et physique étaient des conditions indispensables pour permettre à des millions de personnes de circuler en toute sécurité. Car oui, pour que chacune et chacun puissent prendre le train tout le long de la journée, nous travaillons en 3/8, et 365 jours par an.

Et c’est à ce prix là que fonctionne le service public ferroviaire tel qu’on le connaît actuellement. Mais assurer une telle continuité de service nécessite des contreparties pour l’ensemble des agents. C’est aujourd’hui pour cela que nous sommes dans l’action.

Avoir des conditions de travail dignes, et maintenir un haut niveau de sécurité. Vous voyez, nous sommes bien loin du corporatisme.

La deuxième raison : exiger le retrait de la loi travail. Encore ce matin, le très libéral Jean-Michel Apathie s’est interrogé sur son compte twitter en disant « La SNCF en grève contre la loi El Khomri qui ne la concerne pas du tout. Amusant, non ? ». Au lieu de se livrer à de tels propos, Mr Apathie ferait mieux de se renseigner sur le contenu de la loi travail. Pas besoin, pourtant, de chercher très loin. En effet, dès l’article 2 on comprend pourquoi les cheminots se mobilisent. L’inversion de la hiérarchie des normes ça vous parle Mr Apathie ? Nous oui ! Jusqu’à aujourd’hui, le droit du travail reposait sur ce principe. A savoir que la loi primait sur les accords de branche, qui eux-mêmes primaient sur les accords d’entreprise. Seuls les accords plus favorables aux salariés pouvaient déroger à la règle supérieure. On appelle cela principe de faveur. Avec le projet de loi travail, le gouvernement, faisant totalement fi du rapport de subordination des travailleurs, souhaite renverser ce principe et donner la primauté aux accords d’entreprise. Raison invoquée : le niveau de l’entreprise, au plus près des réalités, est le plus pertinent pour négocier. Mais c’est oublier qu’employeurs et employés ne négocient jamais d’égal à égal, il existe toujours un lien de subordination. C’est d’ailleurs pour cette raison que les législateurs avaient introduit le principe de hiérarchie des normes, pour protéger les salariés. Tout cela, les cheminots l’ont bien saisi. Nous pouvons négocier la meilleure convention collective du monde pour l’ensemble des salariés du ferroviaires (privé et public), mais que vaudra-t-elle si les accords de branche et d’entreprise peuvent y déroger librement ? Absolument rien. Les cheminots ont bien compris le danger, à savoir une course au moins disant social entre les différentes entreprises ferroviaires favorisant ainsi l’émergence d’un dumping social généralisé.

Et au delà de l’inversion de la hiérarchie des normes, les cheminots ne veulent pas d’un projet de loi régressif où le triptyque « précarité, flexibilité, productivité » prime sur les notions de sécurité, de respect de l’équilibre vie personnelle/vie professionnelle ou encore de sécurisation de l’emploi.

Alors vous voyez Mr Apathie, les raisons de la mobilisation des cheminots contre la loi travail sont multiples.

A la fois pour une convention collective de haut niveau, mais aussi pour le retrait total de la loi travail, je serai mobilisé jusqu’au bout. Ce n’est pas du corporatisme mais bien de l’intérêt général. Ce combat est aussi bien celui des cheminots que des usagers. Soyez en sur, nous ne lâcherons pas !

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